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Papa Wemba de retour

Un album et un Zénith à Paris.


Paris 

24/10/2003 - 

LibĂ©rĂ© de prison en juin dernier*, Papa Wemba sort cette semaine un double CD, Somo Trop, qu’il vient prĂ©senter le 25 octobre sur la scĂšne du ZĂ©nith de Paris. Un homme nouveau nous revient. Entretien.



Un de vos surnoms est Foridole, le formateur des idoles. Ce nouvel opus est-il un album personnel ou celui des idoles de demain, des jeunes artistes qui ont travaillé sur ce disque ?
Au dĂ©part, c’est l'album de mon groupe, Nouvelle Ecrita, annoncĂ© depuis mars dernier. Mais vu les problĂšmes que j’ai connus, l’enregistrement a pris du retard. Pour donner de l’impact Ă  cet album, je m’y suis investi et y ai mis ma «patte». C’est un double CD de 17 titres avec une partie enregistrĂ©e Ă  Kinshasa - sans moi puisque je ne peux toujours pas sortir du territoire français - et l’autre, ici, Ă  Paris. Son titre Somo Trop, c’est une exclamation. Quand quelque chose nous dĂ©passe, on dit en lingala Somo Trop. Et cette affaire dans laquelle j’ai Ă©tĂ© impliquĂ© m’a vraiment dĂ©passĂ©.

Le titre de votre album prĂ©cĂ©dent, Bakala Dia Kuba, n’était-il pas prĂ©monitoire ? Vous parliez d’une tribu sur laquelle vous deviez veiller pour qu’elle ne bascule pas du mauvais cĂŽtĂ©.
Il y a quatre ans, Ă  l’occasion de la FĂȘte de la musique, j’étais invitĂ© Ă  la prison de Fleury-MĂ©rogis pour essayer d’égayer les locataires de la prison. Et il y a quelques mois, j’y ai sĂ©journĂ© trois mois et trois semaines. Un plaisir peut amener un malheur. Si tu ne sais pas faire la part des choses, c’est un peu difficile. Moi, je n’ai pas discernĂ© tout cela en allant jouer en prison. Je me disais alors que c’était bien, je faisais mon travail. Je n’imaginais pas que je serais quelques annĂ©es plus tard son locataire temporaire et que je chanterais le dimanche Ă  l’église de cette maison d’arrĂȘt.


Vous avez eu l’occasion d’y Ă©crire un des titres du nouvel album NumĂ©ro d’écrou. Un titre autobiographique ?
C’est une chanson dans laquelle je ne relate pas mon incarcĂ©ration, mais tout simplement mon expĂ©rience avec JĂ©sus. C’est dans ma cellule que j’ai entendu sa voix qui m’a dit: «Il faudra que tu deviennes mon esclave.» Et j’ai acceptĂ©. La prison m’a vraiment changĂ© sur le plan spirituel. Lorsque mes enfants venaient me voir, ils ont remarquĂ© un homme diffĂ©rent. Je ne cessais pas de leur parler spirituellement, mon discours Ă©tait toujours basĂ© sur la foi. Lorsque j’ai retrouvĂ© ma libertĂ©, la premiĂšre maison que j’ai visitĂ© Ă©tait une Ă©glise, la cathĂ©drale d’Evry. J’y suis restĂ© quarante minutes pour remercier le Seigneur.

Il y a une mode en Afrique qui est celle des chants religieux. Que pensez-vous de ce phénomÚne ?
L’homme africain comprend mieux la foi que l’homme occidental car il a beaucoup plus souffert. Il a subi l’injustice, l’indĂ©pendance, l’esclavagisme : tout cela est passĂ© dans l’homme noir. Il est donc plus proche de la croyance, il Ă©coute et il en vit. Or quand on vit ici, on est dĂ©jĂ  dans de bonnes conditions, on trouve dĂ©jĂ  pratiquement tout, les parents sont lĂ , ils ont un peu de moyens, on souffre beaucoup moins qu’en Afrique. Or chez nous, une femme peut mettre un enfant au monde dans une case, sans mĂ©decin, c’est pourquoi l’homme noir est trĂšs sensible Ă  la croyance de Dieu.

Les villageois de MolokaĂŻ vous ont soutenu pendant ces moments difficiles ?
Mon manager surtout, qui m’écrivait tout le temps, et mon «clavier», Patrick Bebey, le fils de feu Francis. Si entre 17 heures et 17h30, je ne recevais pas de courrier dans ma cellule, j’étais malheureux. Quand tu reçois un courrier, il te fait t’évader, il t’amĂšne Ă  vivre ailleurs juste Ă  ce moment-lĂ : c’est trĂšs important en prison ce lien quotidien avec l’extĂ©rieur.


Vous ĂȘtes toujours une fashion victim, un adepte de la sape malgrĂ© votre foi qui vous a changĂ© ?
Ah oui! Je ne peux pas changer cela. Dans la vie, il faut faire un choix et celui-là je l’ai fait pour toujours.

Votre ZĂ©nith, demain soir, c’est un cadeau Ă  vos fans ?
Ce sont des retrouvailles d’une autre dimension, celles que JĂ©sus veut faire Ă  travers moi. Samedi, ça va ĂȘtre quelque chose de diffĂ©rent par rapport Ă  tout ce qui a pu se passer depuis trente-trois ans. LĂ , c’est le dĂ©but d’une autre carriĂšre, avec JĂ©sus devant moi. Le message sera trĂšs fort bibliquement.

On peut attendre prochainement un nouvel album plus personnel de Wemba, plus "world" ?
Oui, on s’est dĂ©cidĂ© avec mon manager Fabien Tellier Ă  prendre des risques comme ceux que j’ai pris Ă  l’époque de l’album Emotion, avec Lokua Kanza. Je suis quelqu’un Ă  risques. Sauf imprĂ©vu, il devrait sortir l’an prochain.

* Il est soupçonné depuis décembre 2000 d'avoir organisé l'immigration clandestine vers l'Europe de centaines de ressortissants de la République démocratique du Congo (ex-Zaïre).

Papa Wemba Somo Trop (Next Music) 2003
En concert le 25 octobre au Zénith de Paris, de 18h à minuit.

Pierre  René-Worms