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Bon anniversaire Manu !

Dibango a 70 ans


Paris 

12/12/2003 - 

Dakar-YaoundĂ©-Douala. Manu Dibango est considĂ©rĂ© comme une des rĂ©fĂ©rences de la musique africaine moderne. Alors qu’une compilation, Africadelic, vient de sortir avec des titres rares, Manu a Ă©tĂ© fĂȘtĂ© la semaine derniĂšre Ă  Dakar avant de l’ĂȘtre ce week-end dans son pays natal. L'occasion de rencontrer Ă©galement quelques figures qui ont jalonnĂ© son parcours.



Dakar
Dakar a fĂȘtĂ© dignement Manu la semaine passĂ©e Ă  l’occasion des vingt-cinq ans d’Africa FĂȘte. "Non seulement il fĂȘte ses 70 ans dans la capitale sĂ©nĂ©galaise, mais Manu et moi avons lancĂ© ensemble Africa-FĂȘte Ă  Paris en 78. C’est un monument de la musique africaine que les jeunes doivent prendre pour rĂ©fĂ©rence", raconte Mamadou Konte. Dans la foulĂ©e de l'Ă©vĂ©nement, une association internationale des musiciens verra le jour. "Elle sera officiellement mise en place courant dĂ©cembre parce que nous voulons que sa naissance coĂŻncide avec le 70e anniversaire de Manu", nous a confiĂ© Youssou N’Dour. Et d'ajouter que " cette Association internationale des musiciens africains est le cadeau que nous lui offrons". Pour Didier Awadi, rĂ©cent laurĂ©at du Prix RFI Musiques du monde, Manu est le pĂšre fondateur de la musique africaine. "On a tous Ă©tĂ© bercĂ©s par Soul Makossa, et c’est important de lui rendre hommage. Il nous a apportĂ© une image d’espoir et nous a prouvĂ© qu’un musicien pouvait ĂȘtre clean".

Le Cameroun attend le retour du fils prodigue
Il y a soixante-dix ans naissait Ă  Douala Emmanuel NdjokĂ© Dibango, alias Manu Dibango. A l’occasion de cet anniversaire, deux concerts gĂ©ants seront organisĂ©s : il jouera vendredi 12 dĂ©cembre au Palais des CongrĂšs de la capitale avant de se produire au stade MbappĂ© LeppĂ© de sa ville natale le lendemain. Une soirĂ©e qui aura les allures d’un vĂ©ritable "Soir au village" oĂč l’on retrouvera Ray Lema, son complice de trente ans avec lequel il prĂ©pare un nouvel album, ainsi que le chanteur Douleur et le groupe Macase, qui viennent l’un et l’autre de remporter un Kora Award Ă  Johannesburg, le week-end passĂ©. Un absent de marque en la personne de Richard Bona, son fils spirituel "Manu, c’est notre Tyranausus Rex, le dernier ancien qui reste au pays. Alors que Francis Bebey et Eboa Lotin nous ont quittĂ©s, il demeure notre dernier repĂšre."


"Bonjour Patouon"
Son premier patron lorsqu’il arrive en France au milieu des annĂ©es 60 s’appelle Dick Rivers. La "LĂ©gende" se souvient : "C’est des copains qui m’avaient parlĂ© de ce musicien noir. Il venait de Belgique oĂč il jouait de la musique congolaise. Je l’ai embarquĂ© comme pianiste dans mon groupe. On tournait beaucoup Ă  l’époque, en pleine vague rock’n’roll. Manu avait des cheveux; ce n’était pas ce gĂ©ant au crĂąne rasĂ© que l’on connaĂźt aujourd’hui. La musique qu’il jouait alors, c’était du rythm’n blues : le style Otis Reding, Wilson Pickett ou James Brown. Depuis lors il a fait un bon bout de chemin. Avec sa musique, qui est avant tout instrumentale, c’est devenu un artiste planĂ©tairement connu. Ce qui n’est pas le cas des artistes français car nous avons une barriĂšre qui s’appelle la langue française. Lui, n’a pas ce soucis avec son instrument, et cela lui permet de porter sa musique afro-jazzy-pop aux quatre coins du monde. C’est un type extraordinaire, qui n’a pas d’ñge."

Bokilo, le fidĂšle lieutenant
S’il est un fidĂšle parmi les fidĂšles de Dibango, c’est son guitariste congolais, Bokilo Jerry Malekani, prĂ©sentĂ© en 1965 par KabasĂ©lĂ© alors que celui-ci faisait partie du fameux Rico Jazz. Depuis trente-huit ans, Bokilo suit Manu dans toutes ses aventures, multipliant les rencontres avec les musiques de tous horizons. "C’est un vĂ©ritable frĂšre pour moi, on travaille en famille. Mais aprĂšs quarante annĂ©es sur les routes, Manu et moi Ă©prouvons le besoin de souffler. Mais il faut sans arrĂȘt rĂ©pondre Ă  toutes ces sollicitations. Nous faisons un mĂ©tier de troubadours et comme Manu est un homme de rencontres, il faut toujours aller de l’avant."


Soul Makossa
VoilĂ  trente ans, Soul Makossa Ă©tait le premier tube africain Ă  marcher aux Etats-Unis. Depuis lors, Michael Jackson, Cameo ou Jennifer Lopez n’ont pu rĂ©sister au phrasĂ© de Mamako, Mamasa, Mamakossa et en ont fait un usage plus ou moins clandestin. Jim Miller, rĂ©dacteur en chef du magazine amĂ©ricain Rolling Stone dans les annĂ©es 70, prĂ©sente Soul Makossa qu'il considĂšre comme le morceau prĂ©curseur de la vague disco : "Durant l'Ă©tĂ© 1973, un instrumental envahit les ondes amĂ©ricaines. AppelĂ© Soul Makossa, ce disque offrait une partie de sax dominant une rythmique de plomb et Ă©voquait une torride orgie en pleine jungle, impression renforcĂ©e par des grognements et des murmures... Bien qu'Ă  l'origine en import français et Ă©tant le genre de disque que l'on brĂ»le en Caroline du Sud, Soul Makossa devint l'un des titres favoris des discothĂšques dĂšs le printemps 73. AprĂšs qu'Atlantic Records en eut acquis les droits, le single devint un vrai hit dans tout le pays. "

Manu, l’afro-parisien
Remy Kolpa Kopoul, ancien journaliste au quotidien LibĂ©ration, aujourd’hui Ă  Radio Nova se souvient : "Dibango ? C’est le premier Africain Ă  avoir fait un tube non communautaire, Ă  une Ă©poque oĂč pourtant cela ne passait que par lĂ . Il est rentrĂ© dans la catĂ©gorie soul-jazz, mais en mĂȘme temps il a dĂ©clinĂ© son tube Soul Makossa Ă  toutes les sauces. Lorsque la sono mondiale est arrivĂ©e dans les annĂ©es 80, Manu avait un avantage sur les autres. Lorsque les autres dĂ©butaient et avaient des locks, il n’avait dĂ©jĂ  plus de cheveux sur le crĂąne. Cela lui donnait une stature ! Il est devenu politique en se tenant Ă  l’écart de la politique, un peu juge de paix, mais avec des principes, comme celui de ne pas vouloir rentrer pendant des annĂ©es dans son pays. Ici, dans cette nĂ©buleuse de la musique africaine, il Ă©tait l’aĂźnĂ©, celui qu’on respectait. C’était un sage Ă  l’époque oĂč les autres ne l’étaient pas. "

Manu Dibango Africadélic (Mercury/Universal Music) 2003

Pierre  René-Worms