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Chronique album


Julien Clerc

100 % crooner


Paris 

30/05/2003 - 

Julien Clerc, qui est sans doute le plus charmeur des chanteurs français, s’attaque au rĂ©pertoire du lĂ©gendaire crooner Frank Sinatra. Avec Studio, son nouvel album (Virgin), il prĂ©sente quatorze adaptations françaises de grandes chansons amĂ©ricaines.



Ces reprises, immortalisĂ©es en version originale par Sinatra mais aussi par des centaines d’interprĂštes, du jazz au music-hall et Ă  la comĂ©die musicale, sont l’occasion de traverser toutes les atmosphĂšres musicales, du grand orchestre Ă  la petite formation de club de jazz (on croise donc BirĂ©li LagrĂšne, Florin Niculescu, Manu Dibango, Toots Thielemans et Philip Catherine ou Carla Bruni et VĂ©ronique Sanson Ă  la seconde voix). Occasion Ă©galement, pour l'artiste, de retrouver, quelques lustres aprĂšs leurs grandes collaborations des annĂ©es 70, l’arrangeur et chef d’orchestre Jean-Claude Petit pour la rĂ©alisation de ces chansons aux textes français signĂ©s de Maxime Le Forestier, David Mc Neil, Alain Souchon, Jean-Loup Dabadie, Carla Bruni ou Benjamin Biolay


Vous n’interprĂ©tez sur cet album que des chansons du rĂ©pertoire de Frank Sinatra. VoilĂ  qui risque de dĂ©payser vos fans ?
Mon choix est toujours d'apporter quelque chose de nouveau Ă  chaque disque, par les auteurs, les arrangements, la direction prise... LĂ , c'est assez radical, j’en conviens. Alors que les Anglo-saxons dĂ©couvrent cette musique au biberon, elle est trĂšs peu connue en France. C’est le public amateur de jazz qui connaĂźt ce rĂ©pertoire, parce que ces chansons, Ă©crites pour la comĂ©die musicale, ont Ă©tĂ© rĂ©cupĂ©rĂ©es par les jazzmen. Quand j’ai fait mon concert Ă  New York il y a quelques annĂ©es, j’en avais parlĂ© avec Phil Ramone. Puis l’idĂ©e a fait son chemin, et Bertrand de Labbey (manager de Julien Clerc, ndlr) est revenu Ă  la charge il y a un an. Il me fallait un cadre et ça a Ă©tĂ© le coffret Les AnnĂ©es Capitol de Sinatra. Pourtant, je ne suis pas trĂšs fan, a priori. Il y a un ou deux disques incontournables, Ă©videmment - Sinatra at the Sands, accompagnĂ© par l’orchestre de Count Basie dirigĂ© par Quincy Jones, l’annĂ©e de ses cinquante ans, en 1966 et aussi The Main Event, le disque de son retour au Madison Square Garden en 1974. Mais Ă  part ça, je n’étais pas un grand auditeur de Sinatra. J’ai donc cochĂ© les chansons qui me plaisaient, j’ai confrontĂ© ma liste Ă  celle de Bertrand et je suis allĂ© chercher les Ă©ventuelles autres versions.
Pendant ma tournĂ©e, j’ai demandĂ© Ă  mes musiciens de relever les grilles d’accords des chansons pour que je puisse me les rĂ©approprier au piano, que j’apprenne Ă  les chanter comme si c’était moi qui les avait Ă©crites. Une fois ce travail achevĂ©, j’ai appelĂ© les auteurs.

Ont-ils été faciles à convaincre ?
Les Français, mĂȘme les professionnels, connaissent paradoxalement assez mal ce rĂ©pertoire. En outre, ils considĂšrent volontiers que les Anglo-saxons sont des primates pour les textes. Certes, il y a des chansons un peu cucul, comme chez Ira Gershwin, mais ils se sont rendu compte que ce sont souvent des chefs d’Ɠuvre pour les paroles autant pour les musiques. Maxime, par exemple, qui ne connaissait pas cet univers, s’est passionnĂ© pour le travail de ces gens-lĂ .


La tonalitĂ© gĂ©nĂ©rale de l’album est plutĂŽt jazz et on sent bien que l’enregistrement a Ă©tĂ© dĂ©tendu.
Je me suis dit dĂšs le dĂ©part qu’il fallait que je fasse ce disque avec Jean-Claude Petit. C’est un projet d’amour musical, un disque dans lequel il fallait que les musiciens soient contents. Alors, nous voulions trois ou quatre intervenants prestigieux de jazz français pour donner un cachet au projet, mais traiter chaque chanson diffĂ©remment pour rendre hommage Ă  toute cette chanson amĂ©ricaine que j’aime tant.
Autant le travail de prĂ©paration a Ă©tĂ© long et minutieux, autant l’enregistrement a Ă©tĂ© rapide. On a essayĂ© de faire une ou deux chansons en direct avec soixante musiciens, en clin d’oeil Ă  Frank Sinatra et aussi parce que les chansons s’y prĂȘtaient bien. De maniĂšre gĂ©nĂ©rale, j’ai enregistrĂ© toutes les chansons en direct avec les musiciens mais, Ă©videmment, j’en ai repris certaines ensuite. Sur Une fille d’enfer (Witchcraft), la prise en direct avec l’orchestre Ă©tait particuliĂšrement bien placĂ©e avec la rythmique, alors nous avons gardĂ© les trois quarts de la voix.
En fait, on a enregistrĂ© comme dans les annĂ©es 70 avec Jean-Claude: on a tout fait en quinze jours, mixage compris. Et je dirais que c’est pour moi rafraĂźchissant: les machines c’est bien joli, mais on perd beaucoup de spontanĂ©itĂ© en passant trop de temps en studio.

Mais vous ĂȘtes rĂ©putĂ© pour ĂȘtre un perfectionniste d’une patience infinie en studio

Et bien, lĂ , il y a une ou deux chansons que j’aurais refaites... Je trouve par exemple que Tu viens dans ma tĂȘte (You Go To My Head) n’est pas suffisamment timbrĂ©e. Mais si Jean-Claude considĂ©rait qu’il y avait ce qu’il fallait au niveau du feeling, on gardait la chanson. Alors, on a pu en faire trois ou quatre par jour.


Vous avez trouvé ces chansons faciles à chanter ?
Au contraire, j’ai trouvĂ© mes maĂźtres en matiĂšre de chansons difficiles Ă  chanter. MĂȘme au niveau de la technique vocale, il faut faire attention: on peut siffler la mĂ©lodie mais les deux tiers de ces chansons sont faussement simples, dĂ©marrent trĂšs, trĂšs bas et finissent trĂšs, trĂšs haut. De plus, elles durent rarement plus de deux minutes trente – c’est le fameux hook: tout doit ĂȘtre vendu en trente secondes, un peu comme dans les chansons des premiĂšres annĂ©es des Beatles.

Cet album s’intitule Studio. Cela veut-il dire que vous ne le porterez pas à la scùne ?
LĂ , on est en plein dans ce que l'Ă©poque actuelle produit. Quand on travaillait "Ă  l’ancienne", on ne s'adressait pas Ă  des gens dont le mĂ©tier est de penser Ă  l’image. Les quinze premiĂšres annĂ©es, c’est Etienne Roda-Gil qui s’occupait de tout cela. Quand il s'agissait de trouver un titre pour un disque, on prenait une chanson qui correspondait Ă  l'idĂ©e qu'on se faisait de l'album - Jaloux, par exemple - et on construisait une photo autour de ce titre. Pour cet album, nous voulions que le titre et la photo de la pochette rendent l'idĂ©e du projet: une musique d'une certaine pĂ©riode, qu'un chanteur d'aujourd'hui s'est rĂ©appropriĂ©e; un disque dans lequel la musique est primordiale, oĂč l'esprit a soufflĂ© pendant tout l'enregistrement... J'ai trouvĂ© des titres lamentables, les auteurs des chansons n'ont rien trouvĂ© de mieux. Alors, nous avons demandĂ© Ă  des gens dont c’est le mĂ©tier, qui sont venus en studio nous voir travailler et qui dit qu'il fallait retrouver le look des disques de jazz des annĂ©es 50, une photo sĂ©pia... et ce titre-lĂ , qui n'a rien Ă  voir avec les chansons mais qui rĂ©sume bien l’esprit de l'album.

Il se murmure qu’un projet d’album instrumental est sur le feu

Mick Lanaro et Michel Colombier ont enregistrĂ© aux Etats-Unis un disque de reprises orchestrales de douze de mes chansons – Jaloux de tout, La Cavalerie
 Ce sont des versions un peu lounge, comme on le fait maintenant, pour lesquelles je leur avais dit de se lĂącher, de faire ce qu’ils voulaient. Ce disque devrait sortir dans quelques temps.

Bertrand  Dicale