ParisÂ
03/04/2003 -Â
Certainement un des albums les plus intriguant parus ces derniers temps, Wild Serenade est nĂ© de la rencontre de deux joueurs de oud: Jean-Pierre Smadja et Medhi Haddab. Le premier, plus connu sous le diminutif de Smadj quâil utilise comme une griffe, est nĂ© en Tunisie et a grandi en France, partageant sa carriĂšre entre son pays dâadoption et lâAngleterre. Câest dâailleurs sur un label britannique â Melt 2000 â que Smadj a enregistrĂ© ces deux premiers opus- Equilibriste en 1999 et New Deal en 2000. Lâunivers funky oriental de ces compositions se mariait dĂ©jĂ aux programmations Ă©lectroniques de cet autodidacte du oud.
Medhi Haddab, lui, est nĂ© en AlgĂ©rie. InstallĂ© au Burundi avant de poser ses valises en France, ce guitariste de formation dĂ©couvre le oud sur le tard, il y a une dizaine dâannĂ©es. Il jouera avec Alla (le Foundou de Bechar) ou Philippe Eidel, dont les simples noms suffisent Ă justifier la valeur du musicien. Depuis plusieurs annĂ©es, il partage avec la chanteuse franco-amĂ©ricaine DiĂšdre Dubois et le percussionniste iranien Arach Khalatbari, lâaventure Ekova, une formation aux sonoritĂ©s nomades qui a participĂ© Ă dĂ©poussiĂ©rer le concept de world-music en inventant son propre registre musical nourri de traditions et dâinnovations.
« DuOuD a dĂ©marrĂ© le plus simplement du monde, par une rencontre » rappelle Smadj qui rĂ©pondra seul aux questions, Medhi Haddab Ă©tant vampirisĂ© par un poste de tĂ©lĂ©vision oĂč dĂ©file lâenregistrement vidĂ©o dâun rĂ©cent concert du duo. Impossible de lui en vouloir, car lui nâa jamais rĂ©ellement vu DuOuD sur scĂšne. S'il a pu ressentir lâintensitĂ© de ces concerts, en mesurer la tension et en Ă©prouver la chaleur de lâintĂ©rieur, il nâa jamais vu de face ces deux boules de chairs qui, toujours avec une sensualitĂ© extrĂȘme, font corps avec leur instrument, lâenveloppent, le chĂ©rissent, lâembrasent et le maltraitent parfois.
La passion du oud
Visuellement dĂ©pouillĂ©s, mais Ă©motionnellement riches, leurs concerts ne laissent pas indiffĂ©rent. « Nous nous sommes rencontrĂ©s il y a 3 ans et sommes rapidement devenus amis » reprend Smadj, laissant Medhi Ă son Ă©cran. « Pour le plaisir de partager notre passion pour le oud, de mesurer nos diffĂ©rences et nos complĂ©mentaritĂ©s ; nous avons commencĂ© par reprendre des thĂšmes traditionnels. TrĂšs vite et presque par facilitĂ©, nous avons utilisĂ© lâordinateur, faisant tourner des rythmiques pour nous accompagner. Nous avons cherchĂ© des sons et des grooves qui soient facilement manipulables sur scĂšne, sur lesquels on puisse intervenir aisĂ©ment et crĂ©er de lâimprĂ©vu. Il nây avait rien de prĂ©mĂ©ditĂ©. Tout a Ă©tĂ© assez instinctif⊠les effets, la distorsion, le jeu funky sont venus naturellement comme lâaboutissement dâun sentiment que tu penses vrai. Pour nous, il sâagissait dâĂ©clairer diffĂ©remment le oud, de construire un nouveau rĂ©pertoire en se laissant guider par nos envies et par la qualitĂ© du rĂ©sultat. ».
S'il refuse lâidĂ©e de provocation gratuite, il se laisse tout de mĂȘme Ă parler de transgression pour qualifier leur dĂ©marche : « câest ce qui fait avancer le schmilblick. Câest une proposition, une attitude qui permet de progresser, dâinnover. On a toujours cherchĂ© Ă pousser le bouchon plus loin. Le oud est liĂ© Ă une idĂ©e de la puretĂ©. Câest un instrument noble, prĂ©cieux. Nous, on salit un peu tout ça » analyse-t-il sans regret, puisque câest pour la bonne cause.
Un duo soudé
Le choix de Label Bleu
Un édifice en construction
Leur premier album, Wild Serenade nâest pas le fruit dâune course poursuite entre deux âoud-heroesâ, mais plutĂŽt la premiĂšre pierre dâun Ă©difice en construction quâils ne sont pas prĂȘt dâachever. « Ce nâest pas une finalitĂ© pour nous deux, mais plus un chemin sur lequel on a envie de se retrouver ». Ce chemin, cette passion pour le oud est nĂ© au contact du vaste rĂ©pertoire classique andalou ou de celui tout aussi envoĂ»tant des chansons populaires du Maghreb ou du Moyen-Orient. Medhi et Smadj ont dâailleurs nourri leur inspiration au contact de ces deux rĂ©pertoires et ils ne sâen cachent pas, crĂ©ditant leurs compositeurs quand il le faut.
Mais leur univers est bien plus vaste que cela comme en tĂ©moigne les premiĂšres notes de Racailles, qui Ă©voquent plus le swing de Grace Jones que la mĂ©lancolie toute orientale dâune chanson de Dahmane El Harrachi. Ces aller-retours incessants entre hier et demain, ces sonoritĂ©s amplifiĂ©es, trafiquĂ©es, filtrĂ©es, bidouillĂ©es nâauraient aucune saveur sans cette connaissance prĂ©cise, presque encyclopĂ©dique des champs du oud, sans le plaisir quâil partage aux yeux et aux vues de tous dĂšs quâils croisent leurs instruments. Chase, le thĂšme central du film Midnight Express composĂ© par Giorgio Moroder, jaillit par deux fois au cĆur de lâalbum: « Câest un titre que connaĂźt le public. Dâailleurs certains lâont en horreur. Nous, il nous fait rire. Il est super kitsch mais en fait câest un titre prĂ©curseur Ă son Ă©poque. Ăa nous amusait de le reprendre comme une espĂšce de lĂąchage que nous avons proposer dans une version plus acoustique et une plus Ă©lectro. ». La rĂ©pĂ©tition de ce Midnight aussi express fut-il, focalise lâattention sur ce titre, anihilant quelque peu lâesprit badin des deux baroudeurs du oud. « Peut-ĂȘtre aurions-nous dĂ» garder le remix pour un vinyl? » sâinterroge Smadj, sans vraiment en ĂȘtre persuadĂ©. Peut-ĂȘtre⊠mais cela nâest pas vraiment important, puisque ce premier album a suffisamment dâatout pour sĂ©duire le cĆur, lâĂąme et le corps de tout ceux qui voudront bien savourer cette Wild Serenade.
Squaaly
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19/06/2008 -Â