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Manu Chao-Amadou & Mariam

La rencontre d’un fan


Bamako 

11/02/2004 - 

AprĂšs Obispo et Polnareff, voici Manu Chao et Amadou et Mariam. Mais Manu, fidĂšle Ă  son Ă©thique, a dĂ©cidĂ© de collaborer avec le duo malien Ă  la rĂ©alisation d’un nouvel opus qu’ils concoctent actuellement ensemble entre Paris et Bamako. Nous les avons rencontrĂ©s au Mali pour parler de cette rencontre inattendue qui pourrait bien ĂȘtre l’évĂ©nement discographique de l’annĂ©e.



RFIMusique : Comment avez-vous découvert Amadou et Mariam ?
Manu Chao : Je les ai dĂ©couverts en voiture, sur le pĂ©riph’ parisien en Ă©coutant la radio. D’un seul coup, il y a eu une chanson qui a "pĂ©tĂ©" dans l’autoradio, mais je ne savais pas qui c’était. AprĂšs, je suis allĂ© chez mes potes, je leur ai chantĂ© la chanson et je leur ai demandĂ©qui c’était. Et ils m’ont rĂ©pondu : "C’est Amadou et Mariam. Tout le monde connaĂźt." Mais moi j’étais en Espagne et leur musique n’était pas diffusĂ©e lĂ -bas. Les Français connaissaient dĂ©jĂ  grĂące au tube Je pense Ă  toi, ma chĂ©rie, mon amour. Je suis devenu fan Ă  la premiĂšre Ă©coute. J’ai Ă©tĂ© acheter tous leurs CDs. Ca a Ă©tĂ© mon coup de cƓur pendant un an ou deux. Tous les jours Ă  la maison, je mettais les disques d’Amadou et Mariam et je chantonnais dessus, je trouvais des petits chƓurs, des mĂ©lodies qui s’ajoutaient. C’était mon petit jeu de la journĂ©e.

Qu’est-ce qui vous a plu en eux ?
C’est ce cĂŽtĂ© blues-rock africain, mais surtout ce qui se dĂ©gage, c’est une immense douceur. MĂȘme si les chansons sont lentes ou rapides, il y a Ă©normĂ©ment d’humanitĂ©.

C’est ce qui vous a donnĂ© envie de revenir en Afrique ?
Il y a quatre ans que je n’étais pas revenu, et toutes ces annĂ©es, j’ai ressenti un manque jusque dans mes tripes. On n’oublie pas l’Afrique comme ça et comme disent les BrĂ©siliens, tu as la sodade. C’est un continent fabuleux, j’en connais Ă  peine un petit caillou, mais c’est un bonheur et une leçon de vie Ă  chaque fois.

Vous ĂȘtes ici pour enregistrer un album avec Amadou et Mariam ?
Lorsque j’ai eu la chance, grĂące au hasard, de les rencontrer Ă  Paris, on est rentrĂ© en studio une journĂ©e pour le plaisir. Cela a tellement bien fonctionnĂ© qu’on est restĂ© six jours et on a pratiquement fini un disque. On est ensuite parti Ă  Bamako finir l’enregistrement, faire de nouvelles chansons. Maintenant, on est amis. On fait beaucoup de musique, des nouvelles chansons que nous Ă©tions vraiment impatients d’enregistrer.

Avec Amadou à la guitare, il y a des échanges forts entre vous ?
Ce sont des Ă©changes permanents. On s’entend bien, tout est fluide. Le studio, on n’y a pas passĂ© des mois, tout le monde Ă©tait Ă©tonnĂ© qu’en cinq jours on ait pratiquement bouclĂ© un album. Il y avait des chansons qu’Amadou et Mariam avaient dĂ©jĂ  Ă©crites, d’autres qui sont nĂ©es au studio. Tout s’est fait d’une maniĂšre trĂšs spontanĂ©e. Je suis passĂ© de fan Ă  collaborateur et producteur exĂ©cutif.

En studio, vous ĂȘtes chanteur, guitariste ou producteur ?
Vous savez, mes casquettes sont un peu mĂ©langĂ©es depuis des annĂ©es. Je joue de la guitare quand Amadou pose la sienne car c’est lui qui donne vraiment la chaloupe de la chanson. Je m’occupe un peu des rythmiques, je fais la production du disque, car c’est Ă  moi qu’incombe de mener le disque Ă  bon port. Je chante, je fais des chƓurs, je co-Ă©cris des chansons, on s’amuse comme des fous.


C’est un album qu’on Ă©coutera d’ici l’étĂ© ?
Je n’aime pas m’avancer avant d’avoir fini, mais je peux juste vous dire qu’il sortira lorsqu’il sera prĂȘt, au printemps ou en septembre.

Est-ce que cette rencontre va vous inspirer pour un album personnel ?
Tout m’inspire. Dans Clandestino, le Mali Ă©tait dĂ©jĂ  prĂ©sent, les gens ne s’en Ă©taient pas rendu compte, mais quand j’ai enregistrĂ© mes guitares, je sais Ă  l’intĂ©rieur de moi-mĂȘme que ce pays est prĂ©sent parce que les ritournelles maliennes de guitares m’ont toujours beaucoup inspirĂ©. C’est un style proche de mon jeu de guitare, j’utilise vraiment Ă  ma maniĂšre iconoclaste des techniques de guitares maliennes. Une chanson comme La vie Ă  deux sur Clandestino a ces petites transes de guitares maliennes que j’adore.

Votre prochain projet personnel est semble-t-il un livre...
Oui, je travaille sur mille choses Ă  la fois, mais lĂ , je suis en train d’écrire un petit bouquin. J’apprends Ă  faire des bouquins, on est en train de faire la mise en pages. J’ai rĂ©digĂ© tous les textes, et mon copain Wosniak, qui collabore au Canard EnchaĂźnĂ©, a fait les dessins. On s’amuse comme des petits fous. Ce n’est pas encore vraiment fini et je ne sais pas encore vraiment Ă  quoi cela va ressembler. Et tous ces petits textes, pour une fois uniquement en français, je suis en train de les mettre en musique, et c’est encore un petit jeu du moment. Ce sera des petites valses Ă  sale temps.

Ce sera donc un livre accompagnĂ© d’un CD ?
Oui, je l’espùre. Tout cela est avec des guillemets car tant que les choses ne sont pas finies, je ne sais pas trop ce que je suis en train de faire. Je sais que je peux passer du coq à l’ñne du jour au lendemain. D’un livre, on peut passer à une gaziniùre. Pour le moment, on est bien parti pour finir ce livre.

C’est un projet d’artisan ?
Tout Ă  fait. MĂȘme dans ma musique, je fais de l’artisanat. Je me considĂšre comme un artisan, le travail doit ĂȘtre bien fait, on ne doit brĂ»ler aucune Ă©tape. Mais lĂ , pour le livre, je ne suis qu’un apprenti, c’est la premiĂšre fois que j’en fais un, et nous faisons tout nous-mĂȘmes. J’apprends un mĂ©tier, et c’est super intĂ©ressant.


Trois questions Ă  Amadou et Mariam :

Comment avez-vous rencontré Manu Chao ?
Amadou: On l’a rencontrĂ© en France par le biais de notre manager, et Ă  partir de lĂ  on a commencĂ© Ă  travailler ensemble. On aimait beaucoup sa musique, lui aussi. Donc nous avons dĂ©cidĂ© de faire cet album en commun.

Qu’est-ce qui lui a plu en vous: votre jeu de guitare ou une certaine naĂŻvetĂ© des texteset de la musique ?
C’est la simplicitĂ© des textes et notre musique qu’il a particuliĂšrement apprĂ©ciĂ©es. Un peu comme dans les disques qu’il fait lui-mĂȘme. C’est un vĂ©ritable Ă©change qui s’est produit depuis lors.

Quel style d’album ĂȘtes-vous en train de rĂ©aliser. Un album plus rock ou plus africain ?
C’est un album mĂ©tissĂ©, avec le rock, l’Afrique et l’Europe. Chacun compose ses chansons et on arrange ensemble. C’est l’objet de la rencontre: il y a des morceaux oĂč Manu fait la musique et on amĂšne les paroles; des morceaux oĂč lui fait les paroles et on en ajoute lĂ -dessus. C’est le but mĂȘme de cet album.

Pierre  René-Worms