publicite publicite
Rechercher

/ languages

Choisir langue
 
Menu

Chronique album


Florent Pagny

D’ailleurs à ici


Paris 

18/07/2003 - 

Avec son nouvel album, Ailleurs Land, dĂ©jĂ  double disque de platine, et sa nouvelle tournĂ©e qui fait Ă©tape Ă  l’Olympia jusqu'au 27 juillet*, Florent Pagny confirme Ă  la fois son attachement Ă  la Patagonie et sa popularitĂ© en France. Une sorte de double nationalitĂ© affective qu’il chante Ă  pleine voix.



Le prĂ©cĂ©dent album studio de Florent Pagny, ChĂątelet-Les Halles, plongeait ses regards dans l’immense carrefour de solitudes d’une station de mĂ©tro au centre de Paris, oĂč le chanteur avouait volontiers avoir lui-mĂȘme failli sombrer dans la marginalitĂ©, bien longtemps avant d’ĂȘtre devenu une star. Ce n’est pas un hasard si le disque suivant s’intitule Ailleurs Land – le rĂȘve de l’autre part oĂč l’on refait sa vie, et la sĂ©duction vague du lointain indĂ©fini. PhotographiĂ© pour la pochette avec un poncho jaune sur une route pierreuse de Patagonie – sa Patagonie, oĂč il vit depuis plusieurs annĂ©es –, Florent Pagny chante avec dĂ©lectation cette retraite lointaine: «Car ici c’est Ailleurs/Ailleurs Land/Et si on te demande/Dis-leur/Je travaille de mes mains/Je regarde le ciel/Je vais Ă  l’essentiel/Ailleurs Land (
) Et j’essaie loin des hommes/De redevenir humain». La chanson (sur un texte de Pierre-Yves Lebert et une musique de Pascal Obispo) qui donne son titre Ă  l’album dĂ©taille les ruptures: le monde des variĂ©tĂ©s («Ce drĂŽle d’élevage/OĂč les dindes farcies/CĂŽtoient les oies sauvages (
) Et devant la vitrine la foule/Pas toujours amicale»), les jolies filles des magazines («Images Ă  deux dimensions/En long en large/Mais pas trop en profond») et les plaisirs de la vie d’avant – c’est-Ă -dire de la vie ici, en France.

Lorsque est sorti son album, au mois d’avril (Ailleurs Land est actuellement double disque de platine, avec plus de 600.000 exemplaires vendus) et qu’il a fait le tour des grandes Ă©missions de tĂ©lĂ©vision et de radio parisiennes, Florent Pagny a longuement expliquĂ© qu’au premier rang des raisons qui lui ont fait quitter la France, il y a la pression fiscale, qu’il estime trop Ă©levĂ©e dans son pays natal. C’est d’ailleurs le thĂšme rĂ©current de Ma libertĂ© de penser (sur un texte de Lionel Florence et une musique de Pascal Obispo), le premier single extrait de l’album (et lui aussi vendu Ă  plus de 600000 exemplaires): «Quitte Ă  tout prendre/Prenez mes gosses/Et la tĂ©lĂ©/Ma brosse Ă  dent mon revolver/La voiture ça c’est dĂ©jĂ  fait (
) Je peux bien vendre mon Ăąme au Diable/Avec lui on peut s’arranger/Puisqu’ici tout est nĂ©gociable/Mais vous n’aurez pas ma libertĂ© de penser».


Et, d’ailleurs, en Ă©voquant ses bĂȘtes noires dans son pays, Florent Pagny retrouve çà et lĂ  dans l’album la hargne de quelques-uns de ses anciens succĂšs Ă  scandale (on se souvient de Presse qui roule en 1990), comme lorsqu’il retourne l’expression Demandez Ă  mon cheval dans une habile chanson Ă©crite par Pierre-Yves Lebert et Pascal Obispo: «JĂ©richo ne sait pas par coeur toutes mes chansons/JĂ©richo ne sait pas le prix de ma maison/JĂ©richo ne sait pas la marque de ma moto/Ni combien de chevaux se cachent sous mon capot (
) Qu’est-ce que sait JĂ©richo?/Tout le reste tout le reste (
) Et si ça vous intĂ©resse (
) Cherchez pas dans le journal (
) Demandez Ă  mon cheval».

On regrette d’ailleurs de ne pas voir JĂ©richo dans le livret du CD, parmi les photos de Pagny trĂšs loin, lĂ  oĂč il est heureux. Car si les musiques, les mixes et le mastering ont Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©s en France, c’est chez lui, tout au sud du monde, que Florent Pagny a chantĂ© devant le micro. C’est peut-ĂȘtre pour cela, d’ailleurs qu’aucun de ses disques n’a jamais semblĂ© aussi intime, aussi autobiographique, malgrĂ© la dizaine d’auteurs et compositeurs qui y ont collaborĂ© (rĂ©cemment, encore, Florent Pagny accusait le fisc d’ĂȘtre cause de son complet abandon du travail d’écriture ou de composition). Ainsi, on pourrait noter seulement au rayon mondain l’intervention sur Ailleurs Land, de l’actrice Sandrine Kiberlain, que l’on a l’an dernier entendue derriĂšre le micro, en compagnie d’Emmanuelle BĂ©art et Patrick Bruel dans OĂč sont tous mes amants sur l’album Entre-deux. Ici, elle a Ă©crit le texte de Sur mesure, belle Ă©vocation, sur une mĂ©lodie et des arrangements lents et majestueux de Daran, de la femme de sa vie par Pagny: «Ne me parlez pas des autres/Je n’en ai pas envie (
) Elle, elle est sur mesure/Un jour on s’est choisi/On s’est juste regardĂ© c’est tout/Elle durera la vie». Voix et cƓur pacifiĂ©s, dĂ©barbouillĂ© des colĂšres et des hargnes, Florent Pagny rappelle alors facilement l’ampleur de ses dons d’interprĂšte. Et c’est sans doute le chanteur plus que le polĂ©miste qui marquera l’histoire de la culture populaire française.

C’est ce chanteur-lĂ  – puissant, sentimental, attachant – qui a Ă©tĂ© la plus prestigieuse des tĂȘtes d’affiches de la Night of the Proms, qui faisait se rencontrer, en mai dernier, un orchestre symphonique et quelques artistes de variĂ©tĂ©s. C’est le mĂȘme que Johnny a invitĂ© Ă  chanter Pense Ă  moi en duo au Parc des Princes, et qui vient de se lancer dans une tournĂ©e d’étĂ© qui fait longuement Ă©tape Ă  l’Olympia, Ă  Paris, Ă  partir du 13 juillet. Et il retrouve mĂȘme cet Ă©tĂ© les salles de cinĂ©ma, Ă  partir du 16 juillet, dans le premier rĂŽle de Quand je vois le soleil, film de Jacques Cortal dont il partage l’affiche avec Marie-Claude Pietragalla.

 

Bertrand  Dicale