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Chronique album


Indochine

Un son brut


Paris 

23/01/2004 - 

Comble de la dĂ©suĂ©tude artistique il y a encore peu aux yeux de certains, Indochine n’en finit pas de crĂ©er l’évĂ©nement. Ils terminent ce vendredi 23 janvier leur Paradize Tour par deux concerts le mĂȘme soir dans deux villes diffĂ©rentes (Bruxelles et Paris), et sortent 3.6.3, un double album live prĂ©lude discographique Ă  un triple DVD.



La rĂ©surrection est Ă  la mode. AprĂšs Henri Salvador, remis en selle il y a trois ans grĂące Ă  sa Chambre avec vue, c’est au tour d’Indochine, synonyme il y a encore peu d’aimable "has been", d’ĂȘtre consacrĂ© Ă  coups de chiffres de ventes Ă  six zĂ©ros. N’en dĂ©plaise Ă  certains observateurs, prompts Ă  enterrer le groupe rĂ©duit Ă  son seul membre fondateur, ou Ă  crier au come back Ă  chacune de leur nouvelle sortie, la bande Ă  Sirkis s’affiche aujourd’hui en champions d’une industrie du disque en petite forme.

Pourtant, malgrĂ© son gĂ©nĂ©rique de luxe (Murat, Mickey 3D, Melissa Auf Der Maur
), leur Paradize, aux relents de rock indus n’était pas donnĂ© gagnant. "Quand on a amenĂ© l’album Ă  notre maison de disques il y a deux ans, la moitiĂ© des gens Ă©taient terrifiĂ©s : c’était dans leur jargon un album spĂ©, c’est Ă  dire spĂ©cialisĂ© dans le rock. Ils pensaient en vendre 80.000 exemplaires" confie Nicola, qui ajoute par ailleurs avoir "plus vendu d’albums qu’à l’époque du trĂšs gros succĂšs du groupe dans les annĂ©es 80". Peut-ĂȘtre portĂ© par un retour en grĂące du binaire, Paradize emportera tout sur son passage : adhĂ©sion des critiques, lauriers en tous genre (Victoires de la Musique, NRJ Music Awards
), sans pour autant que son artisan ne dĂ©vie de sa ligne de conduite ("on a par exemple, dĂ©cidĂ© Ă  un moment donnĂ© d’arrĂȘter la commercialisation de J’ai demandĂ© Ă  la lune, parce qu’on trouvait qu’un million de singles, c’était largement suffisant et qu’on n'Ă©tait pas parti pour ça, mais pour prĂ©senter un album"). Le triomphe modeste, Indochine ponctuait nĂ©anmoins en juin dernier leur tournĂ©e française par un passage Ă  Bercy, l’antre parisienne des grands messes populaires. Une premiĂšre pour un groupe rock français. Et l’occasion d’offrir aux Indofans une nouvelle sortie CD.

Live intégral


VaccinĂ©s au live, et vraisemblablement transcendĂ© par l’enjeu, le groupe livre ici un concert gĂ©nĂ©reux, fidĂšle Ă  l’esprit du dernier album. Le canal saturĂ© fonctionne Ă  plein rĂ©gime, les guitares crachent leurs riffs avec bonheur tandis que Sirkis, semblant dĂ©fier l’outrage des ans, transpire d’énergie juvĂ©nile. Logiquement, 3.6.3 feuillette les titres de Paradize, avec l’énergie de rigueur, et s’offre une revue de dĂ©tails des tubes du groupe au dĂ©tour d’un Indo club compilant Canary bay, Les tzars et autres Fleurs pour Salinger, standards hors d’ñge, fĂ©dĂ©rant des fans de la premiĂšre heure comme la gĂ©nĂ©ration Mickey 3D.

Au total, plus de deux heures d’offrandes pop livrĂ©es Ă  un public acquis, pour un disque qui se veut le plus fidĂšle possible au concert. "C’était vraiment un point de vue de notre part de faire un live intĂ©gral". On peut ainsi goĂ»ter aux dĂ©bordements de vitalitĂ© du live selon Indochine, Ă  condition de ne pas se montrer trop regardant sur la qualitĂ© de l’enregistrement, laquelle inspire la plus grande circonspection. Brouillon, brut, bruyant, 3.6.3 n’est pas un modĂšle de haute fidĂ©litĂ©, malgrĂ© "plus de deux mois en studio pour le mixage du cd audio". Explication avancĂ©e par Nicola Sirkis : "il y a eu un mixage, mais pas de retouche. Pour 99% des lives qui sortent qui sortent dans le commerce, on refait une voix par-ci, une guitare par-lĂ , ce qui est normal d’ailleurs. On a pratiquĂ© ça dans le passĂ© par ce que de temps en temps la voix dĂ©raillait, qu’il y avait un problĂšme de son. Pour Bercy, on a Ă©tĂ© bĂ©nis des dieux : on a dĂ©cidĂ© de tout garder parce qu’il n’y avait pas de grosse catastrophe". Pas de toilettage sonore donc, mais un live brut de fonderie, rĂ©sultat d’un parti pris artistique certes louable, mais qui ne sĂ©duira pas les tympans les plus sensibles. "Beaucoup de gens se plaignent du son qui est assez brut, mais c’est un live : ce n’est pas un album de studio, mais enregistrĂ© en concert. Il y a le public et nous. On aurait pu faire un live complĂštement aseptisĂ©, ça ne nous intĂ©ressait pas". Un bootleg officiel en somme. IntĂšgre, brutal, et dĂ©finitivement rock’n’roll !

Indochine 3.6.3 (Columbia / Sony) 2004

Loïc  BussiÚres