Chronique album
ParisÂ
13/08/2004 -Â
DâentrĂ©e de jeu, MC Solaar joue cartes sur la table. Celui qui a su avec un CinquiĂšme As en main, sĂ©duire avec son prĂ©cĂ©dent opus plus de 850.000 acheteurs en France, Belgique et Suisse, avoue ne pas avoir envie de replonger cette fois-ci dans la routine du service aprĂšs vente qui accompagne toute sortie. "DĂšs que le disque est en bac, la promo assurĂ©e et le clip en boĂźte, tu pars en tournĂ©e. Câest systĂ©matique. Câest ce cycle de vie que je souhaite ne pas reconduire avec Mach 6" prĂ©vient-il, sans vraiment savoir ce quâil va faire de cette annĂ©e gagnĂ©e, chapardĂ©e. "Je souhaite juste avoir du temps pour faire autre chose" annonce-t-il Ă©vasivement. Pas de tournĂ©e cette fois-ci. Juste un album sec, quâil faut donc apprĂ©cier sur piĂšces.
Mach 6 tourne dans le lecteur CD. Au micâ, Solaar fait son MC. ForcĂ©ment aĂ©rien sur ce nouvel opus, le bavard survole ses constructions verbales dâun phrasĂ© lĂ©ger. Rarement Ă©nervĂ© mĂȘme quand "la police nationale au lieu de prĂ©server la paix sur moi, a bĂąclĂ© son travail" (Souvenir), MC Solaar avance apaisĂ©. "Aujourdâhui, jâarrive Ă faire ce que je veux artistiquement. Je nâai plus de problĂšme de crĂ©dibilitĂ©, plus de mentor" confie celui qui depuis Bouge de lĂ , son premier succĂšs a toujours cherchĂ© Ă conjuguer le hip hop au plus-que-parfait. Car quoi que puissent lui reprocher quelques "grandes gueules" hardcore du genre, Solaar ne sâest jamais Ă©loignĂ© des valeurs dâun mouvement qui Ă la fin des annĂ©es 70, au pied des "blocks" de la Grosse Pomme, plaçaient dĂ©jĂ le "fun" au cĆur de ses prĂ©ceptes. "Je suis plus Ă lâaise" reprend-t-il. "Avant, quand jâĂ©coutais un titre terrible, ça me questionnait, mâinfluençait. Aujourdâhui, je ne cherche plus Ă savoir si je suis dans la tendance française ou dans la tendance US du hip hop".
Ailleurs donc, Laarso est chez lui. Et il y est si bien que parfois il sâautorise quelques machouillis dâidĂ©es dĂ©jĂ exploitĂ©es dans de prĂ©cĂ©dents opus, quelques redondances, quelques facilitĂ©s ou banalitĂ©s difficilement excusables et dâautant moins pardonnables quâil fut celui par qui tous les amoureux du verbe libertaire purent prendre pied dans le monde du R-A-P. AdorĂ© par de nombreux profs de français dans les collĂšges de lâHexagone, il redonna goĂ»t au mot et au sens. Premier hĂ©raut de la tchatche, il est aujourdâhui rattrapĂ© par une horde de nouveaux hĂ©ros, suivis de quelques zĂ©ros, qui nâont plus peur de braver le maĂźtre en son dico, Ă coup dâallitĂ©rations affilĂ©es.
Alors dĂšs quâil baisse la garde, nâaligne que des lignes aux rimes radines, il ne vaut guĂšre mieux que ses suiveurs. Quoique, mĂȘme son Today is a Good Day littĂ©rairement pauvre, brille par sa conclusion en forme de rĂ©ponse au fonctionnaire de lâANPE qui lui demande ce quâil veut faire : "Physicien. Jâviens de rĂȘver dâĂȘtre musicien et ça ne rime Ă rien". Solaar fait du Solaar et on ne saurait lui en vouloir. "Avec le temps, jâarrive mĂȘme Ă trouver des correspondances entre tous mes morceaux. Câest comme de lâhypertexte" commente celui qui avec le chanteur Marka, a rĂ©cemment donnĂ© une suite aux aventures de Caroline. "Tu peux Ă©crire de nouveaux Ă©pisodes ou comme Alain Delon, te re-citer" ajoute-t-il en souriant.
Pour son nouveau plan de vol, MC Solaar, a choisi la Black Rose Corporation. EmbarquĂ© dĂ©jĂ sur certains titres de son dernier album, ce duo de producteurs - Eric K-Roz & Alain J â a pris les commandes sur toutes les plages de Mach 6 (16 titres dont deux intermĂšdes). "CâĂ©taient les derniers arrivĂ©s sur CinquiĂšme As. Cette fois-ci, ils ont eu plus de temps. ForcĂ©ment leurs travaux sont plus aboutis". Plus abouti et plus musical, plus orchestrĂ©, cet album servi par les cordes de lâOrchestre de Moscou et le souffle gĂ©nĂ©reux de quelques instrumentistes et choristes est "un album de musiciens" clame le rappeur dĂ©finitivement sacrĂ© roi du "hip pop", comme sâil tenait Ă souligner la finesse et la fluiditĂ© de ses beats. IndĂ©niablement, Solaar a mis la main sur une paire en or. En effet, finement ciselĂ©s, les instrumentaux tous diffĂ©rents de ces deux producteurs, experts en informatique par ailleurs, mĂ©ritent dâĂȘtre Ă©coutĂ© et réécoutĂ©. Sur Cash Money, Eric et Alain glissent avec parcimonie les premiers claquements dâun tac-Ă -tac. Intrigants et presque anachroniques, ces sonoritĂ©s qui renvoient Ă lâenfance, capturent lâespace dâun instant lâattention en vadrouille.
Squaaly
Â
07/03/2001 -Â
24/06/1998 -Â