Paris
21/08/2003 -
Comment est né The walk of the giant turtle ?Vous avez fait comment, justement,pour capturer cette atmosphère de scène ?
Quand on répète j’enregistre toujours tout, les concerts aussi. Nous trouvions que nos disques ne rendaient pas la dynamique de ces enregistrements. Donc on s’est posé des questions. On a contacté Philip Weiss, un autre ingénieur du son, avec qui on a fait le mixage. On a réfléchi. (Il marque un long temps d’arrêt). Et une des réponses a été d’utiliser un système qui prenne l’ambiance de la pièce sans séparer trop les musiciens. On a essayé d’enregistrer ensemble au maximum, surtout la rythmique. L’autre réponse, c’était de transférer toutes nos sessions en numérique sur des bandes analogiques. Ça redonne de la vie. Comme si tu étais devant un écran de cinéma et que, tout à coup, tout devenait réalité. Je m’en suis rendu compte en rangeant mon grenier. J’ai retrouvé un vieux disque de Jimi Hendrix. Pourri, avec la pochette à moitié arrachée. Je l’ai mis sur ma platine et la rythmique avait plus de dynamique que mon disque de l’époque, Mantis (sorti en 2001, ndlr). Alors que ça, ça a trente ans !
Pourquoi, alors, ne pas tout enregistrer directement sur bande ?
C’est une question de fric. Enfin pas seulement. C’est aussi parce que dans le studio de notre ingénieur du son, Benoît Corboz, membre à part entière de l’équipe, il n’y a pas d’enregistreur analogique.
Contrairement à vos deux albums précédents (The dawn et bending new corners) où les sonorités étaient très aériennes, ici l’ambiance est plutôt électrique.
J’aime la musique rock, elle m’euphorise. J’adore écouter certains titres des Rolling Stones en voiture. Je ne trouve pas que Mick Jagger chante bien ni que Keith Richards soit un excellent guitariste mais le truc marche terrible. Un peu comme une vielle carriole... J’écoute Start me up et ça me fait du bien. Depuis longtemps déjà on tire vers la pop. Tous les membres du quartet sont issus du rock. Et puis, que l’on puisse jouer à l’Olympia et que ce soit rempli comme pour un groupe pop, c’était notre rêve. Attention, ce n’est pas facile de jouer du rock. ça demande beaucoup de travail au niveau de l’énergie. Ce genre de morceaux tu ne peux que les jouer à fond, il faut que ça cogne. Si tu veux faire évoluer le morceau, tu dois répéter les thèmes, la troisième fois, tu es K.O. Les groupes de hard rock comme AC-DC, ils font un boulot très respectable... Il ne faut pas exagérer sur les titres rock de l’album, il n’y en a que trois, ça ne fait que trente pour cent de l’album.
Excepté sur le titre Seven skies, vous semblez vous éloigner de la formule qui vous a fait connaître, le mélange de jazz et de rythmiques drum’n’bass ?
The dawn, enregistré en 1995, a été la suite d’expériences réalisées avec des sound systems anglais. A l’époque, j’ai plongé à fond dans la drum’n’bass. Et puis… C’est un peu comme les pantalons larges. Les mecs portaient ça à Brooklyn parce qu’ils n’avaient pas d’argent et dix ans après, c’est vendu dans les boutiques chics. La drum’n’bass est beaucoup utilisée dans les pubs, ça perd sa fraîcheur. Je suis sûr qu’il existe toujours des artistes incroyables, dans les milieux underground, des gens complètement tarés… Et mes goûts ont changé. Mais Led Zeppelin, Deep Purple, Hendrix, ce sont mes premières grosses baffes musicales. C’est ce qui m’a scotché à 12 ans.
L’album devait initialement s’appeler Next Door et finalement vous avez retenu le nom du dernier morceau, The walk of the giant turtle, pourquoi ?Une dernière question avant de se fâcher. Les mauvaises langues du jazz affirment que lorsqu’ils entendent Erik Truffaz, ils écouteraient plus volontiers Miles Davis. Sur cet album, son influence reste présente. Cette comparaison est un fardeau ?
Cyrille Péguy
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