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Ray Lema piano solo

Histoires sans paroles


Paris 

29/03/2004 - 

Musicien emblĂ©matique de l’apport de l’Afrique Ă  la diversitĂ© de la scĂšne française, homme de dĂ©fis, Ray Lema n’en finit pas de surprendre. Avec son nouvel album, Mizila le voici aujourd’hui dans un exercice de piano solo, alliant lĂ©gĂšretĂ© gazouillante et sereine Ă©lĂ©gance.



RFI: Que signifie le titre de votre album ?
Ray Lema: Mizila est le nom de ma mĂšre, aujourd’hui dĂ©cĂ©dĂ©e. C’était une femme extraordinaire. Elle a beaucoup souffert de son entĂȘtement Ă  me soutenir dans mon choix d’aller vers la musique, contre l’avis de toute la famille qui aurait voulu faire de moi l’éniĂšme mĂ©decin de la ville. De mĂȘme, bien qu’elle soit protestante, elle n’avait pas tentĂ© de me dissuader, quand, Ă  l’ñge de dix ans, je lui annonçais que je voulais devenir prĂȘtre catholique. Ce disque pour moi, a donc une valeur trĂšs sentimentale. C’est un peu comme un cadeau que je lui offrirais, un truc suffisamment simple pour qu’elle puisse l’absorber, l’écouter sans difficultĂ©, elle qui n’avait pas de rĂ©fĂ©rences musicales.

On vous dit né dans un train. Les circonstances de cette venue au monde auraient-elles eu une incidencesur le fil inconstant de vos jours par la suite ?
Je ne suis pas tout Ă  fait nĂ© dans un train mais dans la petite salle d’attente d’une gare oĂč l’on avait eu le temps d’installer ma mĂšre. Ces circonstances particuliĂšres de ma naissance ont-elles Ă©tĂ© dĂ©terminantes pour mon avenir? Je ne sais pas trop. Ce qui est certain en revanche, c’est que d’une part je suis croyant et j’ai donc cette manie de croire qu’il n’y a rien d’isolĂ©, qu’un fait en tire un autre. D’autre part, si je regarde ma vie, je la vois jalonnĂ©e de gares, d’aĂ©roports. Je ne connais que ça depuis que j’ai quittĂ© mon pays. Donc, cette naissance dans une gare, je me dis qu’il faut prendre cela comme un signe annonciateur de ce qui allait suivre.

Votre vie est également faite de bifurcations. Vous avez par exemple abandonné le séminaire et votre vocation religieuse pour vous consacrer à la musique. Pourquoi ce virage ?
J’avais eu une grande dĂ©ception avec l’église. A propos de beaucoup de questions restĂ©es sans rĂ©ponse. Quand je m’interrogeais sur tel ou tel point, on me rĂ©pondait systĂ©matiquement, «cela relĂšve de la foi». Moi, j’ai un esprit qui ne se satisfait pas de ce genre d’explication. Comme je ne recevais pas de rĂ©ponse claire des pĂšres du sĂ©minaire Ă  nombre de questions qui me traversaient la tĂȘte, le doute a commencĂ© Ă  s’installer.


Avez-vous une quĂȘte particuliĂšre en tant que musicien et compositeur ?
Lorsque j’ai Ă©tudiĂ© les musiques de chez moi, sur le terrain, je me suis rendu compte que rythmiquement, nous avons une science trĂšs trĂšs Ă©laborĂ©e, que les agencements rythmiques sont rigides. A peine tu bouges un accent d’un quart de millimĂštre et tout le monde s’arrĂȘte, te dit que ça ne va pas. Quand je suis arrivĂ© en Occident, j’ai appris un truc dont personne ne m’avait jamais parlĂ© en Afrique et qui m’a bouleversĂ©. Un jour, au cours d’un workshop d’harmonie, on nous a expliquĂ© que la gamme est une mĂ©lodie sortie simplement aprĂšs l’observation d’harmoniques qui se trouvent dans chaque son. Dans chaque son, ai-je appris ce jour-lĂ , il y a au moins trente-deux harmoniques perceptibles au-dessus du son initial, trente-deux notes qui se superposent. Chez nous, on est loin de cette analyse en musique car nous sommes dans l’horizontalitĂ©. En Occident, vous vous ĂȘtes dans la verticalitĂ©. A partir de ce constat, je me suis mis Ă  rĂȘver, je me suis dit: c’est extraordinaire. Ces deux cultures, quelque part, sont complĂ©mentaires. Donc ma quĂȘte en tant que compositeur, c’est arriver Ă  cette complĂ©mentaritĂ© entre verticalitĂ© et horizontalitĂ©. En fait, pour moi, quand on parle de musique «moderne», cela signifie que les deux sont prĂ©sentes, que l’on a su allier le groove Ă  une certaine science harmonique.

Vous vous considérez comme musicien africain ou musicien tout court ?
Musicien, mais d’origine africaine. Peu de musiciens blancs ont vraiment pigĂ© ce que cherche l’Africain quand il se met Ă  partir dans cette horizontalitĂ©, de mĂȘme qu’il y a peu d’Africains qui ont fait des compositions harmoniques aussi Ă©laborĂ©es que certains compositeurs classiques occidentaux. Dans un sens, comme dans l’autre, je me sens encore bien africain et mon nouvel album porte Ă©videmment la marque de lĂ  d’oĂč je viens. Les amis qui m’écoutent quand je suis au piano me disentque j’ai une maniĂšre assez «vicieuse» de mĂ©langer les mains rythmiquement. Je sais que cette chose-lĂ , je l’amĂšne de l’Afrique.

Ray Lema Mizila < (one="" drop="" –="" nocturne)="" />
Concertspiano solo :
29/03 : Paris (Café de la Danse)
07/05 : Conakry (Guinée)
15 /05 : Bujumbura (Burundi)
08 /06 : Paris (New Morning – Festival ArrivĂ©e D’air Chaud)
21 /06 : Sofia (Bulgarie)
23/06 : Naples (Italie)

Patrick  Labesse