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Didier Awadi, prix RFI musiques du monde 2003

Le rappeur sénégalais en concert parisien.


Dakar 

17/11/2003 - 

Didier Awadi n’est pas un inconnu pour le public avide de hip-hop. Il fut un pionnier du rap Africain avec Positive Black Soul, le duo qu’il formait dans les années 90 avec Doug E Tee. Après une carrière de groupe qui le fit exercer son art de Dakar à New York, Didier Awadi a choisi l’indépendance pour faire entendre sa voix, porteuse de messages forts et d’espoirs légitimes.



Quelle est votre réaction à ce Prix RFI ?
Beaucoup de joie et d’honneur. C’est une reconnaissance pour le rap africain qui n’était pas très considéré. Ça peut créer une motivation. C’est la “musique pauvre” de l’Afrique, elle est très diffusée, mais ça ne se ressent pas dans les ventes, parce que le public est jeune, il préfère copier les cassettes. Mais c’est la musique la plus écoutée par ces jeunes, la seule qu’on peut croiser du Cap au Caire, et de Dakar à Nairobi.

Comment jugez-vous l’évolution du rap africain, vous qui en a été un des pionniers avec PBS ?
Le développement des home studios a fait évoluer la qualité de la production. Les jeunes aujourd’hui peuvent faire leur propre musique, sans aucun complexe, ils maîtrisent les machines et ils connaissent ce son. Il y a cinq ans encore, on était obligés d’aller à l’extérieur. Aujourd’hui, ce sont les rappeurs eux-mêmes qui dirigent les labels, ils développent un marché indépendant et parallèle. Il y a beaucoup de connections qui se créent entre les artistes. Je peux aller tourner au Bénin sans passer par une structure culturelle officielle, parce que je sais qu’il y a le groupe RDS qui va m’accueillir là-bas, et mettre en place tout ce qu’il faut. Le nombre de production a triplé, des petits groupes peuvent sortir une cassette au bout d’un an d’existence.
On n’est pas riches, mais on est indépendant, et ça, c’est beau!


Vous êtes d’ailleurs devenu un véritable entrepreneur ?
Oui, par la force des choses. Dès le début, j’ai été obligé de travailler pour financer nos projets. J’ai travaillé dans la cigarette où tu apprends à te vendre de façon sauvage et puissante. L’argent gagné, on l’a investi dans un peu de matos. On a monté un studio qui nous permet aussi de faire de la publicité, de concevoir des musiques pour des marques, de développer leur image. Cette petite fibre pour le business, elle a toujours été là: on a monté une émission de télé parce qu’on aimait ça et qu’on voyait des gens qui ne connaissaient pas cette musique faire des émissions dessus. Petit à petit, on essaie d’apporter notre façon de voir. Le feeling hip hop peut rentrer partout et faire la différence parce que c’est ce que la rue veut.

Vous avez repris des morceaux emblématiques sur l'album, pourquoi ?
S’il doit y avoir des reprises, il est plus intelligent pour moi de plonger dans le patrimoine africain. Des gens comme Alpha Blondy, je les adore, depuis que je suis tout gosse. Il me fait aussi l’honneur d’être un ami, donc c’est naturel: quand j’écoute un de ses morceaux, je vois que ça colle avec ce que j’écris par rapport à la dette (africaine, ndlr). Alors je prends son refrain! Mais je le traite différemment, ce ne sont pas des “reprises”, j’emprunte des refrains, et je les développe dans mon propre style. Ce sont plus des hommages que des reprises. Ils sont chanteurs et moi rappeur, les textes sont très différents mais j’ai besoin de faire cet hommage parce que ce sont des musiques qui ont bercé mon enfance. Les Américains ont samplé James Brown, il n’y a pas de raison que moi je ne puise pas dans mon patrimoine!


Le prochain album aura t’il une tonalité aussi militante que le premier ?
Beaucoup plus encore, il y a eu beaucoup de bouleversements au Sénégal et ailleurs dans la politique africaine. Il y a eu les événements du 11 septembre auxquels on ne peut pas rester insensible. La musique est beaucoup plus acoustique: la guitare, la kora, sont très présentes. On apprend à travailler les percus… Ça va être “back to roots”, on pense même appeler l’album comme cela! Roots dans les instruments, et dans l’essence combattante du rap. Ce sera mélodique, mais avec des textes engagés. Sur les dictateurs qui ne disent pas leurs noms, les problèmes ethniques, les tabassages de politiciens, les bastonnades de journalistes… Et puis la dette, les politiciens à qui on demande des gestes forts... Il y aura de l’humour, de l’amour, un peu de tout!

Propos recueillis par Jean-Eric Perrin