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Chronique album


Elsa

De lave et de sĂšve


Paris 

07/05/2004 - 

Un certain temps, des lustres, des annĂ©es lumiĂšres pour Elsa qu’on avait plus entendu sur une platine depuis 1996. Un bĂ©bĂ©, quelques tĂ©lĂ©films, une rupture et un procĂšs avec son ex-maison de disques plus tard, revoici donc mademoiselle Elsa avec un nouvel opus De lave et de sĂšve. Plus la gentille «petite» Elsa comme le dĂ©signe l’imagerie populaire, mais une chanteuse qui compte bien renaĂźtre - comme le phĂ©nix - de la poussiĂšre de lave qu’elle laisse derriĂšre elle.



Qu’est ce que cela vous fait d’ĂȘtre considĂ©rĂ© encore comme la «Petite Elsa» Ă  trente ans passĂ© ?
(rires) D’abord, je crois que c’est trĂšs affectueux de la part de ceux qui me surnomment ainsi. Ensuite, je pense que les gens ne m’ont pas vu depuis longtemps et que, peut-ĂȘtre, en me voyant maintenant, ils n’auront plus cette image. C’est vrai qu’ils se sont arrĂȘtĂ©s Ă  cette figure d’adolescente et qu’aprĂšs, il y a une sorte de flou. Pour ma part, il y a eu une envie de faire un break. Ce qui serait plus embĂȘtant, c’est qu’aujourd’hui, en faisant un nouveau disque, j’ai toujours cette image. LĂ , il y aurait un problĂšme. Mais rester dans le souvenir des gens aprĂšs tant d’annĂ©es, cela est Ă©norme. Maintenant, je n’ai pas Ă  me justifier du fait que j’ai grandi et changĂ©, je crois que cela se voit.

Cette volontĂ© de break avec la musique a Ă©tĂ© prolongĂ©e par vos dĂ©mĂȘlĂ©s avec votre ancienne maison de disque avec laquelle vous Ă©tiez en procĂšs.
Quand on est pris dans un engrenage de procĂ©dure, on perd de son influx, de sa motivation, il m’est arrivĂ© Ă  un certain moment, de ne plus avoir envie de revenir Ă  la musique. Quand ce n’est pas de son propre fait, c’est encore plus difficile Ă  vivre, Ă  accepter. J’étais extrĂȘmement prĂ©occupĂ©e par ces histoires et leur issue. On laisse pourrir le projet que tu apportes. On est considĂ©rĂ© comme un produit et juste comme un produit. Il n’est pas question d’artistes et Ă  la limite, il n’est mĂȘme plus question simplement d’ĂȘtre humain. Je me suis mĂȘme demandĂ© si je n’allais pas arrĂȘter et je me suis dit «Mais merde, je ne vais quand mĂȘme pas abonder dans leur sens et me dire qu’ils m’auront foutu ma vie en l’air!». La maison de disques avec laquelle j’étais en procĂšs avait virĂ© Indochine, Marc Lavoine
 et donc je me suis dit rĂ©trospectivement que j’avais eu raison de m’entĂȘter.

N’avez vous pas Ă©tĂ© tentĂ© de vous rĂ©fugier dans le septiĂšme art ?
Dans le milieu du cinĂ©ma, ce n’est pas mieux parce que ce sont de plus en plus les tĂ©lĂ©s qui financent les films et qui dĂ©cident. S’il n’y a pas les tĂȘtes d’affiches qu’elles souhaitent, le projet ne se fait pas
 C’est aussi dur
 peut-ĂȘtre mĂȘme plus dur en ce moment dans le cinĂ©ma que dans la musique.


Parlez-nous de vos collaborations sur cet album. Elles sont nombreuses. Franck Pilant comme chef d’orchestre parce que j’adore Aston Villa. Asher Ash, un auteur avec lequel j’avais travaillĂ© sur mon prĂ©cĂ©dent projet avortĂ© et avec qui j’avais vraiment envie de continuer. Benjamin Biolay qui m’a apportĂ© deux chansons Mon amour et Ne dis pas que tu m’aimes que j’ai tout de suite trouvĂ© trĂšs bien. Et puis Etienne (Daho) avec lequel je chante L’or et la poussiĂšre. Etienne, c’est surtout quelqu’un que j’aime humainement et artistiquement. Je me retrouve pleinement dans ce qu’il fait, dans son Ă©criture. C’est un ĂȘtre tellement doux. Il est la gĂ©nĂ©rositĂ© mĂȘme, il est fin, Ă©lĂ©gant.

Daho, c’est l’ancienne gĂ©nĂ©ration, maintenant. Biolay, la nouvelle vague. Que pensez vous de cette nouvelle vague de la chanson française ?
Je ne sais pas ce que c’est que la nouvelle vague. Aujourd’hui il y a tellement des choses diffĂ©rentes entre Overhead, Mickey 3D, Carla Bruni, BĂ©nabar
 oĂč est la nouvelle vague ?
Moi, Ă  la maison quand j’écoute de la musique, je vais plutĂŽt vers le rock, mais pas français. Coldplay Radiohead, Joseph Arthur, LĂ©nine. La musique française, je ne suis pas trĂšs fan. J’aime bien M pour ses influences anglo-saxonnes et Aston bien sĂ»r.

Les Star Academy et Pop Star, vous ĂȘtes fans ?
Je trouve cela trĂšs lĂ©gitime - quand on a envie de faire ce mĂ©tier et sachant la difficultĂ© que cela reprĂ©sente - de vouloir tenter sa chance dans ces Ă©missions. Maintenant, c’est le systĂšme que je dĂ©plore. La maniĂšre de faire de la tĂ©lé  C’est trĂšs difficile quand on a eu une pĂ©riode de gloire d’ĂȘtre lĂąchĂ© dans la nature. La descente peut ĂȘtre trĂšs violente et l’on ne les y prĂ©pare pas forcĂ©ment. Il ne suffit pas de chanter les chansons des autres dans un chĂąteau. Ça tout le monde peut le faire.
Je regrette surtout qu’il n’y ait plus d’émissions de variĂ©tĂ©s Ă  la tĂ©lĂ©. Toutes les Ă©missions oĂč les artistes pouvaient vraiment s’exprimer, apparemment, n’intĂ©ressent plus. C’est fini le temps des Tararata
On dit que cela n’intĂ©resse pas les gens. Faut voir


Elsa De lave et de sĂšve (Mercury / Universal) 2004

Frédéric  Garat