publicite publicite
Rechercher

/ languages

Choisir langue
 
Menu

Manou Gallo

La force de Dida


Paris 

02/03/2004 - 

Coup de coeur pour le premier album, Dida, de la jeune ivoirienne Manou Gallo. L’ex-bassiste des Zap Mama est Ă  la hauteur des espoirs de Marcelin YacĂ©, son pĂšre spirituel. Musicienne et maintenant chanteuse, Manou Gallo prend la parole et ne mĂąche pas ses mots.



C’est en pensant Ă  lui que Manou Gallo prĂ©sente les onze titres de son groupe, Manou Gallo et le DjiboĂŻ. Lui, c’est Marcelin YacĂ©, figure du monde musical ivoirien, tuĂ©, comme tant d’autres, dans cette guerre civile qui n’en fini plus. Premier professionnel Ă  avoir cru en elle, Marcelin YacĂ© craque sur Manou lorsqu’il arrive Ă  Divo, un lieu choisi comme base par son groupe Woya. Il embarque alors la petite vendeuse d’orange pour une aventure qui va devenir celle de toute sa vie. Il faut dire que Manou est dĂ©jĂ  un vĂ©ritable phĂ©nomĂšne musical au village. NĂ©e le jour du dĂ©cĂšs de sa grand-mĂšre, elle a reçu en songe le don de battre les tambours parleurs! Un don qu’elle exprime Ă  l’ñge de huit ans, lors d’une cĂ©rĂ©monie d’enterrement. "Tout le monde Ă©tait Ă©tonnĂ©, choquĂ© mĂȘme car les femmes n’ont pas le droit de toucher ces tambours. On me prenait pour une petite sorciĂšre. Quand je me suis installĂ©e alors pour jouer, j’ai senti la force de mes ancĂȘtres guider mes doigts". Et la force ne la jamais quittĂ©e!

Au-delĂ  de l’expĂ©rience Woya, une Ă©cole de la vie pour la jeune fille non-scolarisĂ©e, Manou suit Marcelin YacĂ© Ă  Abidjan oĂč il lui offre sa premiĂšre basse et l’initie Ă  la prise de son dans son studio pendant trois ans (il Ă©tait considĂ©rĂ© pour beaucoup comme le meilleur ingĂ©nieur du son de toute la CĂŽte d’Ivoire). "Je ne pensais qu’à la musique, je n’avais qu’un seul but: devenir musicienne. J’y mettais toute mon Ă©nergie". Lorsqu’elle tente sa chance Ă  Bruxelles en 1997, elle se souvient avoir Ă©tĂ© remarquĂ©e par le manager des Zap Mama lors du MASA 92 Ă  Abidjan. Ça tombe bien, Marie Daulne, leader du groupe cherche «un» bassiste. Transie de froid pour son premier hiver avec neige, elle passe avec succĂšs l’audition. RĂ©chauffĂ©e, elle tourne depuis avec le groupe oĂč elle fait le maximum pour servir la chanteuse Marie Daulne.

Mais aujourd’hui, c’est elle qui parle et elle ne mĂąche pas ses mots. Sur la pochette, ses bras nus, avec bracelets colorĂ©s et guitare basse. Droit dans les yeux, elle nous regarde.


RFI Musique : Dida, c’est le titre de ton album, c’est aussi ta langue. J’ai l’impression que tu tiens absolument à dire qui tu es

Manou Gallo
: "Dida", c’est la langue de mon peuple. L’album parle de ma vie et de tout mon parcours. La musique est celle d’aujourd’hui, ni commerciale, ni traditionnelle. De la musique du monde.

C’est pour cela que tu chantes dans ta langue maternelle, mais aussi en français, en anglais

Et en swahili! Le dida, c’est mon enfance, et puis aussi le français, je suis francophone. L’anglais est venu plus tard, avec les tournĂ©es. Mais ce n’est pas prĂ©mĂ©ditĂ©. Moi j’aime que les choses viennent au feeling. Sabine Kabongo (qui chante sur Amagnagny) s’exprime trĂšs trĂšs bien en anglais. Lorsqu’on composait Ă  la maison, c’est venu comme ça. Ce qui montre mon esprit d’ouverture.

Avec toi, l’expression "citoyenne du monde" trouve du sens, que penses-tu de la notion d’"ivoiritĂ©" (1)?
La CĂŽte d’Ivoire est un pays d’accueil, Abidjan est un melting pot, tous les musiciens de l’Afrique de l’Ouest sont passĂ©s par lĂ . Je me souviens de Lokua Kanza jouant avec mon pĂšre adoptif. Les politiciens jouent sur le fait qu’il y avait beaucoup d’étrangers en CĂŽte d’Ivoire. C’est diviser pour mieux rĂ©gner. Moi, je suis une femme ivoirienne, je suis une femme du monde, et j’ai envie que tous ceux qui sont sur cette terre aient leur place quelque part.

Tu as commencĂ© ta carriĂšre internationale en jouant de la basse avec les Zap Mama, et aujourd’hui, avec ce premier album, tu chantes. As-tu conscience du fait que l’expression de tes sentiments devient Ă  chaque fois l’expression de tes idĂ©es ?
Je suis trĂšs consciente. Tant que tu peux parler pour la paix, pour l’amour, il faut le faire. Moi je n’ai pas peur. Les gens qui prennent les armes, eux, n’ont pas peur de tirer. Moi, je n’ai pas peur de parler de libertĂ© et de respect. Je suis nĂ©e en CĂŽte d’Ivoire, Ă  Divo, mais il me fallait partir. C’est important que chacun puisse faire son chemin. C’est ce qui fait la richesse du monde et des ĂȘtres humains.

Une richesse humaine que l’on retrouve sur ton album !
Dans Zap Mama, j’ai connu Lene (Christensen), une danoise blonde qui chante Poupouyanssia. TrĂšs belle rencontre. Je suis allĂ©e chez elle au Danemark, elle est venue chez moi Ă  Dido. Moi je suis pour ça. Quand le sang coule, on ne sait pas si tu es du nord ou du sud, si tu es blanc ou noir. Le sang, c’est du sang.

Quel est le texte qui te tient le plus à cƓur ?
Gou. C’est la maladie. Je parle fort de l’Afrique, de ma sƓur qui est morte du sida, je voulais lui rendre hommage. J’étais si mal. «Quelle est cette maladie que l’on ne peut pas soigner?/Qu’est ce qu’on a fait pour ĂȘtre dans le noir?/LĂ  oĂč tu es allĂ©e, marches bien
et au revoir/La fille de ma mĂšre je te salue/Ma petite sƓur je te dis au revoir»

Il y a de la tristesse, mais jamais de dĂ©sespoir. Tu sembles portĂ©e par une force immense, d’oĂč vient-elle ?
Mon Dieu, c’est les esprits de mon peuple. Et puis bien-sĂ»r mon pĂšre adoptif, Marcelin YacĂ©, il voyait mon lendemain. C’était mon idole. Je me dois et je lui dois de rĂ©ussir.

Il y a Angélique Kidjo
et maintenant Manou Gallo !
Merci! Ce n’est pas courant de voir des femmes africaines jouer aux instruments
et puis c’est cher et incertain, les parents ne l’encouragent pas, mais ça va venir. AngĂ©lique, c’est un modĂšle pour moi, je l’ai rencontrĂ©e Ă  Los Angeles avec les Zap Mama. Quand je la voyais Ă  la tĂ©lĂ©vision, je me disais il faut croire Ă  ce que tu fais, Manou, vas-y quoi!

(1)Ivoirité

Manou Gallo Dida (Dixiefrog/Night & Day) 2004

Valérie  Nivelon