ParisÂ
17/03/2004 -Â

En rĂ©alitĂ© la bougresse triche un peu : il y a vingt ans Juliette chantait dĂ©jĂ . Les pianos-bars sâen rappellent encore. Il suffit dâun temps de rĂ©flexion, dâun comptage sur les doigts et dans les souvenirs pour que lâĂ©vidence sâaffiche: "Câest vrai, ça fait plus de vingt ans! Disons que je mets mes dĂ©buts quand les gens sont dâavantage venus pour le piano que pour le bar. Quant au premier disque, et en lâoccurrence il sâagissait dâune cassette, câĂ©tait il y a un peu moins de vingt ans en fait. Il a fallu dâabord Ă©crire des chansons, avoir un peu de sous pour enregistrer et de monde pour me soutenir. Câest pour ça que je place mes dĂ©buts Ă un moment intermĂ©diaire, lorsque jâai commencĂ© Ă me faire connaĂźtre un peu sous mon nom, Ă ne plus faire de piano bar bĂȘtement, Ă avoir un rĂ©pertoire un peu plus personnel."
20 ans de chanson(s)
Peu importe, lâoccasion tout dâabord pour la maison de disques de sortir un double album compilation. Vingt ans, donc vingt chansons issues des divers albums de lâartiste. Parmi elles il en est certaines annotĂ©es «raretĂ©s», comme la reprise de Reggiani, les Loups sont entrĂ©s dans Paris, uniquement parue sur un album hommage. Il y a aussi les "versions inĂ©dites" enregistrĂ©es en public la salle Gaveau. Il y a enfin les qualifiĂ©es de "quasiment introuvables", miraculeusement ressuscitĂ©es de la premiĂšre cassette auto-produite en 1987. Et comme Juliette elle mĂȘme ne dĂ©tient plus les bandes originales, il a fallu retravailler le son Ă partir des deux cassettes lui restant. Imaginez le travail⊠Lâartiste en revanche avoue ne pas sâĂȘtre vĂ©ritablement impliquĂ©e dans le choix des titres : "Jâai Ă©videmment donnĂ© mon opinion mais je suis incapable de sĂ©lectionner. Et mes goĂ»ts ne sont pas forcĂ©ment ceux de la majoritĂ©. Sâil ne sâagissait que de moi, Rimes fĂ©minines par exemple nây figurerait pas, câest loin dâĂȘtre ma chanson prĂ©fĂ©rĂ©e mais en mĂȘme temps, elle est vachement importante dans mon rĂ©pertoire. En fait, je mettrais des trucs qui nâintĂ©ressent personne !"
20 ans de concerts

Cet anniversaire est surtout le prĂ©texte pour donner une sĂ©rie de concerts sur une longue pĂ©riode. Et câest une fois de plus la salle Gaveau qui va lui tendre ses planches du 18 mars au 11 avril telle une histoire dâamour entre le lieu et la chanteuse : "Câest exactement ma salle prĂ©fĂ©rĂ©e! Un truc sây passe. DĂ©jĂ on allume les lumiĂšres et il fait jour, tout le monde voit tout, il nây a pas de rideau ni de fond noir, câest peint en gris clair et les fauteuils sont jaunes, câest trĂšs joli, un peu baroque. De plus, il y existe des mouvements de public! Il y a deux balcons et si vous ĂȘtes sur les cĂŽtĂ©s, vous ne voyez rien donc les gens bougent. Ils se lĂšvent pour aller voir ailleurs! Jâadore! Les gens sont comme Ă la maison, ils vous interpellent, parlent, ce nâest pas du tout un théùtre convenu."
Si peu convenu que Juliette a dĂ©cidĂ© de le transformer en garage pour ces quelques dates. Comprenez par lĂ que le bleu de travail sera la tenue de scĂšne et que des pneus et autres outillages traĂźneront ci et lĂ entre le piano et les micros : "LâintĂ©rieur de la salle est classĂ© donc on ne peut rien fixer, pas faire de trous. Et puisquâil nây a pas de rideau on va ĂȘtre obligĂ© de tout montrer: les cĂąbles de micro, les pieds et tout le bazar quâen gĂ©nĂ©ral on essaie de dissimuler. Alors la question a Ă©tĂ© simple: dans quel endroit existe tâil des choses un peu Ă©parses, du matĂ©riel, du fouillis ? Jâai pensĂ© au garage parce quâen plus le parallĂšle avec la musique paraĂźt totalement invraisemblable. Jâaime bien considĂ©rer quâun artiste dans sa pĂ©riode de crĂ©ation nâest pas trĂšs diffĂ©rent dâun gars qui rĂ©pare des moteurs."
Seulement 20 ans !
Mais nâen demandez pas trop Ă Juliette, elle mĂȘme nâa quâune idĂ©e imprĂ©cise de ce qui va se passer pendant ces trois semaines. Tout dâabord parce quâelle est encore en fin de tournĂ©e du Festin de Juliette. Ensuite parce les rĂ©pĂ©titions Ă Gaveau sont impossibles, la salle Ă©tant continuellement occupĂ©e : "Je crois quâil y a un orchestre symphonique la veille de la premiĂšre donc on va Ă©viter de les faire jouer dans le cambouis !" Autre caractĂ©ristique, le spectacle sera long et proposera un entracte : "Il y a buvette mais câest normal dans un garage il y a toujours le moment oĂč on boit un coup."
VoilĂ donc les 20 ans de Juliette. Beaucoup de plaisir et dâimagination, rien de conçu de façon pointilleuse ou solennelle, tout dans le culot de lâexpĂ©rience et de la confiance. Et au milieu de tout cela, elle arrache une heure par ci et par lĂ pour avancer sur lâalbum Ă venir Ă la rentrĂ©e : "Oui mais peut ĂȘtre quâaprĂšs, le sujet sera clos, on pourra passer Ă autre chose. Et jâai envie de vous dire que jâai lâhabitude de cela au fond. A chaque fois que je suis en pĂ©riode dâĂ©criture, je suis en gĂ©nĂ©ral en tournĂ©e avec un ancien spectacle. Donc je suis toujours la tĂȘte pleine de trucs trĂšs nouveaux, je suis trĂšs excitĂ©e, je me rĂ©jouis, et en mĂȘme temps je continue la rĂ©alitĂ© dâautre chose."
Alors aprĂšs tout il nây a aucune surprise Ă ce que Juliette nâhĂ©site pas Ă la question "dĂ©jĂ 20 ans ou seulement 20 ans?": "Ce serait plutĂŽt: seulement 20 ans !". Juliette dĂ©libĂ©rĂ©ment tournĂ©e vers lâavenir.
Marjorie Risacher
Ma vie, mon Ćuvre (vol.1), 20 ans, 20 chansons (Polydor/Universal).
A la salle Gaveau du 18 mars au 11 avril.
Â
07/02/2008 -Â
02/12/1998 -Â
15/02/1999 -Â
08/02/2002 -Â