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Chronique album


Avec Léo

Ferré montre la voie.


Paris 

11/07/2003 - 

A l'occasion des dix ans de la disparition de Léo Ferré, le 14 juillet, les rééditions, compilations et autres hommages font florès dans les bacs des disquaires. Parmi eux, Avec Léo, album hommage pertinent, invite treize artistes, toutes générations confondues, à donner leur version de l’oeuvre de l’anar monégasque. Rencontre avec deux "ferréphiles" de la jeune garde : Katerine et Dominique A.



Qu'elles soient littérales (La mémoire et la mer du fidèle Lavilliers), déstructurées ( le somptueux Avec le temps de Bashung) ou décalées (Eté 68 à la sauce Katerine), ces reprises montrent, si besoin est, que le verbe acéré et les rimes tranchantes de Ferré, icône vivace de la chanson française, supportent sans problème l’épreuve du temps. A l’image des versions de Mon camarade et d’Eté 68 de Dominique A et Philippe Katerine :

Comment vous êtes-vous retrouvé sur Avec Léo ?
K. :
Barclay a été la maison de disque de Ferré pendant longtemps, jusqu’à ce qu’ils se fâchent. Comme je suis de la maison, je me suis retrouvé là-dedans, même si ma musique est assez éloignée de celle de Ferré.
D.A : Ça s’est fait en fin d’année dernière, c’était la première fois que je participais à une compilation de ce genre autour d’un artiste "légendaire". Pour moi, c’était l’occasion de me lancer, car j’avais toujours des appréhensions vis-à-vis des Brel, Ferré ou Brassens que j’ai côtoyés pendant mon enfance à travers les disques de mes parents. Je ne trouvais pas qu’il y avait besoin de les revisiter. Si les jeunes gens veulent se tourner vers ce répertoire-là, il n’y a pas besoin d’un passeur: les disques parlent pour eux.


Quel regard portez-vous sur cette compilation?
K: Globalement, ce n’est pas un disque "dans le sens du poil". J’y aurais bien vu Julien Baer qui m’a fait découvrir Ferré quand je suis arrivé à Paris. Ou Programme pour la musique électronique. Ou un groupe de rap - pourquoi pas NTM ? Le rap n’est pas présent sur ce disque, c’est un peu dommage. Je trouve que ce sont vraiment les trois filières qu’il a pu influencer dans la chanson. Ferré est certainement quelqu’un de plus influent que Gainsbourg : les longs monologues, ses expériences dans le classique…

Avec Léo peut-il être considéré comme un disque d’initiation à l’univers de Ferré?
D.A: Les disques de Ferré ne sont pas du tout désuets. Pour moi, cette compilation est un peu un état des lieux de la scène française à un moment donné, de ce que l’on peut faire aujourd’hui avec un répertoire aussi riche que celui de Ferré. Je fais un peu la promo du truc, mais je trouve que dans le genre "disque hommage", c’est beaucoup plus réussi que la moyenne.
K: C’est un disque de remerciements. Pour lui dire que s’il n’avait pas existé, ce serait moins bien. La vie serait différente, plus triste. Rien que pour ça, ce n’est pas superflu.

Peut-on aujourd’hui clairement identifier l’héritage de Ferré sur la scène française ?
D.A: Je pense que les monstres sacrés n’ont pas de descendants. Ils scient eux-mêmes la branche qu’ils représentent. Aujourd’hui, quelqu’un comme Bashung peut faire figure de nouveau monstre sacré - c’est relativement récent d’ailleurs. Mais des gens comme Brel, Gainsbourg, Ferré, Brassens…Dans leur genre, il n’y a personne derrière.


Dix ans après sa disparition, Ferré semble mettre tout le monde d’accord. Pourtant, il n’était pas de son vivant un artiste consensuel…
D.A: Je connais encore des gens qui sont allergiques à Ferré! Personnellement, ce n’est pas une influence directe, je n’aime pas tout ce qu’il a fait, juste une certaine période. C’était plus facile de le reprendre lui plutôt que Brel, car même s’il y a des choses que je n’aime pas du tout chez Brel, je suis extrêmement impressionné par la qualité de celles que j’aime. J’aurais réfléchi à quinze fois avant de me lancer dans une reprise de Brel!
K: Ce qui le rend intéressant, c’est justement les risques formels qu’il prenait. Il a même fait un album avec une seule chanson! Quand on enregistrait le disque, Philippe Eveno, le guitariste qui m’accompagne sur Eté 68 me racontait qu’il avait vu Ferré en concert quand il avait dix ans: il était avec ses bandes-orchestre, il chantait par-dessus, et il y a eu une coupure d’électricité. La salle s’est retrouvée dans le noir et il a tenu pendant deux heures, a cappella! Le public était subjugué! Qui pourrait se permettre ça aujourd’hui? Francis Lalanne peut-être (rires). Oser tout se permettre, c’est beau à pleurer quand on imagine ça!

Disques :
-
Avec Léo (Barclay/Universal 2003)
- Léo chante Ferré, intégrale (16 disques et un livre, Barclay)

Concert :
- Le 14 juillet, "Salut Léo !", concert organisé par l'association Thank you Ferré, au Trianon, Paris 18e, avec Francesca Solleville, Bernard Joyet, Vincent Absil, Jean-Pierre Reginal, Michel Buhler, Kalifa, Jean Michel Piton, Anne Peko, Alain Aurenche. 
- La "Fête à Ferré" qui devait avoir lieu le même jour aux Francofolies de La Rochelle, n'aura pas lieu suite à l'annulation du festival (www.francofolies.fr)

Loïc  Bussières