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Chronique album


Sergent Garcia

Du disque Ă  la radio !


Paris 

10/10/2003 - 

AprĂšs avoir inaugurĂ© sa web radio au printemps dernier, Bruno Garcia, le roi du salsamuffin, est de retour dans les bacs avec La semilla escondida, un album mĂ©tissĂ© enregistrĂ© entre Kingston et Santiago de Cuba. Une nouvelle livraison fidĂšle Ă  la formule qui a fait le succĂšs Sergent - marier les riddims jamaĂŻcains Ă  l’énergie des bands latinos - mais qui ne se dĂ©pare pas d’un enthousiasme contagieux.



Le but de ce nouvel album, c’est de faire encore plus distinctement une passerelle entre Cuba et la Jamaïque ?
Oui, et puis d’aller chercher les racines du son qui nous intĂ©resse ici. OĂč les trouver mieux que directement Ă  sa source? L’enregistrement a Ă©tĂ© trĂšs instructif, une Ă©tape dans mon travail. J’ai l’impression d’avoir toujours une richesse supplĂ©mentaire une fois le travail terminĂ©. LĂ  je me suis vraiment rĂ©galĂ©: travailler avec le Fire House Crew qui est quand mĂȘme LE son de la JamaĂŻque en ce moment, et avec les musiciens cubains Ă  Santiago, c’était gĂ©nial!

La tonalité est ici plus ouvertement reggae

Un poquito quemao avait un peu cette couleur, Sin fronteras Ă©tait plus latino: c’est une fusion des deux. Certains morceaux ne sont effectivement que reggae, comme Mi ultima voluntad, sur un riddim de Marley, Forever loving jah. LĂ , c’est vraiment pratiquement la version originale. En revanche une chanson comme Que corra la voz est un morceau ska qui au milieu se barre dans un rythme un peu tropical, revient sur le ska, repart reggae
J’aime bien ce genre de fusion, casser le style
 Et puis j’avais envie avec cet album de revenir Ă  un truc plus brut, plus direct. De surprendre encore, ne pas me rĂ©pĂ©ter, aller dans d’autres directions. D’oĂč l’idĂ©e de travailler avec des musiciens locaux, pour changer aussi de son, aller plus loin dans ma recherche de musique.


La semilla escondida a Ă©tĂ© enregistrĂ© dans les CaraĂŻbe, peut-on considĂ©rer vos disques comme autant de notes de voyages, d’albums photo en musique ?
Oui et non. Au dĂ©part, Ă  l’époque de Un poquito quemao, je voyageais surtout dans ma tĂȘte! Depuis, c’est vrai que j’ai vu beaucoup de pays, et que j’en retire Ă  chaque fois des impressions dont naissent des chansons. Ceci dit, ce que je faisais au dĂ©part Ă©tait le fruit des rĂ©flexions que je me faisais sur le monde. LĂ , c’est vrai que je le vois plus en vrai, mais ce n’est pas tellement diffĂ©rent de ce que je m’imaginais


Vous imaginiez-vous par exemple que des fans cubains seraient prĂȘts Ă  monter un fan club Ă  Guantanamo, comme c’est le cas aujourd’hui ?!
C’est assez incroyable, d’autant que c’est le premier qui existe officiellement! En France, comme je chante l’essentiel de mes chansons en espagnol, les gens ne comprennent pas le contenu - d’ailleurs il y a les traductions sur mon site web - et restent sur le cĂŽtĂ© groupe festif etc. Mais dans des pays comme l’AmĂ©rique du sud ou Cuba, les textes prennent une autre dimension. Je me suis aperçu de ça en voyageant: quand je suis arrivĂ© Ă  Cuba et que j’ai vu qu’il y avait le fan club, les gens disaient «on aime Sgt Garcia, parce que ce qu’il dit dans ses chansons, c’est notre philosophie, c’est ce qu’on a envie d’entendre!».Ça te touche quand mĂȘme, c’est impressionnant!


Est-ce que d’une certaine maniùre votre musique prend sa vraie dimension hors des frontiùres hexagonales ?
Dans un sens, mais la plus grosse partie de mon public est en France. C’est la base, et c’est ici Ă  Paris en particulier, qu’est nĂ© ce projet, parce que c’est une ville qui inspire ce genre de chose. C’est une ville super cosmopolite, une ville de mĂ©langes, de musique. Il y a Ă©normĂ©ment de musiciens ici. Donc c’est un projet qui devait naĂźtre ici. Mais c’est clair que le message est assez universel
 Qu’on est peu de temps sur terre, et qu’il faut essayer de le vivre le mieux possible, le plus dignement possible. C’est pour ça qu’on se bat.

Votre activitĂ©, c’est aussi Radio Timbo, votre propre station sur internet. Comment est venue cette idĂ©e ?
La radio c’est quelque chose qui m’a toujours fascinĂ©. Au tout dĂ©but des radios libres, j’avais fait une Ă©mission punk, sur une petite radio en banlieue. Etant musicien, de l’autre cĂŽtĂ© de la barriĂšre, je m’aperçois de l’importance de tout ça, et je trouve ça gĂ©nial cette façon qu’a la musique de voyager. C’est pareil pour les DJs: ils reçoivent des disques de pays diffĂ©rents, ils les jouent dans des soirĂ©es et tout Ă  coup, ça prend une dimension qui n’existait pas avant! Mais Ă  la radio, j’entends toujours les vingt ou trente mĂȘmes morceaux. Je me trompe peut-ĂȘtre, mais j’entends beaucoup moins de programmations un peu "parallĂšles", d’animateurs qui font leur propre programmation, vont chercher des disques pour les faire dĂ©couvrir. Ce cĂŽtĂ© qu’avait la radio au tout dĂ©but, on peut le retrouver sur le net. Donc je me suis dit: on va faire une radio sur Internet! C’est assez rigolo parce qu’on fait ça chez moi dans mon salon, qui est aussi mon studio
 Donc des fois, on pousse les instruments, on met la table, les micros et on dit : allez, c’est parti. Emission de radio! L’idĂ©e c’est de faire dĂ©couvrir des sons, pas forcĂ©ment des choses qui ne sont pas commerciales. C’est pour ça que sur Radio Timbo on retrouve du son mexicain, jamaĂŻcain, cubain, africain, etc. Ce que j’ai trouvĂ© intĂ©ressant, c’est qu’on peut aussi faire des Ă©missions Ă  thĂšme, dans lesquelles j’invite des DJs, par exemple un spĂ©cialiste du reggae, ou un autre copain DJ spĂ©cialiste de musique africaine nigĂ©riane qui va nous parler de l’afro beat, etc. C’est un truc excitant parce que c’est du direct, ça va vite, trop vite d’ailleurs: je n’ai pas eu le temps de remettre la programmation Ă  jour!

Propos recueillis par LoĂŻc BussiĂšres

La Semilla Escondida (EMI/Labels)