Chronique album
ParisÂ
12/09/2003 -Â
La sortie de Good Bye Lenin!, le film de Wolfgang Becker, est un des Ă©vĂ©nements cinĂ©matographiques majeurs de cette semaine. Yann Tiersen en a composĂ© la bande originale, deux ans aprĂšs lâĂ©norme succĂšs du Fabuleux destin dâAmĂ©lie Poulain et de la BO qui lâa rĂ©vĂ©lĂ© au grand public international. Rencontre avec un compositeur comblĂ© qui avoue avoir «travaillĂ© sur ce film Ă un moment oĂč il devait arriver dans ma vie.» Les critiques ont dâailleurs notĂ©, Ă Paris, le lien qui semble unir lâAmĂ©lie qui veut le bonheur de tous et le fils attentionnĂ© qui fait tout pour cacher Ă sa mĂšre que le rĂ©gime auquel elle croyait, lâAllemagne de lâEst, est toujours florissant, alors que le Mur de Berlin est tombĂ© et que RFA et RDA se sont rĂ©unifiĂ©es pendant quâelle Ă©tait dans le coma.
Lâalbum LâAbsente est sorti il y a deux ans et demi. La sortie de la BO de Good Bye Lenin va-t-elle retarder dâautant la parution du prochain album ?
Eh bien jâai commencĂ© Ă travailler dessus Ă la fin de la tournĂ©e, juste alors que jâavais envie de me remettre au travail pour le prochain album. ForcĂ©ment, ça retarde un peu lâĂ©chĂ©ance, mais câest un travail important pour moi. Le prochain album, je vais mây mettre. Jâai besoin de temps pour digĂ©rer les choses, parce que ça a Ă©tĂ© assez intense de travailler sur cette musique.
Ce nâest donc pas une parenthĂšse ?
Je ne peux pas trop savoir tant que je ne me suis pas remis au travail mais, non, ce nâest pas une parenthĂšse. Jâavais envie de me dĂ©barrasser de certains tics en allant soit dans lâĂ©lectrique et les guitares, soit dans quelque chose de trĂšs acoustique, avec une forme classique. Ce travail avec orchestre correspondait parfaitement au film.
Votre travail avec lâensemble Synaxe, ces derniĂšres annĂ©es, a-t-il accentuĂ© votre envie dâorchestre ?
Non, pas particuliĂšrement. Lâorchestre est pour moi quelque chose dâassez naturel. Son homogĂ©nĂ©itĂ© en fait vraiment un instrument. Jâen ai toujours une vision horizontale et non verticale: je ne pense pas par accords, mais jâaime bien que chaque partie ait sa vie propre, quâil y ait des moments oĂč plein de choses se bousculent. Jâavais envie de travailler sur les cordes, avec des parties trĂšs distinctes, dâĂ©crire spĂ©cifiquement pour les vents, ce que je nâavais jamais fait⊠Et que tout soit enregistrĂ© live, ce quâon a fait trois ou quatre jours aprĂšs la derniĂšre date de la tournĂ©e, Ă Berlin.
Nâest-ce pas plus compliquĂ© dâĂ©crire pour orchestre que pour petite formation rock ?
Je travaille en enregistrant des maquettes, transcrites ensuite en partitions pour lâorchestre. Ce qui est lourd, câest de réécrire toutes les parties, ce pour quoi je me suis fait aider. Câest assez simple mais ça prend beaucoup de temps, et mĂȘme plus que dâĂ©crire la musique. Ensuite, câest trĂšs rapide, comme il nây a pas de problĂšme dâinterprĂ©tation: on a enregistrĂ© en deux jours.
Câest le rythme habituel des musiciens classiques ?âŠSeriez-vous un compositeur comme Philip Glass, qui change perpĂ©tuellement la matiĂšre de sa musique mais reste fidĂšle Ă des timbres singuliers, ou comme Michael Nyman dont lâĂ©criture fait souvent appel Ă des figures mĂ©lodiques et harmoniques trĂšs reconnaissables ?
Ni lâun ni lâautre, je crois. Je nâai pas dâidĂ©e de chemin. La musique mâaide Ă capter des moments, Ă fixer des Ă©motions et je me sens assez libre. Je nâai pas envie de coller Ă un style ou une direction prĂ©cise, mais de trouver le bon vecteur parce que jâai besoin de quelque chose qui me ressemble, qui se rapproche le plus possible de la sincĂ©ritĂ©. Ăa pourrait ĂȘtre avec autre chose que la musique, dâailleurs. Et je nâai pas envie dâutiliser les mĂȘmes timbres ou les mĂȘmes structures, mais justement de bousculer cette tentation.
Les titres de lâalbum ne sont pas dans lâordre du filmâŠ
Pensez-vous quâune musique peut vivre indĂ©pendamment du destin commercial du film ?
Il y a forcĂ©ment une interdĂ©pendance, mais je ne rĂ©flĂ©chis pas trop Ă la place de la musique dans un film. Jâai un cĂŽtĂ© un peu schizophrĂšne: il y a le film, auquel jâai participĂ©, et je ne fais pas du tout attention Ă la musique quand je le vois. Et il y a mon histoire avec la musique, qui en est totalement indĂ©pendante. Dâailleurs, je suis incapable dâentendre la musique dans Le Dernier Tango Ă Paris. Jâaime la musique, jâaime le film, mais je nâarrive pas Ă les lier.
Propos recueillis par Bertrand Dicale
Yann Tiersen, Good Bye Lenin!, 1 CD Labels-Virgin.
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12/05/1998 -Â
20/04/2001 -Â