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Le patrimoine Tri Yann

A la gloire des loups de mer.


Nantes 

25/09/2003 - 

AprĂšs un double enregistrement live paru en 2001, pour cĂ©lĂ©brer leur trente ans de carriĂšre, les trois Jean de Nantes (Tri Yann en breton) sont de nouveau sur le pont avec Marines. Un tout nouvel album dĂ©diĂ© aux chants ocĂ©aniques. Rencontre avec Jean-Louis Jossic, l’un des capitaines de navire.



Avec 22 albums Ă  leur actif depuis 1970, les bardes nantais ont su garder le cap d’une musique celtique qui aujourd’hui fait parti du patrimoine français. Une culture vivante loin de l’image carte postale d’une Bretagne bretonnante passĂ©iste. La jument de Michao, Les Prisons de Nantes, La dĂ©couverte ou l’ignorance
, sont autant de succĂšs qui ont marquĂ© des gĂ©nĂ©rations. Une longĂ©vitĂ© due au savoir-faire des Tri Yann qui dĂ©fendent la tradition dans un langage contemporain. Marines, la derniĂšre odyssĂ©e discographique en est la preuve.

Rfi musique : Les 12 plages de Marines sont consacrées aux chants marins que vous avez collectés un peu partout. Comment Tri Yann a retrouvé les traces de ces oeuvres ?
Jean-Louis Jossic : Cet album s’est Ă©crit effectivement Ă  partir des chants marins, mais pas forcement des chants de marins. En effet, nous nous sommes rendus compte en faisant ce travail de collectage un peu partout que les thĂšmes sur la mer ne sont pas seulement «oh! hissez oh! Tirons sur les cordages, tirons sur les boutes». Les chansons liĂ©es Ă  la mer sont aussi des histoires de dĂ©part, de sĂ©paration, quelque fois des rĂ©cits de retour pour peu qu’il n’y ait pas eu de naufrage. Mais c’est Ă©galement des narrations de grands Ă©vĂ©nements. Forts de ce constat, nous avons travaillĂ© diffĂ©remment selon les morceaux. Pour certains, nous avons gardĂ© les paroles, car elles nous semblaient correspondre encore Ă  quelque chose de touchant ou Ă  des valeurs actuelles. Pour d’autres titres, il y a eu un travail de réécriture. Ailleurs, nous avons ressenti le besoin de raconter des histoires qui n’avaient jamais Ă©tĂ© mises en musique. Exemples: les Ă©popĂ©es de certains grands navigateurs ou celles de gens simples, sans grades qui ont parcouru le monde. Tous ont façonnĂ© l’histoire maritime.


Avez-vous trouvĂ© de rĂ©elles similitudes entre ces diffĂ©rents chants marins, qu’ils soient français, quĂ©bĂ©cois, irlandais ou Ă©cossais ?
Si on s’arrĂȘte sur le QuĂ©bec, on se rend compte que c’est un pays profondĂ©ment celtique par sa culture musicale. En effet, ce sont les Irlandais qui, avec leur violons, sont venu endiabler la musique des QuĂ©bĂ©cois. Si on prend le titre Le naufrage du Chaland de Jim Boyd, on s’aperçoit que cette complainte quĂ©bĂ©coise ressemble trait pour trait Ă  une gwerz bretonne. De la mĂȘme façon, sur un autre morceau de l’album que l’on a appelĂ© Nantillaise -contraction de Nantes et d’Antillaise-, on remarque un cousinage entre la musique celte et la musique de la CaraĂŻbe. Sur la plage suivante intitulĂ©e L’épopĂ©e de Monsieur Cassard, un corsaire nantais du XVIIIĂšme siĂšcle ĂągĂ© de vingt-deux ans, se termine aux Antilles
 On imagine donc qu’à l’époque les marins bretons, une fois dĂ©barquĂ©s, ont dansĂ© sur une rythmique crĂ©ole. Pour nous, ces rencontres sont importantes car la culture bretonne n’est surtout pas quelque chose de fermĂ©. Les bretons sont des voyageurs. Et donc l’identitĂ© que dĂ©fend Tri Yann, c’est cette musique portuaire ouverte sur les cĂŽtes du monde. En un mot, elle nous unit avec d’autres civilisations.

Toutes ces rencontres humaines sont liĂ©es Ă  l’ocĂ©an. D’aprĂšs vous est-ce que c’est l’homme qui prenait la mer, ou la mer qui prenait l’homme ?
Pour moi, la Bretagne est cette espĂšce de petite pointe rattachĂ©e d’un cĂŽtĂ© Ă  l’ouest de la France, et de l’autre est comme la proue d’un bateau. C’est-Ă -dire que la Bretagne se jette dans l’ocĂ©an. Lorsque je mets mon pied dans la mer sur une plage chez moi, je me trempe dans la mĂȘme eau qu’une personne des tours de Manhattan, du QuĂ©bec ou des cĂŽtes ouest-africaines. Naturellement, nous sommes liĂ©s par l’attirance du voyage, de la dĂ©couverte, de l’échange, du commerce



Vous faites parti du trio fondateur de Tri Yann, comment expliquez-vous que le son de votre groupe ait rĂ©ussi Ă  rĂ©sister aux tempĂȘtes de la mode depuis plus de trois dĂ©cennies ?
Le son Tri yann est peut-ĂȘtre comme la coque d’un bateau en bois. Il vieilli avec ses armateurs (rires). Je pense que nous avons un public qui est restĂ© fidĂšle Ă  notre embarcation! Dans le sens oĂč notre musique a toujours Ă©tĂ© conviviale, proche des gens. Le groupe ne cherche pas inventer des sonoritĂ©s Ă©tranges, bien que sur ce dernier disque, il y a quelques effets comme l’utilisation du sampling. Ce qui nous intĂ©resse, ce sont les couleurs authentiques, bretonnes bien sĂ»r, mais aussi et les traditions du monde. Pour moi, l’identitĂ© bretonne est belle que parce qu’il existe d’autres cultures sur la planĂšte. La richesse, c’est la diffĂ©rence, sans hiĂ©rarchie. Et puis dans le son Tri Yann, nous cultivons le brassage du passĂ© et du prĂ©sent. Nous aimons les musiques anciennes, nous imbiber des sonoritĂ©s de la Renaissance, de l’époque baroque. Aujourd’hui, je crois que nous avons trouvĂ© le point d’équilibre entre le «haut-rock», celui que nous jouons maintenant, et le «bas-rock», celui que nous faisions autrefois.

Outre votre carriÚre au sein de Tri Yann, vous avez pris des responsabilités politiques, depuis plusieurs années, au sein du conseil municipal de la ville de Nantes. Quelles sont les actions concrÚtes que vous avez mené en faveur de la culture ?
Nous essayons d’aider les associations dont la vision de la culture bretonne est large. Notre volontĂ© est Ă©galement d’ouvrir notre patrimoine Ă  d’autre public pas uniquement breton. ConcrĂštement, nous avons mis en place Ă  Nantes l’Agence culturelle bretonne. Il s’agit d’un lieu oĂč, par exemple, des futurs parents qui ont envie de donner un prĂ©nom breton Ă  leur gamin peuvent avoir des informations fiables. Dans cette structure, on peut aussi ĂȘtre au courant des fĂȘtes bretonnes, des endroits oĂč l’on peut apprendre la langue bretonne, jouer de la musique celte, etc
 L’idĂ©e est d’intĂ©grer la culture rĂ©gionale dans la citĂ©. C’est pour cela que notre agence n’est pas situĂ©e dans le chĂąteau des ducs de Bretagne. Un bel Ă©difice construit en l’an 1500 mais qui est un objet du passĂ©! Elle se trouve dans la mĂ©diathĂšque municipale de Nantes, un bĂątiment contemporain. Il faut absolument que la culture bretonne vive avec son temps, dans son Ă©poque et pas dans un musĂ©e poussiĂ©reux


Tri Yann Marines (Marzelle/Sony)
En tournée française : 3 octobre à Lyon, 4 octobre aux Baux de Provence, du 8 au 11 octobre à Paris (Casino de Paris), 17 octobre à Saint-Herblain, 18 à Chelles, 24 octobre à Firminy, 8 et 9 novembre à Val de Reuil, 22 novembre à Nantes, 2 décembre à Brest, 4 décembre à Chateaubriant.

Daniel  Lieuze