Paris
24/10/2003 -
Un de vos surnoms est Foridole, le formateur des idoles. Ce nouvel opus est-il un album personnel ou celui des idoles de demain, des jeunes artistes qui ont travaillé sur ce disque ?Le titre de votre album précédent, Bakala Dia Kuba, n’était-il pas prémonitoire ? Vous parliez d’une tribu sur laquelle vous deviez veiller pour qu’elle ne bascule pas du mauvais côté.
Il y a quatre ans, à l’occasion de la Fête de la musique, j’étais invité à la prison de Fleury-Mérogis pour essayer d’égayer les locataires de la prison. Et il y a quelques mois, j’y ai séjourné trois mois et trois semaines. Un plaisir peut amener un malheur. Si tu ne sais pas faire la part des choses, c’est un peu difficile. Moi, je n’ai pas discerné tout cela en allant jouer en prison. Je me disais alors que c’était bien, je faisais mon travail. Je n’imaginais pas que je serais quelques années plus tard son locataire temporaire et que je chanterais le dimanche à l’église de cette maison d’arrêt.
Vous avez eu l’occasion d’y écrire un des titres du nouvel album Numéro d’écrou. Un titre autobiographique ?Il y a une mode en Afrique qui est celle des chants religieux. Que pensez-vous de ce phénomène ?
L’homme africain comprend mieux la foi que l’homme occidental car il a beaucoup plus souffert. Il a subi l’injustice, l’indépendance, l’esclavagisme : tout cela est passé dans l’homme noir. Il est donc plus proche de la croyance, il écoute et il en vit. Or quand on vit ici, on est déjà dans de bonnes conditions, on trouve déjà pratiquement tout, les parents sont là, ils ont un peu de moyens, on souffre beaucoup moins qu’en Afrique. Or chez nous, une femme peut mettre un enfant au monde dans une case, sans médecin, c’est pourquoi l’homme noir est très sensible à la croyance de Dieu.
Les villageois de Molokaï vous ont soutenu pendant ces moments difficiles ?
Mon manager surtout, qui m’écrivait tout le temps, et mon «clavier», Patrick Bebey, le fils de feu Francis. Si entre 17 heures et 17h30, je ne recevais pas de courrier dans ma cellule, j’étais malheureux. Quand tu reçois un courrier, il te fait t’évader, il t’amène à vivre ailleurs juste à ce moment-là: c’est très important en prison ce lien quotidien avec l’extérieur.
Vous êtes toujours une fashion victim, un adepte de la sape malgré votre foi qui vous a changé ?Votre Zénith, demain soir, c’est un cadeau à vos fans ?
Ce sont des retrouvailles d’une autre dimension, celles que Jésus veut faire à travers moi. Samedi, ça va être quelque chose de différent par rapport à tout ce qui a pu se passer depuis trente-trois ans. Là, c’est le début d’une autre carrière, avec Jésus devant moi. Le message sera très fort bibliquement.
On peut attendre prochainement un nouvel album plus personnel de Wemba, plus "world" ?
Oui, on s’est décidé avec mon manager Fabien Tellier à prendre des risques comme ceux que j’ai pris à l’époque de l’album Emotion, avec Lokua Kanza. Je suis quelqu’un à risques. Sauf imprévu, il devrait sortir l’an prochain.
* Il est soupçonné depuis décembre 2000 d'avoir organisé l'immigration clandestine vers l'Europe de centaines de ressortissants de la République démocratique du Congo (ex-Zaïre).
Pierre René-Worms
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