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Chronique album


Fabulous Trobadors

Duels de tchatche et autres trucs du folklore toulousain


Paris 

27/06/2003 - 

Dans Duels de tchatche et autres trucs du folklore toulousain, vous retrouvez tout ce que vous aimez chez les Fabulous Trobadors : l’humour et l’esprit libertaire rythmés au son du tambourin. Rencontre avec les deux protagonistes, le parolier, Claude Sicre, et l’homme qui reproduit tous les sons d’instruments à la bouche, Ange B.



RFI Musique : Vous êtes un groupe de scène, votre album sonne très "vivant", pourquoi ne pas l’avoir enregistré directement en concert ?
Ange B : Pour ça, il faut avoir des chansons prêtes, les avoir rôdées sur scène. Il y en a deux sur cet album,Ami et L’anniversaire que l’on joue depuis deux ou trois ans. Mais avec cette démarche, techniquement, il nous aurait fallu deux années pour enregistrer les treize titres.
Claude Sicre : Et puis les maisons de disque ont une logique inverse: tu fais d’abord l’album pour ensuite le promouvoir en concert. Mais idéalement ce serait mieux, d’abord les jouer devant un public et après passer en studio.

La chanson Demain sonne très chanson française, le genre qu’affectionnent actuellement les radios françaises, et étrangement, c’est le premier titre extrait de l’album !?
Claude Sicre : ça change un peu de notre style habituel. C’est une tentative d’infiltration,exactement ! Le titre a plu à la maison de disques, à plein de gens qui n’auraient pas écouté l’album spontanément. Ça peut faire venir un public totalement extérieur à notre musique. Cette chanson est un peu triste, son thème est «demain décourage aujourd’hui». Mais après il y a Doman (demain en occitan, ndlr), une chanson beaucoup plus positive.


L’album est très hétéroclite, il y a un hymne de manifestation, des joutes, des titres plus remuants…
Claude Sicre : ça correspond très bien à ce que l’on fait sur scène. D’un côté, on met l’accent sur le rythme, on a quatre danseurs qui descendent dans la salle, avec le public. Et de l’autre on fait des joutes pour faire rigoler les gens. On passe de l’un à l’autre. L’album a été conçu comme un concert.

A vos débuts vous étiez associés au mouvement rap français, vos chemins se sont séparés ?
Claude Sicre : Effectivement, le rap a pris une autre direction mais je pense que nous avons eu une influence sur le style. Notamment sur le thème de la ville.
Ange B: Nous y étions associés parce que le mouvement émergeait lui aussi et que notre musique était axée sur la tchatche et le rythme. Pour certaines personnes, les joutes poétiques c’est du rap. Il y a ce qui leur plait: le beat et la voix. Au début je programmais plus dans l’esprit hip-hop, c’est vrai, avec des boites à rythmes. Je m’en sers toujours mais maintenant tout le monde connaît ces sons. Ce que j’aime beaucoup, en ce moment, c’est le timbre de basse donné par le guimbri (basse à trois cordes originaire d’Afrique subsaharienne, ndlr). Même les tambourins, je les séquence et je les fais tourner en boucle. Au niveau de la programmation, c’est la même démarche que dans le rap. J’ai d’ailleurs un projet avec un gars qui fait aussi des bruits à la bouche, on boucle les sons et on tchatche par-dessus. On a même joué au festival Arnaud Bernard (le quartier des Fabulous à Toulouse, ndlr). On verra bien si on sort un disque un jour…


Même si vos duels vocaux sont drôles, ils sont aussi parfois très agressifs ?
Claude Sicre : On sait très bien que psychologiquement, socialement, la thérapeutique de l’agressivité c’est le débat, la discussion. Le duel chanté, c’est une mise en forme codée dans laquelle l’esprit se tient à la rime et au rythme. C’est un débat démocratique et en même temps une psychanalyse. Moi j’appelle ça l’humour courtois comme il y avait l’amour courtois au Moyen âge. C’est un nouveau concept, ça finira dans les écoles dans mille ans. Non sérieusement j’aimerais bien qu’on étudie le débat comme on enseigne l’amour courtois. Déjà chez les trouvères, au 14ème siècle, il y avait des duels; ça permettrait aux professeurs de montrer ce qui est fondamental: la violence.

Expliquez-nous une de vos rimes "Pas besoin d’être engagé, je n’ai jamais été dégagé" ?
C
laude Sicre : Cette notion d’engagement a été développée par Jean-Paul Sartre en 1946, une fois que l’air était dégagé, les Allemands partis de France. Cette philosophie de l’engagement a été créée par des gens qui vivaient à l’extérieur des gros problèmes qui se posaient alors et qui considéraient que c'était ainsi plus facile de se mettre au service de ces causes. Ils ont cherché une cause qui leur était extérieure dans laquelle ils pouvaient apporter leurs pierres. Ils y ont retrouvé des gens qui, eux, vivaient le problème. Si nous, on ne s’engage pas, c’est parce qu’on est dans tous les problèmes de notre quartier, de la ville de Toulouse, tout le temps, on les vit sans arrêt.
A chaque fois que j’entends un homme politique dire «Je vais sur le terrain», pour moi, il est grotesque. ça veut dire qu’il évolue ailleurs, dans un autre monde, il a besoin d’aller voir les problèmes des autres, donc c’est qu’il ne les connaît pas, qu’il ne les vit pas.

Fabulous Trobadors, Duels de tchatche et autres trucs du folklore toulousain  (Tôt ou tard) 2003

Ludovic  Basque