ParisÂ
07/11/2003 -Â
Kekele / Congo life (Next Music)LâĂ©lĂ©gance de cette formation, Ă la scĂšne comme en studio, rappelle immanquablement celle des doyens du Buena Vista social Club, devenus stars internationales. Comme leurs lointains cousins cubains, les membres de Kekele forment un all-stars de musiciens qui tous connurent leur heure de gloire dans les trĂ©pidants orchestres qui illuminĂšrent les nuits de Kinshasa des annĂ©es 60 Ă 80. Virtuoses de la guitare ou du chant, ils accompagnĂšrent Franco au sein du «Tout-Puissant Ok Jazz», «Seigneur» Tabuley Rochereau ou encore Pepe KalleâŠet donnĂšrent Ă la musique congolaise ses lettres de noblesses panafricaines. Mais la comparaison avec la bande des Ibrahim Ferrer ou feu-Compay Segundo ne sâarrĂȘte pas lĂ . Dâabord parce quâil existe une parentĂ© Ă©vidente entre la Rumba cubaine et sa cadette congolaise. DĂšs les annĂ©es 30, les orchestres congolais rivalisent sur des thĂšmes de cha-cha-cha, de pachanga, de son ou de rumba directement calquĂ©s sur les originaux, souvent chantĂ©s en espagnol ou en «indoubile» (mĂ©lange dâespagnol et de lingala).
La rumba ne sâassume rĂ©ellement congolaise quâau tournant des annĂ©es 50, en endossant notamment lâhĂ©ritage du likembe ou sanza, piano Ă pouces traditionneldont les guitares reprennent les mĂ©lodieuses arabesques. Câest ce rĂ©pertoire, quâils ont eux-mĂȘmes contribuĂ© Ă Ă©difier, que reprennent Nyboma, Loko Massengo, Syran Mbenza, Wuta Mayi et Bumba Massa, les membres de Kekele. Non sans le revisiter, en le drapant de couleurs acoustiques.
LâaccordĂ©on, le violon, la flĂ»te ou les clarinettes font ainsi leur entrĂ©e dans un style qui les avait laissĂ©s de cĂŽtĂ©. Cette orientation artistique reprend donc lâessence du genre tout en le renouvelant. Le rĂ©sultat y perd sans doute quelque peu de lâĂ©lectricitĂ© des dancings kinois, mais y gagne, avec ses arrangements dĂ©licats, en rondeur et en sensualitĂ©.
AprĂšs un premier album tout naturellement appelĂ© Rumba Congoen 2001, qui ouvrit au public occidental la porte dâun passĂ© retrouvĂ©, KĂ©kĂ©lĂ© revient avec ce nouvel opus baptisĂ© Congo Life. Les arrangements sont encore plus soignĂ©s, servis par des invitĂ©s tels que le Malgache RĂ©gis Gizavo Ă lâaccordĂ©on. Les chansons sont reprises du rĂ©pertoire personnel des chanteurs de Kekele, Ă lâexception dâun medley-hommage au mythique orchestre de Franco. Ce morceau, Souvenirs-ok-jazz comporte une composition de Vicky Longomba, dont le rejeton, Awilo, est entrĂ© dans le club des figures de la musique congolaise dâaujourdâhui.
En concert parisien le 15 novembre au Bataclan, en premiĂšre partie dâAfricando.
Awilo Longomba / Mandongo (MĂ©lodie)NĂ© sous lâĂ©toile du Tout-Puissant OK Jazz, Awilo Longomba fit ses premiĂšres armes en tant que batteur dans lâorchestre Viva la Musica de Papa Wemba. Il sort en 1995 son premier album solo Moto-Pamba entourĂ© de grands noms de la musique congolaise: Sam Mangwana, Dindo Yogo ou encore Rigo Star. Il sây montre dĂ©jĂ touche Ă tout, alternant ou mĂ©langeant les genres: rumba de papa, soukouss et ndombolo naissantâŠen Ă©lectron libre de la musique congolaise.
Puis il sâinstalle en France et sâimbibe comme une Ă©ponge dâautres sonoritĂ©s (la musique Ă©lectronique est en pleine ascension). Cette tendance Ă la fusion lui inspire un tube qui fait encore fureur dans les discothĂšques africaines, KoupĂ© dibamba. La chanson dĂ©marre avec cette citation dâAwilo: «Ăa câest de la techno-soukouss! ». Sâil ne sâagit pas de la fondation dâun nouveau courant musical, lâexpĂ©rience est en tout cas inĂ©dite et fait un tabac. Dans le mĂȘme morceau, Awilo sâadoube «propriĂ©taire de tous les dossiers», titre honorifique comme les affectionnent tant les artistes congolais, et qui figure en sous-titre de son dernier album, Mandongo (du nom dâun petit piment aphrodisiaque). Il continue dây tisser son patchwork musical, flirtant cette fois-ci avec le RâNâB, la house ou encore le compas haĂŻtien. Et si ces derniĂšres pĂ©ripĂ©ties ne lui rĂ©ussissent pas toujours, lâalbum compte quelques excellents titres aussi festifs et Ă©nergiques que le tube qui fit Ă©merger lâartiste.
G7 / ArrĂȘt cardiaque (Atoll)
NĂ©s Ă la fin des annĂ©es 70 au Congo-Brazza, les 10 membres de cette formation sont les benjamins de notre sĂ©lection de nouveautĂ©s congolaises. AccompagnĂ©s de huit jeunes danseurs, les «gnomi-gnomi», le G7 est un des groupes montants de la scĂšne brazzavilloise. Cette annĂ©e, ils sont nominĂ©s dans la catĂ©gorie «meilleur groupe dâAfrique centrale» pour les Kora, les Victoires de la Musique africaine. Leurs noms sont aussi Ă©vocateurs que «Colonel Zarra Umporio» (chef dâorchestre), «VĂ©ro du Paradis» (guitare), ou encore «EffacĂ© le Tableau» (animateur). On sent que ces jeunes gens ont dâavantage Ă©tĂ© Ă lâĂ©cole du grand Mopao, alias Koffi OlomidĂ©, que des pionniers de la rumba. Leurs chansons sont avant tout destinĂ©es Ă faire brĂ»ler les pistes de danse Ă un rythme effrĂ©nĂ©, Ă grands renforts de choeurs, de guitares et de synthĂ©s qui virevoltent autour dâune batterie dĂ©chaĂźnĂ©e. Câest le cas dâOussama (vraiment tu es mauvais) ou encore de GĂ©nĂ©ration 79, morceaux dâune puissance machiavĂ©lique⊠Rien dâĂ©tonnant donc, Ă ce que ce nouvel album soit baptisĂ© ArrĂȘt cardiaque! Mais les frĂ©nĂ©tiques adeptes du ndombolo nâen oublient pas pour autant le charme puissant de la rumba dâantan. Un hĂ©ritage auquel le G7 sacrifie et sâadonne langoureusement dans Shabert.
Signe que, sous des habits diffĂ©rents, au fil des Ă©poques et des gĂ©nĂ©rations, la musique populaire congolaise conserve une profonde unitĂ©âŠet une belle vitalitĂ©.
Vladimir Cagnolari
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