publicite publicite
 

04 : 04 TU

Logo temps universel 

Rechercher

/ languages

Choisir langue
 
Menu

Camel Zekri au festival Africolor

Sa création Warda avec le Diwan de Biskra, Hasna El Becharia et Malouma


Paris 

09/12/2003 - 

Outre le fait qu'il tĂ©moigne avec un engagement militant du foisonnement musical des pays du Sud et en particulier de l’Afrique, le festival Africolor propose de vraies crĂ©ations. Pour sa 15Ăšme Ă©dition dĂ©ployĂ©e (jusqu’au 21 dĂ©cembre) dans tout le dĂ©partement de la Seine-Saint-Denis, musiciens et chanteurs vont donner du sens au mot "rencontre" en Ă©vitant tout opportunisme et exotisme de pacotille. Notamment Ă  travers Warda, une crĂ©ation impliquant la participation du Diwan de Biskra et des chanteuses algĂ©rienne et mauritanienne Hasna El Becharia et Malouma. Rencontre avec Camel Zekri, guitariste, joueur de oud et compositeur Ă  l’origine de ce moment de partage.



RFI : Comment prĂ©senter le Diwan de Biskra Ă  quelqu’un qui ignore tout de lui?
Camel Zekri
: C’est un ensemble de musiciens et chanteurs qui chantent et jouent le diwan. SituĂ© au pied du massif de l’AurĂšs, important centre de culture des dattes, porte du dĂ©sert, Biskra, comme BĂ©char et tout le sud algĂ©rien est la terre du diwan. CĂ©rĂ©monial pratiquĂ© par les gnaoua de la rĂ©gion, qui appartiennent Ă  la confrĂ©rie noire de Sidi Merzoug (rattachĂ©e Ă  l’ensemble des confrĂ©ries se reconnaissant en Sidi Bilal), le diwan, au fil des annĂ©es et des mĂ©langes de populations nomades arabes, berbĂšres et noires sĂ©dentarisĂ©es dans cette zone, est devenu trĂšs mĂ©tissĂ©, le creuset d’une rencontre fraternelle entre l’Afrique noire et l’Afrique blanche. Des mots arabes se sont infiltrĂ©s dans les chants interprĂ©tĂ©s en hejmi (mĂ©lange d’haoussa, songhaĂŻ et foulani), la darbouka a rejoint les tambours d’Afrique noire. Je descends moi-mĂȘme d’une famille appartenant Ă  la confrĂ©rie de Sidi Merzoug et c’est Ă  Biskra, oĂč j’ai suivi l’enseignement du maĂąlem Hamma Moussa, disparu en 1996, que je me suis initiĂ© au diwan,

Vous ĂȘtes originaire de Biskra?
Non, je suis nĂ© Ă  Paris, en 1962. J’ai dĂ©couvert Biskra, terre de mes ascendants, pendant les Ă©tĂ©s de mon adolescence. Porte du dĂ©sert, c’est une ville du Sud, calme et assoupie, Ă©blouissante de lumiĂšre. Lorsqu’on arrive du nord, il faut d’abord traverser un canyon pour dĂ©boucher ensuite dans la partie rocailleuse du Sahara, apercevoir les premiĂšres oasis et leurs palmiers jaillissant dans l’azur. C’est Ă  Biskra, que pour la premiĂšre fois, j’ai entendu de la musique, vu de la danse, senti un grand nombre d’encens, Ă©coutĂ© des chants, dĂ©couvert des costumes et surtout ressenti de fortes Ă©motions dans le tourbillon vibratoire qu’est le diwan (mot arabe signifiant assemblĂ©e).J’ai fait enregistrer un album au Diwan de Biskra (pour Ocora/Radio France, en 1993) qui est venu la premiĂšre fois en France, trois ans plus tard, Ă  l’Institut du Monde Arabe, Ă  Paris.


Quel sens a le titre donné à ce projet, dans lequel le Diwan de Biskra rencontre Hasna el Becharia et Malouma, deux chanteuses dont vous avez réalisé les albums?
"Warda" signifie "rose" en arabe. A travers ce nom-lĂ , s’exprime une certaine idĂ©e de fĂ©minitĂ© (en rĂ©sonance avec la participation de deux femmes) et de fragilitĂ©. Le diwan, tel qu’il se pratique Ă  Biskra et ailleurs en AlgĂ©rie, se joue dans les maisons. Donc le public, ce sont des femmes, mais qui ne participent pas aux chants. Hasna, que j’ai rencontrĂ©e en France, a quittĂ© l’AlgĂ©rie pour pouvoir jouer son art et le diwan, qu’elle n’avait pas le droit de jouer Ă  BĂ©char d’oĂč elle est originaire. Elle se rĂ©vĂšle ĂȘtre une grande dĂ©tentrice de cette tradition. Elle est fille du maĂźtre qui a créé le Diwan de BĂ©char. Les femmes de la confrĂ©rie ont un rĂŽle (arifa) pendant la cĂ©rĂ©monie. Elles servent de mĂ©diateur entre le gĂ©nie et la personne possĂ©dĂ©e. Elles sont donc trĂšs prĂ©sentes dans le diwan, en connaissent les chants, mĂȘme si elles ne les chantent pas. Hasna, Ă©tant musicienne (guitariste, percussionniste, chanteuse), a immĂ©diatement incorporĂ© et digĂ©rĂ© ces chants. De plus, elle jouait en cachette de son pĂšre, le guembri.

Et votre rencontre avec Malouma?
Malouma, cela fait un an que je travaille avec elle. Je suis allĂ© la voir en Mauritanie, oĂč j’avais Ă©tĂ© appelĂ© pour rĂ©aliser son album par Christian Mousset, directeur du festival Musiques MĂ©tisses d’AngoulĂȘme et producteur de cet album (DunyaMarabi). C’est une belle personne et une forte personnalitĂ©, trĂšs attachante. LĂ -bas, j’ai dĂ©couvert que pendant dix ans elle a Ă©tĂ© bannie, n’a pas pu travailler, on lui avait retirĂ© son passeport. Elle vient d’ĂȘtre enfin reconnue, on lui a permis de retravailler. En fait, ce sont deux femmes "engagĂ©es", engagĂ©es dans la vie, et cela se ressent bien sĂ»r dans l’engagement musical. Donc tout cela c’est fragile, puisque c’est de l’humain. Comme est fragile le diwan, aussi. Il y a eu un moment oĂč ne pouvait plus le faire, jusqu’à ce qu’en 1996 l’Institut du Monde Arabe Ă  Paris nous invite. Ce qui a apportĂ© une sorte de reconnaissance extĂ©rieure de ce patrimoine musical et a amenĂ© une prise de conscience sur le plan local. Le regard des autres leur a fait admettre qu’il y avait lĂ  un vĂ©ritable patrimoine Ă  sauvegarder. Ces Ă©lĂ©ments de fragilitĂ©, en les rĂ©unissant, ça nous rend plus forts. On est aussi d’une sorte de mĂȘme aire gĂ©ographique, donc on a des reconnaissances, qui sont trĂšs Ă©videntes avec Hasna, plus Ă©loignĂ©es avec Malouma, mais bon, les liens sont lĂ . C’est aussi les occasions qui nous permettent de retrouver ces points de reconnaissance.

Comment s’organisent les choses dans cette "rĂ©union de famille" sur scĂšne?
Dans Warda, il y a des chants du diwan, d’autres du rĂ©pertoire de Hasna que nous jouons avec tout le groupe, puis vient un duo guitare et cornemuse "chekoua" (cornemuse de Biskra, Ă  six trous), entre moi et Bachir Temtaoui, le maĂąlem du Diwan de Biskra. Ensuite arrive Malouma avec qui on travaille d’abord en duo, sur des compositions qu’elle a pensĂ©es spĂ©cialement pour ce projet, avant de poursuivre avec tout le groupe.

Warda, le 12 à Montreuil (Centre Dramatique National), le 13 à Clichy-sous-Bois (Espace 93), le 20 à Saint-Denis (Théùtre Gérard Philipe).

Patrick  Labesse