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Chronique album


Charles Aznavour

Je voyage


Paris 

19/12/2003 - 

Nouvel album et invitation au voyage de Charles Aznavour dont les mélodies familières prennent parfois l'air d'autres latitudes. Chronique de Je voyage, album annoncé, attendu et apprécié.



Il en va de Charles Aznavour comme des vieilles cathédrales gothiques. Cent fois, on les visite, mille fois on les redécouvre. Mirez-vous dans le noir de ses yeux toujours aussi intense. Admirez la flèche de cette voix qui n'en finit pas de donner le vertige. Appréciez enfin les miniatures musicales de cet immense bonhomme de la chanson. L'un des derniers, l'unique peut-être (avec Maurice Chevalier et Montand) à être aussi bien connu à Erevan qu'à Las Vegas, acclamé tout autant à Moscou et à Guéret.

Le grand Charles sort donc un nouvel album, le centième… le premier…. peu importe tant il apparaît à l'écoute de ce Je voyage que le charme est intact comme au temps des premiers succès. Une époque où "inféodé" à Piaf, associé au chansonnier Roche, critiqué pour sa taille, raillé pour ses airs de chien battu, on ne donnait pas lourd de son avenir. Aujourd'hui, Charles Aznavour roule carrosse et passe pour être le boss. Son nouvel album brosse l'étendue de son savoir et de sa science en matière de chanson.

Recrutant le pianiste Yvan Cassar - déjà associé par le passé à d'autres cadors (Claude Nougaro, Johnny Hallyday) - Aznavour chante fado ici : Lisboa, swingue avec la crème des jazzmen parisiens (Nicolas Giraud, Benoît Sourisse, Florin Niculescu) sur Quelqu'un de différent ou philarmonise là : Je n'entends rien. Cette chanson où un enfant de la balle vieillissant est soumis aux affres de la surdité souligne, la capacité du chanteur à la veille de ses quatre vingt années à ironiser sur les ravages du temps. Un temps dont les plus de soixante-dix ans riront encore en écoutant La Critique. Avec un refrain calqué à s'y méprendre sur La Bohème, Aznavour y taille un costard de belle facture aux vanités journalistiques des chroniqueurs musicaux et égratigne ses confrères timorés pour finalement rendre justice… au seul public, juge suprême. Cabotinage de celui à qui l'on déniait à ses débuts le droit à la scène. Rien de grave mais suffisamment d'ironie dans cette chanson pour comprendre qu'un demi-siècle plus tard, la blessure est encore douloureuse même s'il propose d'en rire.


Pour le reste, Aznavour continue de faire part en musique de ses révélations amoureuses (On s'éveille à la vie), de ses souvenirs de conquêtes passées (Dans le feu de mon âme) et de ses aspirations de découvertes du vaste monde (Il y a des trains). Ici le fils d'un Géorgien et d'une Arménienne prend l'aspect familier du regretté Compay Segundo. L'air légèrement salsa de cette mélopée semble provenir directement de la gare de Trinidad où les cubains trompent l'attente du prochain vapeur en improvisant sur une guitare ou des congas. Morna, saudade, salsa… qu'est-ce qui pourrait faire peur à ce musicien voyageur ? Rien, pas même le risque de supporter les commentaires d'un duo avec sa fille de trente ans, Katia, sur le titre éponyme de l'album. Peut-être pas le meilleur titre de ce disque qui en comporte tant, mais on appréciera la douce émotion d'entendre Aznavour avec sa descendance. N'allez pas parler de passage de flambeau, à l'entendre l'heure de la retraite n'a pas encore sonné pour cet octogénaire. Et puis - c'est bien connu - les voyages de Charles, forment la jeunesse d'Aznavour. Pourvu qu'il nous emporte dans ses bagages !

Charles Aznavour Je voyage (Capitol) 2003

Frédéric  Garat