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Le Bonheur Cali

L’Amour parfait


Paris 

11/09/2003 - 

Nouveau venu dans la catĂ©gorie "chanson française revitalisĂ©e", Cali est loin d'en ĂȘtre le reprĂ©sentant le moins douĂ©. Avec L’Amour parfait, premier recueil particuliĂšrement sĂ©duisant, portĂ© par le single C’est quand le bonheur?, ce faux dĂ©butant de trente-cinq ans, Ă  la plume Ă©corchĂ©e et aux compositions raffinĂ©es pourrait bien ĂȘtre l’une des sensations de la rentrĂ©e.



Si l’amour parfait dĂ©voile aujourd’hui Bruno Caliciuri dit Cali au grand public, cet auteur compositeur interprĂšte de trente-cinq ans n’a rien d’un jeune premier. Encore moins d’un dĂ©butant: voilĂ  maintenant dix-sept ans que le natif de Vernet-les-Bains, dans le Roussillon, a plaquĂ© ses premiers accords de guitare. Dans une veine vaguement punk tout d’abord, au sortir de l’adolescence, avant de passer Ă  la pop ouvertement bruitiste du groupe Indy, avec lequel il signera deux albums auto produits. Suivra l’aventure Tom Scarlett, formation «pop underground, avec des influences Yo la tengo, trĂšs noisy», qui accompagnera Bruno Caliciuri jusqu’à l’étĂ© 2001, pĂ©riode Ă  laquelle il dĂ©cide de se produire sous son seul nom («Imprononçable» de son propre aveu) puis de troquer son patronyme biscornu («les seuls qui arrivaient Ă  le prononcer m’appelaient Calogero!») pour son pseudo actuel. Soit une bonne dĂ©cennie Ă  vivre de sa musique dans un relatif anonymat -de quoi laisser perplexe les adeptes du succĂšs instantanĂ© tel qu’il est vĂ©hiculĂ© par les Ă©mission de tĂ©lĂ©-rĂ©alitĂ©! «Il y a toujours eu des premiers Ă  l’école qui passaient Ă  l’étage supĂ©rieur. Moi, je passais toujours, mais je n’étais pas premier! Chacun son rythme. Je suis un besogneux. Les choses arrivent tard, mais elles arrivent», lĂąche le Perpignanais, affichant au passage une solide dĂ©termination, une volontĂ© farouche de ne rien lĂącher. Laborieux, Cali, s’est nĂ©anmoins forgĂ© une sĂ©rieuse expĂ©rience de la scĂšne, et semble aujourd’hui ĂȘtre parvenu au bout de son processus de maturation.


Le dĂ©clic se produit il y a un an, aux Francofolies de La Rochelle: invitĂ© du festival charentais dans le cadre du chantier des Francos («une rĂ©sidence sur une dizaine de jours» prĂ©cise-t-il), il signe une prestation suffisamment convaincante pour s’attirer les faveurs de la maison de disques Labels, qui hĂ©berge entre autres Jean-Louis Murat et Dominique A.(«Labels avait envoyĂ© quelqu’un en repĂ©rage. A la fin du concert, cette personne est venue me voir et m’a dit: «Je remonte des bonnes nouvelles Ă  Paris!»). Le rĂ©sultat, c’est cet Amour parfait, premier «vrai» album de Cali, aux antipodes de la confidentialitĂ© des prĂ©cĂ©dents essais discographiques, et qui bĂ©nĂ©ficie d’un confort de rĂ©alisation jusqu’ici interdit Ă  cet abonnĂ© des premiĂšres parties (il a notamment assurĂ© celles de BĂ©nabar et Brigitte Fontaine). Parties de cordes enregistrĂ©es Outre-Manche, prĂ©sence aux manettes d’un producteur de renom - Daniel Presley, dĂ©jĂ  aux commandes des disques des Breeders, de Faith No More et plus rĂ©cemment de Venus et Dionysos
 «On s’est retrouvĂ© trois semaines dans un manoir en Angleterre: ça, je l’ai lu quand j’étais petit, dans les magazines! Je me souviens de m’ĂȘtre dit Ă  ce moment-là«tu y es: tu es dans un manoir en Angleterre, et tu fais ta musique. Il y a quelque chose d’assez magique qui se passe!» confie l’artiste, qui ne s’est nĂ©anmoins pas endormi dans le luxe tout relatif de cette premiĂšre sortie dans la cour des grands.

Fort d’un sens de la composition affĂ»tĂ©, et d’une Ă©criture toute en finesse, son Amour parfait aligne treize titres vĂ©nĂ©neux, dĂ©clinant les romances dĂ©chirĂ©es et les coups de griffes d’un quotidien amoureux prĂ©caire. Des dĂ©bordements d'intimitĂ© qui s'imposent dĂšs la premiĂšre Ă©coute, notamment grĂące au phrasĂ© Ă©lĂ©gamment rentre-dedans d’un Cali Ă©corchant les mots comme il affĂ»te sa plume(«Je suis pendu Ă  votre cou dans le plus beau de mes rĂȘves/Mais je ne me rĂ©veille jamais prĂšs de vous et j'en crĂšve/Je suis pendu sous vos fenĂȘtres au pied de l'arbre peut-ĂȘtre demain/La petite fleur qui va naĂźtre vous racontera mon chagrin/C'est quand le bonheur ?»). On pense Ă  Miossec, pour la façon singuliĂšre d'Ă©corcher des mots sombres mais jamais lugubres, mais Bruno Caliciuri possĂšde assez de caractĂšre et de style pour esquiverles comparaisons. A l’heure oĂč les trentenaires chantant semblent avoir le vent en poupe (voir pour s’en convaincre les rĂ©cents succĂšs de BĂ©nabar, Vincent Delerm ou Sanseverino), Cali, outsider de luxe, pourrait bien s’attirer les faveurs du public. Cette premiĂšre livraison longuement mĂ»rie et Ă  l’envergure manifeste fait en tous les cas figure d’argument imparable.

Cali L’amour parfait (Labels 2003)

Loïc  BussiÚres