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Diam's en or

Le visage du rap change



Paris 

20/01/2004 - 

AprĂšs son succĂšs discographique, plus de 150.000 exemplaires de Brut de femme vendus et 650.000 du single DJ, la jeune Diam's se doit de faire ses preuves en concert, mĂȘme si cela fait dejĂ  longtemps qu'elle pratique la scĂšne. Elle passe le 20 janvier au Bataclan Ă  Paris.



Avec un album encensĂ© par la presse, Brut de femme, Diam’s donne au rap français un nouveau souffle : en fĂ©minisant un discours trop souvent prĂ©visible et en apportant sa propre dimension. Diam’s a rĂ©ussi en peu de temps Ă  se rendre indispensable, parce qu’elle est une vraie artiste, dont on sent dĂšs ces prĂ©mices qu’elle a encore beaucoup Ă  offrir.

Diam’s est le seul vrai succĂšs du rap français depuis dĂ©but 2003, et l’on peut parier sans risque que son album, Brut de Femme, restera dans les annales comme le phĂ©nomĂšne marquant de cette annĂ©e. Pour la premiĂšre fois, une rappeuse française rencontre Ă  la fois un succĂšs critique et public. Il y avait bien eu le tube de Lady Laistee, Et si, mais cette fois, on a affaire Ă  une artiste qui impose sa marque sur la durĂ©e d’un album.

Diam’s n’est ni une gĂ©nĂ©ration spontanĂ©e, ni la tĂȘte de pont d’une offensive. La plupart des rappeuses qu’on a vu Ă©merger ici, les Bam’s, Donya, Roll’K et autres Beedjy, ont disparu, aprĂšs l’insuccĂšs d’un album liminaire. Lady Laistee a pu sortir un second opus, dont le seul titre Ă  bĂ©nĂ©ficier d’un peu de lumiĂšre fut justement un duo avec
 Diam’s! C’est que la rappeuse d’origine chypriote, qui a grandi dans le 91 (banlieue parisienne, ndlr) et s’est immergĂ©e dans le hip-hop dĂšs l’adolescence, avait dĂ©jĂ  marquĂ© les esprits du microcosme avec Premier Mandat, sorti en 1999 sur le fugace label indĂ©pendant Reel Up. Au point que durant les quatre annĂ©es qui ont sĂ©parĂ© ses deux disques, Diam’s n’a quasiment jamais quittĂ© l’affiche, en devenant la sparring-partner incontournable de tous ceux qui voulaient s’offrir un featuring marquant : "Outre l’échec commercial et le succĂšs critique, mon premier album a Ă©tĂ© ma meilleure carte de visite. GrĂące Ă  lui, j’ai Ă©tĂ© appelĂ©e pour tous ces projets, et je suis de ces artistes qui disent rarement non. Je fais ça par passion, pas pour l’argent ni la gloire. Quand on me le propose, je viens poser mes rimes, pour montrer que je suis Ă  la hauteur. Ils ont dĂ» se passer le mot, que je ne disais quasiment jamais non! Je fais partie des quelques artistes rap français qui ont fait le plus de trucs. Il faut savoir que quatre ans, c’est long, et faire trente apparitions, ça n’est pas tant que ça en temps passĂ©. Dans le rap, il y a un projet qui se fait par jour, donc on est vite appelĂ© sur beaucoup de choses en peu de temps. C’est une carriĂšre en crescendo: je me suis retrouvĂ©e sur des petites compilations underground, mais si on m’appelle sur le film Taxi, aujourd’hui, c’est parce que j’ai fait tout ça avant. C’est un travail de longue haleine, qui finit par aboutir. Je ne regrette rien, et je suis contente de toutes les collaborations que j’ai pu faire."


Munie de ce viatique de crĂ©dibilitĂ©, construit sur une vraie force et une musicalitĂ© inĂ©dite dans l’interprĂ©tation, Diam’s a pu rĂ©aliser un album qui montre l’étendue de son talent d’écriture. L’écriture, qu’elle pratique par ailleurs au service de certaines consoeurs qui chantent (Jalane, K-Reen
), c’est son autre point fort. Loin de sacrifier aux thĂšmes usĂ©s de "la rue", elle rĂ©ussit le pari de toucher Ă  des thĂšmes difficiles, intimes, comme la violence conjugale ou l’absence d’un pĂšre, sans jamais tomber dans pathos ni la complainte facile. Une aisance textuelle, un vocabulaire Ă©tendu, et un sens de la mĂ©taphore qui fait mouche Ă©lĂšvent son rap au niveau des meilleurs auteurs du genre: les Oxmo Puccino, Akhenaton ou Dadoo.

Ce que Diam’s semble avoir aussi compris, c’est l’impact indĂ©niable de l’image, dans un genre musical qui va chercher son public plus souvent par l’intermĂ©diaire des vidĂ©os que sur scĂšne : "C’est une prise de conscience que j’ai eue. Au moment de mon premier album, Ă  17 ans, je n’étais pas du tout fĂ©minine. En grandissant, j’ai eu envie de plaire, de me pomponner un peu, d’ĂȘtre plus coquette. Pour la pochette de mon disque, j’ai dit: "j’aimerais ĂȘtre jolie"! C’est un besoin aujourd’hui, j’essaie d’ĂȘtre prĂ©sentable. Aux USA, Chanel se rue sur les rappeuses, mais pas ici. Je ne vois pas Dior me donner des sapes! Donnez-moi un dixiĂšme de la garde-robe d’Eve, il n’y a pas de problĂšme, je la prends!"


Talentueuse et dĂ©terminĂ©e, Diam’s est aussi maligne. Ainsi, elle a soigneusement Ă©vitĂ© de mettre en avant le "parrainage" qui aurait pu devenir vite encombrant de la star urbaine nationale, Jamel Debbouze : "J’étais fan de lui et un jour, il a demandĂ© Ă  me rencontrer, puis il a voulu me produire, mais j’allais signer chez EMI. Il est devenu mon ami: il me conseille, il parle de moi dans les Ă©missions, il produira peut-ĂȘtre un jour mon clip ou un spectacle. On a des vraies discussions d’artistes. Il a Ă©tĂ© trĂšs important pour ce disque, et il le sera encore dans ma carriĂšre, parce que je n’ai pas honte de l’appeler pour lui demander conseil. Mais il ne rappe pas dans mon album!"

Jean-Eric Perrin

Diam's Brut de femme (Hostile) 2003