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Chronique album


IAM, l'oeil du tigre

Revoir un printemps


Paris 

19/09/2003 - 

Sept longues annĂ©es de rĂ©flexion et les porte paroles de la nation hip hop hexagonale reprennent le micro pour que coule Ă  nouveau l’or noir de leur flot impĂ©tueux. Les Marseillais surdouĂ©s du rap français n’auront sans doute jamais aussi bien maĂźtrisĂ© le pouvoir des mots que dans ce nouvel album au titre chargĂ© d’espoir: Revoir un printemps.



DĂšs la premiĂšre plage, StratĂ©gie d’un pion, c’est le choc d’un son massif, offensif, un sĂ©isme dans notre paysage sonore. 78 minutes et 59 secondes, 18 titres pour trois poseurs de voix d’exception dans un univers rap ciselĂ© avec art, tel semble ĂȘtre le pari gagnĂ© de ce nouvel IAM sous sa pochette Ă  l’implacable regard de tigre. Violons Ă©lĂ©gants et grand orchestre, avec la complicitĂ© de Bruno Coulais, viennent percuter les infra basses. Ici, tout semble incarner la puissance, mais du cĂŽtĂ© positif de la force. Et les invitĂ©s de marque sont aussi gĂ©ants qu’internationaux comme la belle BeyoncĂ© (Destiny Child), Syleena Johnson ou les poids lourds Redman et Method Man sur le premier extrait, Noble art.

MC Ă  part entiĂšre, l’ex-danseur des premiers shows, Malek le Freeman, Chill/Akhenaton et Jo/Shurik’N se partagent le micro sur disque et dans la vie. DĂ©sormais, IAM s’exprime Ă  trois voix et avec eux, le printemps fleurira bien cet hiver !

Au dĂ©but d’IAM, vous projetiez une vision mythologique nĂ©e de l’Egypte antique et des pĂ©plums de sĂ©rie B. Sur les derniers albums, c’était plus spirituel, plus oriental. Sur ce celui-ci, il n’y a pas de grande direction ?Akhenaton : En fait, il n’y a pas de concept qui se dĂ©gage


À part vous trois ?
A et Shurik’n (ensemble) : 
À part la vie, peut ĂȘtre !
Freeman : La vie avec un grand V, pas la vie d’une certaine catĂ©gorie de gens, pas une vie ghettoĂŻsĂ©e, dans le sens oĂč c’est la vie de tous les jours.
A : Avec cette volontĂ© affichĂ©e de vivre mieux. Vivre mieux, cela ne signifie pas dire nĂ©cessairement vivre dans un plus grand confort, cela veut dire: vivre dans un monde meilleur. Et je pense que le titre de l’album Revoir un printempsa Ă©tĂ© choisi pour cela. Nous, on juge qu’actuellement au niveau de la vie, l’humanitĂ© entiĂšre traverse un cycle, on va dire, quelque peu dĂ©primant. Internationalement, on vit des Ă©vĂšnements politiques graves.

Le mot important me semble «vie» et justement vos vies ont bien changé. Et que ceux qui ont eu un gamin lÚvent la main !
(Trois mains se lĂšvent!) C’est une partie de la rĂ©ponse, non ?
A: Mais c’est pour eux, nos enfants, cette volontĂ© que cela s’amĂ©liore.
S: Faire du rap ne nous exclut pas du cycle de la vie normale de tous les ĂȘtres humains. On est MC, mais derriĂšre le MC et avant mĂȘme le MC ou quoi que ce soit, il y a l’homme, donc vouĂ© Ă  une Ă©volution. Ensuite, l’homme a rencontrĂ© le MC un peu plus tard sur la route.

Donc c’est aussi à cause de vos enfants qu’on vous attend depuis sept ans ?
En choeur : Non !
S : L’aventure de L’école du micro d’argent reprĂ©sentait un Ă©norme travail de concerts, de dĂ©veloppement d’album. On avait tous besoin de souffler. DĂ©jĂ , pendant la tournĂ©e, certains dont moi, avions dĂ©jĂ  commencĂ© Ă  travailler sur des projets extĂ©rieurs. Donc dĂšs que IAM a Ă©tĂ© un peu terminĂ©, tout le monde a commencĂ© Ă  vaquer Ă  ses occupations. Freeman, Akhenaton et moi-mĂȘme avions tous des projets diffĂ©rents. Cela ne se fait pas en deux jours. Lorsqu’en plus on se met Ă  la production, cela prend du temps.

Vous n’avez pas arrĂȘtĂ© ?!
S : Nous, on s’éclate avant tout. Aucun de nous ne se lĂšve le matin en ayant l’impression d’aller au bureau. Tu te lĂšves et tu te dis: "Aujourd’hui, je vais faire du son", qu’est-ce que la vie veut de plus ?


Pourtant on ne retrouve pas toujours ce bel optimiste dans le nouvel album ?
S : Non. Parce que cela, c’est ce qui nous concerne perso. Mais c’est normal, parce que notre Ă©volution entraĂźne une prise de conscience et donc une meilleure vision de certaines choses de la vie. Et, lĂ  oĂč peut ĂȘtre certains peuvent se calmer, nous on y trouve bien plus de raisons d’avoir les glandes. Parce que l’on se rend compte de plus de choses maintenant.Parce qu’on est plus mĂ»rs et qu’on ne regarde pas avec les mĂȘmes yeux qu’il y a dix ans.

Vous réagissez sur de nombreux sujets ?
S : C’est le principal carburant de notre Ă©criture.

Mais je ne suis pas sĂ»r d’avoir compris tous les mots ?
F : Parfois, on invente! Plus particuliĂšrement moi, j’invente parfois des mots. Mais c’est lui le vrai fada des mots (dĂ©signant Akhenaton)


Vous ĂȘtes tous les trois fadas des mots ?
S : Oui mais de maniĂšre diffĂ©rente, on n’utilise pas les mĂȘmes. On n’est pas compliquĂ©s de la mĂȘme façon, on n’est pas compliquĂ©s dans le mĂȘme vocabulaire. Mais cela a toujours Ă©tĂ© une volontĂ©. Oui, c’est dĂ©libĂ©rĂ© de pousser l’écriture. Par contre, toujours pareil, l’art inaccessible cela devient plus beau, plus inutile. Ensuite, tout l’équilibre est de savoir faire simple et beau. Et explicite.

Mais pas trop !
S : Suffisamment simple pour ĂȘtre compris comme tu souhaites ĂȘtre compris.

Vous évitez toujours reprise et autre sample évident ?
A : Cela on ne le fait jamais 
À part Le Mia.
S : Et, dans ce cas, le concept l’exigeait.
A : On n’est pas des hits makers. Puff Daddy et bien d’autres le font Ă  merveille, nous c’est pas trop notre crĂ©neau.

Justement votre crĂ©neau, comme vous dites, paraĂźt essentiel. N’ĂȘtes-vous pas aujourd’hui les parrains du rap français ?
A : Le rap français est dans cet Ă©tat car Ă  un moment donnĂ©, il a Ă©tĂ© repoussĂ©. Il faut dire qu’il y a eu aussi un vĂ©ritable comportement rĂ©actionnaire de certains mĂ©dias et de certaines maisons de disques dĂ©sormais dirigĂ©es par des gens exclusivement issus du financier. Il faut savoir qu’aujourd’hui, l’artistique n’est plus au pouvoir dans les maisons de disques. Ce pouvoir est exclusivement entre les mains des financiers. Comme dans les journaux. Comme dans les tĂ©lĂ©visions. Comme dans les radios. Et la crĂ©ation s’en ressent vraiment. Donc le rap reste victime de ses clichĂ©s. MalgrĂ© 15 ans d’explications intenses. Les mĂȘmes clichĂ©s nous collent toujours Ă  la peau et le rap en prend un coup. Mais aussi, Ă  l’intĂ©rieur du rap, il n’y a pas nĂ©cessairement d’effort gĂ©nĂ©ral pour se dĂ©faire de ces stigmates. Il y a des groupes trĂšs originaux, ce ne sont pas nĂ©cessairement ceux qui sont mis en avant. Je pense qu’il y a des efforts Ă  faire de ce cĂŽtĂ©. C’est positif. Il va falloir travailler, tout simplement, pour ĂȘtre au niveau. Au niveau ne serait-ce que du rap amĂ©ricain qui, mĂȘme s’il ne raconte rien, par contre, sait ĂȘtre si crĂ©atif en matiĂšre de production.
S : On n’est pas calculateurs !
A : On ne fait pas de dĂ©magogie d’ñge. Aujourd’hui, si on voulait bien se placer, on essaierait de faire des paroles pour des gamins de 17 ans qui ont envie d’entendre un certain discours, un certain type de truc. Nous au contraire, nous voulons faire comme le jazz, c’est-Ă -dire de grandir avec notre musique. Et que les auditeurs, s’ils ont envie d’écouter Ă  40 ou 16 ans, puissent le faire.

IAM Revoir un printemps (EMI/Hostile) 2003