Chronique album
ParisÂ
26/09/2003 -Â
RFI Musique : Onze albums en trente ans : Le plaisir, câest aussi prendre son temps ?Câest le cĂŽtĂ© zen de cet album ?
(Rires) Je ne sais pas sâil est zen, mais il est juste en tout cas. Juste avec ce que je suis et ce que jâai envie de dĂ©fendre dans la chanson. De la maniĂšre dont jâai envie de le faire. Mais je crois que chaque album mâa donnĂ© lâimpression dâavoir cette mĂȘme libertĂ©, cette mĂȘme exigence - câest un grand mot - disons ce mĂȘme besoin de me trouver Ă ma place dedans, de le faire avec intĂ©gritĂ©. Peut-ĂȘtre que celui-ci arrive Ă un autre moment,Ă un moment meilleur oĂč il y a plus de disponibilitĂ© dans la tĂȘte des gens pour lâĂ©couter, trouver une petite attention Ă mon Ă©gard.
Justement vous nâĂȘtes pas toujours trĂšs tendre avec vous-mĂȘme. On ce souvient de Ce vieil Alain sur lâalbum prĂ©cĂ©dent. Et sur celui-ci lâex embarque tous les disques branchĂ©s ne laissant que les Chamfort !
Je pense que câest mieux de rire de soi que dâessayer de faire de lâhumour sur le dos des autres, câest la premiĂšre chose. Je trouve aussi que cela fait du bien dâavoir un peu dâautodĂ©rision, câest salutaire, cela relativise un peu les Ă©vĂšnements qui arrivent ou qui nâarrivent pas dâailleurs. Car moi je fais les choses avec beaucoup dâenvie, avec beaucoup de coeur et beaucoup dâinvestissement Ă©motionnel. Mais je garde toujours trĂšs prĂ©sent que cela ne reste que de la chanson, mĂȘme si je ne considĂšre pas la chanson comme un art mineur, comme disait Gainsbourg⊠Elle a son importance, doit ĂȘtre considĂ©rĂ©e avec respect, mais malgrĂ© tout je sais que jâai mes propres limites, que ma voix reste fragile, que jâai ce tempĂ©rament-lĂ , donc je ne peux pas me prendre au sĂ©rieux, sinon câest la fin de tout. Et je conseillerais dâailleurs Ă beaucoup de mes collĂšgues de faire un peu la mĂȘme chose.
Lorsque vous dites «on», il sâagit de Jacques Duvall votre parolier. Lâosmose est telle que lâon a parfois la sensation que vous communiquez par tĂ©lĂ©pathie.
Presque, je ne sais pas; on ne peut pas essayer de lâexpliquer, je pense que câest une rencontre incroyable qui sâest passĂ©e entre nous.
Deux Alain sâaffrontent dans lâalbum, le nostalgique/mĂ©lancolique et le ludique/sarcastique voire carrĂ©ment drĂŽle comme avec Les spĂ©cialistes, dĂ©licat et tendre, trĂšs annĂ©es 60, Motown.
Comme Sinatra ?
Il mâa toujours impressionnĂ© par sa maĂźtrise, incarnant Ă mes yeux lâidĂ©al du crooner. CâĂ©tait vraiment cette projection idĂ©alisĂ©e du chanteur glamour, sulfureux, bad boy, avec une facilitĂ© vocale de swing, de jouer avec la musique, dâĂȘtre si Ă lâaise et en mĂȘme temps de transmettre des sentiments.
Les amies dâEmilie, en dehors du jeu des allitĂ©rations, rappelle un peu Sapho et Sophie.
Il avait aussi Lucette et Lucie avec Gainsbourg. On tourne toujours un peu autour des mĂȘmes choses. Câest un parti pris dâĂ©voquer la chanson un peu sexy ou les relations amoureuses, les peines de coeur, on est toujours dans cette Ă©volution-lĂ . Et la volontĂ© surtout de ne jamais chercher Ă Ă©voquer la chanson sociale, câest un parti pris aussi.
Lâalbum en effets ne milite pas du cĂŽtĂ© social ?
Pourtant câest une tendance actuelle. Des gens comme Vincent Delerm oĂč Benabar sont un peu dans cette observation sociologique. Nous on reste dans lâĂ©vocation amoureuse essentiellement.
Le dernier mot, câest Fuyons !
Ce que jâaime bien, câest «Seuls les poltrons sont bien portants». On revendique une certaine lĂąchetĂ© que peu de gens osent avouer. Je trouve que câest plus sain une fois de plus dâessayer ĂȘtre honnĂȘte avec ces aspects qui ne sont pas forcĂ©ment les plus reluisants. Le rĂŽle aujourdâhui dâun chanteur qui essaie de passer pour un rĂ©dempteur ou quelquâun de concernĂ© par toutes les causes du monde, me semble assez suspect. Ătre plus Ă lâĂ©coute de ses petits travers et les avouer me permet plus de complicitĂ©, dâĂȘtre en communion avec les gens qui essaient de ne pas se mentir.
Ce Plaisir un peu égoïste devient ainsi le nÎtre ?
Câest toujours un peu ainsi que jâai envisagĂ© de faire les choses, de les faire dâabord par rapport Ă moi. Je ne me suis jamais trop souciĂ© du public Ă qui je mâadressais, cela me paraĂźt ĂȘtre trop compliquĂ©; et aussi une dĂ©marche un peu mercantile, car je ne considĂšre pas le public comme des clients ni comme des consommateurs, mais comme des gens qui sont proches de moi, Ă la limite. Alors je pense avant tout Ă ressentir un plaisir personnel en me disant il nây a pas de raison que ce plaisir-lĂ ne se partage pas.
Le Plaisir (Delabel/EMI)
Gérard Bar-David
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