ParisÂ
03/11/2003 -Â
La pochette intĂ©rieure de lâalbum reprĂ©sente un gamin avec un violon. Câest vous partant Ă lâaventure de la vie ?
Câest comme si câĂ©tait moi il y a une quarantaine dâannĂ©es, puis je reviens aujourdâhui au verso de la pochette. Câest le raccourci de ma vie : trois mille concerts, trois tours du monde, trente CDs. Cela fait un bon bout de chemin, beaucoup de rencontres avec leurs temps forts : le groupe Magma Ă mes dĂ©buts, celle avec StĂ©phane Grapelli Ă 21 ans et enfin le groupe Uzeb. Câest une vie trĂšs diversifiĂ©e puisque je me suis tournĂ©, il y a une dizaine dâannĂ©es, vers la pĂ©dagogie avec lâouverture dâune Ă©cole Ă Dammarie-les-Lys, qui est un centre professionnel de musique improvisĂ©e. Et puis je me suis aussi ouvert Ă la musique symphonique classique. Je compose beaucoup et mes deux prochains disques seront des disques symphoniques.
Votre nouvel album, Globe-Trotter, est un tour du monde en musique ?
Globe-Trotter, câest en fait tous ces parfums musicaux que jâai pu glaner de-ci, de-lĂ Ă lâoccasion de mes tournĂ©es et mes souvenirs de rencontres trĂšs importantes comme celles dâAstor Piazzolla ou de Paco de Lucia.
Les musiques du monde sont importantes dans votre démarche créatrice ?
Oui, parce que le jazz se nourrit des cultures pour se rĂ©gĂ©nĂ©rer, trouver des voies nouvelles et des mĂ©tissages. Mais il nâest pas question de reproduire des musiques dâautres pays, dâautres continents ou dâautres cultures. Câest simplement la vision dâun Français qui voyage et ramĂšne des souvenirs, comme des cartes postales. Tout cela est sous-tendu par notre culture et je ne cherche pas Ă imiter et Ă restituer les musiques de ces pays. Ce sont des parfums. Quand on fait du flamenco, câest un parfum flamenco, je ne joue pas vraiment dans la tradition exacte, mais simplement ce que jâen ai retirĂ©.
Le second CD est une suite dâimprovisations sur diffĂ©rents thĂšmes ?
Le premier album est celui du quartet, câest une vision partagĂ©e. Le deuxiĂšme disque, qui est en bonus, est ce solo que je construis depuis des annĂ©es sur scĂšne autour du Solo des mouettes et que je nâavais jamais enregistrĂ©. Autour de ce titre se crĂ©e un voyage introspectif. Câest ma vision personnelle avec mes enchaĂźnements et le violon Ă©lectrique.
Câest important pour vous de jouer Ă lâĂ©tranger ?
Bien sĂ»r. Un musicien doit ĂȘtre itinĂ©rant et mon enrichissement aura Ă©tĂ© dâaller voir ailleurs ce qui sây passe. Donc de relativiser et dâavoir une vision beaucoup plus globale. Je plains parfois les chanteurs francophones qui ne peuvent pas aller chanter Ă lâĂ©tranger. Câest tellement enrichissant une tournĂ©e en Inde ou en Afrique quâon en revient changĂ©.
Les jazzmen français ont toujours une bonne image Ă lâĂ©tranger ?
Ce qui diffĂ©rencie vraiment les jazzmen français, ce sont les cordes. Regardez lâimpact quâont eu StĂ©phane Grapelli ou Jean-Luc Ponty. Câest pour ça que mon Ă©cole, le CMDL â Centre des musiques Didier Lockwood-, essaie dâĂȘtre le garant de ces traditions qui sont trĂšs françaises.
Vous ĂȘtes un homme de rencontres : Vander dans Magma, puis Grapelli, Menuhin, Petrucciani, Nougaro ou Borhinger. Ces rencontres vous ont fait Ă©voluer ?
Toute rencontre avec un musicien, quâil soit connu ou inconnu, est toujours intĂ©ressante. Quand je joue avec de bons musiciens, je continue Ă apprendre. Quand on a la chance quâils soient sympathiques et pas trop prĂ©tentieux, câest encore mieux. Et quand on arrive Ă Ă©tablir une relation humaine saine, câest dâautant plus agrĂ©able. Jâai toujours Ă©vitĂ© les musiciens, mĂȘme sâils Ă©taient bons, qui avaient trop dâego mal placĂ©.
Votre travail est atypique puisque vous travaillez dans des univers différents, le jazz, le classique, le symphonique et les musiques de films...
Je suis un VTT, un violon tout terrain. Mon violon me sert de passeport, il me sert Ă passer les frontiĂšres culturelles. Câest un instrument qui est vouĂ© Ă cette tĂąche puisquâil est trĂšs souple, il a Ă©tĂ© conçu pour imiter la voix humaine avec beaucoup dâĂ©motions et il est prĂ©sent dans toutes les cultures. Si on est un violoniste qui sâintĂ©resse aux diffĂ©rentes formes de cultures, il y a de quoi faire.
Pour vous, la vie sâimprovise comme le violon ?
Tout Ă fait. Jâai choisi ce titre, La vie improvisĂ©e, pour mon livre, parce que jâavais lu dans un ouvrage scientifique que pour que la vie se rĂ©alise il fallait sept paramĂštres indispensables dont lâimprovisation. Il faut savoir improviser pour que la vie continue. Improviser, câest pouvoir rééquilibrer une situation pĂ©rilleuse, pouvoir bifurquer Ă nâimporte quel moment, pouvoir anticiper. Câest vraiment un rĂ©flexe qui dĂ©veloppe lâintelligence crĂ©atrice de chacun. Une fois quâon est parti avec son violon dans lâimprovisation, câest difficile de redevenir un simple interprĂšte.
Lâimprovisation est un travail de funambule ?
Câest comme les chats : il faut toujours retomber sur nos pattes et prendre des risques. On se lance des dĂ©fis. Il y a donc un cĂŽtĂ© visionnaire dans lâimprovisateur : il est obligĂ© de viser. Il a une certaine direction, mais dans cette direction, il y a une multitude de chemins et parfois il se tend lui-mĂȘme des piĂšges pour agrĂ©menter son parcours de maniĂšre plus amusante. Il y a un cĂŽtĂ© trĂšs ludique dans lâimprovisation, câest de la stratĂ©gie.
Vous considĂ©rez-vous comme un modĂšle aujourdâhui pour la nouvelle gĂ©nĂ©ration ?
On me le fait sentir. Je rencontre souvent des jeunes qui ont commencĂ© le violon parce quâils mâont Ă©coutĂ© en concert. Câest le plus beau compliment que lâon puisse me faire.
Album : Globe-Trotter (Universal Jazz)
Autobiographie : Profession jazzman, la vie improvisée (Hachette Littératures)
En concert le 8 novembre au New Morning de Paris.
Pierre René-Worms
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