Chronique album
ParisÂ
07/11/2003 -Â
DĂšs la premiĂšre Ă©coute, on a lâimpression quâau moment dâenregistrer cet album, Etienne Daho a choisi de faire une pause et de réévaluer lâensemble de sa carriĂšre dĂ©jĂ consĂ©quente (plus de vingt ans se sont Ă©coulĂ©s depuis Mythomane en 1981). Bilan sans doute satisfaisant car Réévolution sonne dĂ©finitivement plus comme une compilation du meilleur dâEtienne Daho que comme un nouvel album en rupture de ban. On retrouve tout au long de ces douze chansons, tous les ingrĂ©dients qui ont fait le charme et le succĂšs de Daho: sa voix atone et douce, ses paroles susurrĂ©es, son amour des mĂ©lodies mĂ©lancoliques mais toujours Ă©videntes et sa recherche des harmonies Ă©lĂ©gantes.
Ainsi, dans ce jeu de correspondances, Vis Ă vis a des rĂ©miniscences de Pop Satori, lâaccord basse-batterie de Retour Ă toi rappelle lâentrain soul de Paris Ailleurs tandis que les guitares saturĂ©es de Le Jour et la nuit font penser Ă certaines Ă©chappĂ©es de Pour Nos Vies Martiennes. Etienne Daho ne rĂ©volutionne donc rien mais remet au goĂ»t du jour des rĂ©jouissances pop comme Jack au mois dâavril, Retour Ă toi, LâOrage ou Talisman, toutes bien parties pour devenir des standards, rejoignant ainsi Week-End A Rome, Bleu Comme Toi ou Comme Un Igloo.
Album immĂ©diat et lumineux, Réévolution recĂšle toutefois quelques Ă©toiles noires comme la Réévolution, LâInconstant ou encore lâenvoĂ»tant Les Jalousies, chansons plus sombres mais tout aussi attachantes oĂč lâex-Rennais cultive prĂ©cieusement son cĂŽtĂ© plus secret. Mais câest lors des deux duos de lâalbum (If avec Charlotte Gainsbourg et Les Liens dâEros avec Marianne Faithfull) que le rayonnement de ce disque est Ă son zĂ©nith : musicalement trĂšs diffĂ©rents, ils traduisent cependant parfaitement deux des obsessions dâEtienne Daho, Ă savoir Serge Gainsbourg et les sixties. Ecrit et interprĂ©tĂ© Ă lâorigine pour Laid Back, le premier album du groupe parisien Ginger Ale, If est ici chantĂ© en tandem avec Charlotte Gainsbourg et se rĂ©vĂšle ĂȘtre un tube en puissance, aussi charmeur et entĂȘtant queComme Un Boomerang (morceau original de Serge Gainsbourg repris il y a deux ans en duo par Daho et Dani avec le succĂšs que lâon sait). «If, Ă©vasif, approximatifâŠ.if, trop nocif et trop addictif, maniaco-dĂ©pressifâŠÂ», le texte joue malicieusement avec les sonoritĂ©s, sâaventurant vers des allitĂ©rations que nâaurait dâailleurs pas reniĂ©es lâhomme Ă la tĂȘte de choux. La voix toujours fluette et dĂ©licate de sa fille a aujourdâhui gagnĂ© en prĂ©sence et lâon se prend Ă rĂȘver au retour de la belle Ă la chanson, si Etienne Daho lây poussait un peu⊠Changement dâambiance pour Les Liens dâEros : lâex-Ă©gĂ©rie des sixties, Marianne Faithfull, y rĂ©cite de sa voix inimitable des extraits de La VĂ©nus en fourrure, un texte de son grand-oncle, lâĂ©crivain sulfureux Leopold Von Sacher-Masoch et fait ainsi un clin dâĆil au morceau Venus In Furs du Velvet Underground, autre obsession dâEtienne Daho : «Les liens dâEros sont-ils plus puissants que les liens du cĆur, les liens dâEros sont-ils plus puissants que les liens du sangâŠÂ».

Dâamour, il nâest question que de cela dans Réévolution: toute la gamme du sentiment amoureux est explorĂ©e, de la passion Ă lâinconstance en passant par la jalousie et le plaisir charnel. Le chanteur de charme des annĂ©es 80 a mĂ»ri et sâest transformĂ© en un homme libĂ©rĂ© des apparences qui nâa plus peur de ses Ă©motions et de ses attirances. Certains reprocheront peut-ĂȘtre Ă Etienne Daho un air de dĂ©jĂ entendu, un manque dâaudace musicale, attendant en vain la suite dâEden, album aux choix artistiques plus modernes et plus complexes que la couleur «live» qui transparaĂźt ici. Mais avec Réévolution, on sent que Daho a choisi de reprendre son propos lĂ oĂč il sâĂ©tait tu, il y a plus de dix ans, Ă la sortie de Paris Ailleurs, au croisement dâune soul blanche et dâune pop typiquement française. Et, dix ans aprĂšs, force est de constater quâil existe rĂ©ellement un son «Daho» pour ne pas dire une signature et que les rencontres humaines et musicales (Jacno, Jacques Dutronc, Brigitte Fontaine, Guesh Patti, St Etienne, Astrud Gilberto, Jane BirkinâŠ) qui ont depuis Ă©toffĂ© son univers artistique, lâont toutes enrichi sans le dĂ©naturer, permettant sans doute Ă sa musique de se polir sereinement et Ă ces douze chansons dâavancer vers leur destin avec une force tranquille.
Marion Guilbaud
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