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Hector Zazou mets les bouts

Nouvel album du compositeur belge


Paris 

08/04/2004 - 

Un album d’Hector Zazou, le compositeur iconoclaste, adepte des rencontres artistiques, est toujours un voyage, une aventure. L’absence, son dernier opus en date, a Ă©tĂ© enregistrĂ© comme un dĂ©fi. «Je voulais rĂ©aliser un disque oĂč je puisse prendre l’air, oĂč je serai lĂ  sans ĂȘtre là» livre-t-il en guise de premiĂšre explication, «un disque agrĂ©able, sans aspĂ©ritĂ©, un disque parfait pour accompagner les repas». Bon appĂ©tit.



Hector Zazou, Ă©trange crĂ©ateur Ă  qui l’on doit quelques belles aventures et quelques excitantes rencontres (Bony Bikaye, Harold Budd, Sandy Dillon ou le peintre numĂ©rique Bernard Caillaud
) conjugue l’art de la fugue au prĂ©sent sur L’Absence, son dernier album. Fugue: composition musicale Ă©crite dans le style du contrepoint et dans laquelle un thĂšme et ses imitations successives forment plusieurs parties qui semblent «se fuir et se poursuivre l’une l’autre». L’Absence, une fugue? «PlutĂŽt une fuitetemporaire» rĂ©pondrait Monsieur Zazou qui aime Ă  citer Marcel Proust racontant qu’en rentrant chez lui, il regardait avec tendresse sa mĂšre qui ne l’avait pas encore vu. «J’étais prĂ©sent Ă  ma propre absence» ajoutait l’auteur d’A la Recherche du Temps Perdu avec un sens du paradoxe trĂšs moderne. C’est cette Ă©motion, cette douce schizophrĂ©nie, qu’a tentĂ© d’approcher, de libĂ©rer, Hector Zazou sur L’Absence. «J’avais envie de ne pas ĂȘtre trop prĂ©sent dans le processus crĂ©atif, de sortir prendre l’air» confie-t-il. «Quand j’y suis beaucoup, j’ai l’impression de m’encombrer moi-mĂȘme, de rendre les choses plus compliquĂ©es. Je voulais ĂȘtre le moins dĂ©rangeant possible. On ne dĂ©range pas quand on n’est pas là» constate le compositeur qui souhaitait avant tout rĂ©aliser un album accessible, prĂ©hensible par le plus grand nombre toute proportion gardĂ©e. Car Hector Zazou ne sera jamais Pascal Obispo. Fort heureusement.

Ces onze titres travaillĂ©s en creux comme d’autres Ă©crivent en pleins et en dĂ©liĂ©s en forçant le trait, en Ă©crasant la plume dans les courbes, rĂ©pondent Ă  un calcul poussĂ© Ă  bout, sans retenue. «C’est une opĂ©ration de soustraction» clame dit-il avec l’assurance d’un Ă©colier sĂ»r de lui et un peu cachottier. «Je voulais passer sur la pointe des pieds pour laisser la musique libre de faire de mauvaises rencontres, de cĂ©der Ă  ses mauvais instincts». Pour autant il ne parle pas de rupture dans son travail. «C’est bien moi» lĂąche-t-il. «Quand je l’écoute je me reconnais. Si j’avais souhaitĂ© m’effacer, j’aurai fait appel Ă  un producteur et le rĂ©sultat aurait Ă©tĂ© diffĂ©rent. LĂ , je m’absente» commente-t-il. «Sur 12 (Las Vegas is cursed) (Crammed Discs/Wagram) rĂ©alisĂ© Ă  la fin du siĂšcle dernier avec Sandy Dillon, j’avais Ă©tĂ© trĂšs prĂ©sent en cherchant Ă  pousser mon expression le plus loin possible. Malheureusement, cet album n’a rencontrĂ© ni le public, ni mĂȘme les mĂ©dias. Cela a Ă©tĂ© douloureux pour moi» rappelle-t-il.


Accessible donc, L’Absence fait la part belle aux voix (Nicola Hitchcock, Caroline Lavelle, Emma Stow, Edo, Asia Argento, Katrina Beckford, Lucrezia von Berger). «Je n’ai pas souhaitĂ© prendre des voix trop connues» glisse-t-il «elle auraient créé trop de prĂ©sence». Parfois lyriques, parfois engagĂ©s, souvent troublants, ces titres rĂ©vĂšlent comme le souhaitait leur crĂ©ateur «une musique plus facile» que celle de ses disques prĂ©cĂ©dents. «Je visais une production Ă©lectronisante, sans aspĂ©ritĂ© avec juste assez d’originalitĂ© pour ne pas dĂ©ranger». Pari rĂ©ussi. Elle est si belle, composĂ© dans les annĂ©es 60 par Ronnie Bird et retaillĂ© par Jean-Pierre Mader est chantĂ© en français par Edo. Ce titre pourrait tourner sur plus d’une radio, si leurs programmateurs ouvraient leurs oreilles vers d’autres horizons.

Adepte du voyage musical, Hector Zazou n’a pas ce genre de souci. Lui, qui a travaillĂ© avec l’Africain Bony Bikaye dans les annĂ©es 80 et dans la dĂ©cennie suivante avec John Cale, Bill Laswell, Harold Budd et mĂȘme GĂ©rard Depardieu, explore de nouvelles contrĂ©es en mettant en musique le dialogue entre Piccoli et Bardot – ici repris d’une seule voix, celle d’Asia Argento – de la premiĂšre scĂšne du MĂ©pris de Godard ou en toute fin d’album des bribes du Manifeste de Karl Marx. «J’aime Le MĂ©pris. C’est un des plus beaux textes du cinĂ©ma. On sent quelqu’un penser, mĂȘme si je ne sais pas Ă  quoi pense Godard. Je respecte ça chez lui. Quant au Manifeste de Marx, c’est un peu une rĂ©action au climat actuel, au manque de vision globale. Nos rĂ©voltes d’aujourd’hui, celle des intermittents, des fonctionnaires, des intellectuels ou des chercheurs sont des rĂ©voltes de boutiquiers. Aujourd’hui, je pense que la grille d’analyse marxiste reste pertinente. Je m’y raccroche sans trop y croire. Ce titre est d’ailleurs sĂ©parĂ© du reste de l’album par un silence. C’est un clin d’Ɠil, pas une chanson Ă  la Manu Chao». Avant de se dire au revoir, Hector Zazou rĂ©pond Ă  une derniĂšre question: «non, je n’ai pas revu Bony Bikaye depuis des siĂšcles. Peut-ĂȘtre se retrouvera-t-on dans une maison de retraites. On sera tellement nombreux alors, qu’on pourra enfin faire la rĂ©volution. Vieillard s de tous pays, unissez-vous!».

Hector Zazou L’absence (Taktic Music/EastWest/Warner) 2004

Squaaly