Nantes
25/09/2003 -
Avec 22 albums à leur actif depuis 1970, les bardes nantais ont su garder le cap d’une musique celtique qui aujourd’hui fait parti du patrimoine français. Une culture vivante loin de l’image carte postale d’une Bretagne bretonnante passéiste. La jument de Michao, Les Prisons de Nantes, La découverte ou l’ignorance…, sont autant de succès qui ont marqué des générations. Une longévité due au savoir-faire des Tri Yann qui défendent la tradition dans un langage contemporain. Marines, la dernière odyssée discographique en est la preuve.
Rfi musique : Les 12 plages de Marines sont consacrées aux chants marins que vous avez collectés un peu partout. Comment Tri Yann a retrouvé les traces de ces oeuvres ?
Jean-Louis Jossic : Cet album s’est écrit effectivement à partir des chants marins, mais pas forcement des chants de marins. En effet, nous nous sommes rendus compte en faisant ce travail de collectage un peu partout que les thèmes sur la mer ne sont pas seulement «oh! hissez oh! Tirons sur les cordages, tirons sur les boutes». Les chansons liées à la mer sont aussi des histoires de départ, de séparation, quelque fois des récits de retour pour peu qu’il n’y ait pas eu de naufrage. Mais c’est également des narrations de grands événements. Forts de ce constat, nous avons travaillé différemment selon les morceaux. Pour certains, nous avons gardé les paroles, car elles nous semblaient correspondre encore à quelque chose de touchant ou à des valeurs actuelles. Pour d’autres titres, il y a eu un travail de réécriture. Ailleurs, nous avons ressenti le besoin de raconter des histoires qui n’avaient jamais été mises en musique. Exemples: les épopées de certains grands navigateurs ou celles de gens simples, sans grades qui ont parcouru le monde. Tous ont façonné l’histoire maritime.
Avez-vous trouvé de réelles similitudes entre ces différents chants marins, qu’ils soient français, québécois, irlandais ou écossais ?Toutes ces rencontres humaines sont liées à l’océan. D’après vous est-ce que c’est l’homme qui prenait la mer, ou la mer qui prenait l’homme ?
Pour moi, la Bretagne est cette espèce de petite pointe rattachée d’un côté à l’ouest de la France, et de l’autre est comme la proue d’un bateau. C’est-à-dire que la Bretagne se jette dans l’océan. Lorsque je mets mon pied dans la mer sur une plage chez moi, je me trempe dans la même eau qu’une personne des tours de Manhattan, du Québec ou des côtes ouest-africaines. Naturellement, nous sommes liés par l’attirance du voyage, de la découverte, de l’échange, du commerce…
Vous faites parti du trio fondateur de Tri Yann, comment expliquez-vous que le son de votre groupe ait réussi à résister aux tempêtes de la mode depuis plus de trois décennies ?Outre votre carrière au sein de Tri Yann, vous avez pris des responsabilités politiques, depuis plusieurs années, au sein du conseil municipal de la ville de Nantes. Quelles sont les actions concrètes que vous avez mené en faveur de la culture ?
Nous essayons d’aider les associations dont la vision de la culture bretonne est large. Notre volonté est également d’ouvrir notre patrimoine à d’autre public pas uniquement breton. Concrètement, nous avons mis en place à Nantes l’Agence culturelle bretonne. Il s’agit d’un lieu où, par exemple, des futurs parents qui ont envie de donner un prénom breton à leur gamin peuvent avoir des informations fiables. Dans cette structure, on peut aussi être au courant des fêtes bretonnes, des endroits où l’on peut apprendre la langue bretonne, jouer de la musique celte, etc… L’idée est d’intégrer la culture régionale dans la cité. C’est pour cela que notre agence n’est pas située dans le château des ducs de Bretagne. Un bel édifice construit en l’an 1500 mais qui est un objet du passé! Elle se trouve dans la médiathèque municipale de Nantes, un bâtiment contemporain. Il faut absolument que la culture bretonne vive avec son temps, dans son époque et pas dans un musée poussiéreux…
Daniel Lieuze
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