Paris
29/08/2003 -
RFI Musique : Douze ans entre deux albums solo, c’est long ! Kassav vous prend tellement de temps ?
Jocelyne Beroard : Quelque part, oui. Avec Kassav, on ne peut vraiment pas s’organiser à l’avance, et même si nous faisons moins de disques qu’avant, l’actualité reste assez intense toute l’année. Nous n’avons jamais réussi à regrouper toutes les demandes sur quatre à six mois. Il fallait aussi que mes copains soient disponibles car je suis assez possessive et ne peux me passer d’eux lorsqu’il s’agit de faire un CD. J’ai besoin de leur présence, de leurs conseils ; ce sont mes meilleurs directeurs artistiques.
Que signifie Madousinay ?
Attendrissement, tendresse... Si j’ai un regard plein d’amour sur les choses, ce n’est pas pour autant un ramollissement si l’on doit faire une comparaison avec mes chansons précédentes. J’ai la même détermination, la même envie de hurler lorsqu’il y a des bassesses, la même envie de dire que la vie peut être plus belle si on change simplement son regard sur les choses.
La réalisation d’un tel album, est-ce beaucoup d’angoisses ? Vous avez fait, l’an passé, une conférence sur le zouk. C’est un style musical qui s‘est institutionnalisé. A-t-il encore de l’avenir ?
Oui, le zouk a encore de l’avenir. Si ceux qui font du reggae ou de la salsa s’étaient posés les mêmes questions, leur musique n’aurait plus la force qu’elle a encore. Le zouk est souvent dénigré, mais a influencé plus d’une musique, tout en ayant été influencé par d’autres. " The world is a village ", dit-on aujourd’hui. Les échanges musicaux se font sur toute la planète, l’essentiel étant de garder son originalité, son identité qui séduira l’autre. Je suis étonnée, mais ravie d’apprendre qu’à Ho Chi Minh il y a un club zouk et qu’au Zimbabwe des artistes reprennent les titres du répertoire de Kassav. Le zouk a, comme l’avait dit Patrick St Eloi, inondé le monde entier, mais n’a pas bénéficié d’appuis suffisants pour avoir ses lettres de noblesse au même titre que le reggae. Si, aujourd’hui, il est souvent décrié, c’est sans doute à cause de la sacro-sainte tendance, qui fait croire à beaucoup, chez nous, qu’ils ne doivent faire qu’un style de zouk alors que comme la salsa, il a plusieurs déclinaisons. C’est ce que j’ai tenu à faire dans mon Madousinay.
Di’ y mesi est un hommage à Edith Lefel. Sa disparition vous a profondément marquée ? Atann est un titre composé par Henri Salvador. Le succès de son dernier opus a-t-il ouvert une nouvelle voie aux artistes créoles ?
Ne vous sentez-vous pas autant à l’aise sur les ballades jazzy de Mario Canonge que sur le zouk que vous défendez depuis vingt-cinq ans ?
Tout à fait. J’ai toujours écouté toutes sortes de musiques et j’aime autant le bèlè ou le gwoka que la musique classique, le jazz, le reggae, le konpa etc. et le zouk. Aujourd’hui, on formate les gens, on leur dit ce qu’il faut aimer, ce qu’il faut penser. Je tâche de rester libre et touche-à-tout. Maintenant, j’ai choisi de porter la musique de chez moi aux autres parce que c’est le meilleur que je puisse donner. Je reste bien sûr plus fidèle au zouk car je fais partie du groupe qui a créé ce style, et c’est un bonheur. Mais partager d’autres musiques avec mes copains est également un grand plaisir. Je ne prétends pas exceller partout, mais je refuse de me limiter à un style, à une tendance.
Pierre René-Worms
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