publicite publicite
Rechercher

/ languages

Choisir langue
 
Menu

Aldo Romano

Retour à la mélodie


Paris 

27/05/2004 - 

ConsacrĂ© par le prix Jazzpar 2004, "le prix Nobel du jazz", Aldo Romano est comblĂ©. Compositeur accompli, chef d’orchestre, batteur et maintenant chanteur... ses disques se vendent bien! Ses chansons adaptĂ©es sont en tĂȘte des ventes en Italie, tandis que ses deux derniĂšres formations, quintet et trio, rencontrent un public toujours plus large. Rencontre.



En lui remettant le Jazzpar Prize 2004(1), le violoniste scandinave Svend Asmussen a trouvĂ© la formule qui colle dĂ©sormais Ă  la peau d’Aldo: "Vous avez Ă©tĂ© l’un des premiers musiciens europĂ©ens Ă  jouer du free jazz, et l’un des premiers Ă  vous en libĂ©rer, pour jouer du jazz en toute libertĂ©". Il est vrai que le parcours du plus français des Italiens est impressionnant d’expĂ©riences musicales multiples et variĂ©es. Artiste en mouvement, Aldo Romano commence par la guitare mais choisit et apprend son instrument, la batterie, en autodidacte.

Fils d’émigrĂ©s italiens, il tente l’expĂ©rience free jazz dĂšs 1964 avec celui qui deviendra son premier compagnon d’aventure, le contrebassiste aujourd’hui disparu Jean-François Jenny-Clark. Aldo Romano joue rapidement aux cĂŽtĂ©s de Keith Jarrett, du trompettiste amĂ©ricain Don Cherry ou encore de l’organiste Eddy Louiss, mais aussi des Français Michel Portal et Jean-Luc Ponty. Free, mais aussi "fusion", comme il se doit dans les annĂ©es 70, au sein (et entre autres) du groupe Total Issue avec le guitariste Georges Locatelli et le contrebassiste ami Henri Texier, celui-lĂ  mĂȘme avec lequel il taillera la route dans les Afriques des annĂ©es 90 pour de trĂšs inspirĂ©es Suites Africaines (2).

C’est en 1978, qu’Aldo Romano grave ses premiers albums, avant de lancer la carriĂšre de feu Michel Petrucciani, puisqu’il soutient le pianiste pendant plus de trois ans ! Depuis, l’éternel amoureux a montrĂ© son heureuse "polygamie" artistique puisqu’il sait rĂ©inventer sans cesse, l’alchimie de ses formations sans pour autant les oublier. Pour ne citer que lui, le trio mythique, Henri Texier, Louis Sclavis, Aldo Romano qui se produit depuis douze ans Ă  travers le monde. Entre temps, il y a eu bien sĂ»r les chaudes aventures Ă  l’italienne: dĂšs 1990, Aldo s’associait Ă  Stefano Di Battista, devenu depuis incontournable. Sans oublier les Ă©lĂ©gantes et sensuelles sessions avec Glen Ferris, Paulo Fresu et Michel Benita, Ă  Ă©couter grĂące au disque Ă©ponyme du collectif Palatino.

Dans la carriĂšre de celui que l’on a si souvent croisĂ© au Duc des Lombards Ă  Paris, les annĂ©es 2000 sont indiscutablement marquĂ©es par la naissance de l’inĂ©narrable quintet Because of Bechet, composĂ© du pianiste et organiste Emmanuel Bex, des saxophonistes Emanuele Cisi et Francesco Bearzatti, sans oublier le jeune et talentueux RĂ©mi Vignolo ainsi que le programmateur Naab, une expĂ©rience terriblement enthousiasmante, drĂŽle et Ă©nergisante. Avec Because of Bechet, Aldo Romano annonce la couleur ou comment revisiter les standards des annĂ©es 50 façon 2050 ! L’annĂ©e 2004, c’est donc l’annĂ©e Romano, l’annĂ©e du prix Jazzpar Prize, et l’annĂ©e de ce nouveau "mĂ©nage Ă  trois", traduction improbable de cet album ultra-sensible Threesome, dĂ©diĂ© Ă  son "grand frĂšre" Claude Nougaro, et qui nous vaut un rendez-vous, avec l’élĂ©gant Italien en cuir, chemise de crĂ©ateur, doigts baguĂ©s... aux rĂ©ponses souriantes et sereines.


RFI Musique : Threesome, c’est la formule classe et classique du trio piano, basse, batterie avec trois gĂ©nĂ©rations de musiciens. RĂ©mi Vignolo Ă  la contrebasse et Danilo Rea au piano. On est heureux de vous avoir Ă©coutĂ© sur scĂšne oĂč l'on vous a trouvĂ© beaucoup plus prĂ©sent que sur l'album...
Aldo Romano : Effectivement, je me mets un peu en retrait car je privilĂ©gie les solistes lorsque j’écris la musique. Le composition m’importe plus que mon jeu de batteur. Avec Danilo, nous avions trĂšs envie de jouer ensemble, nous nous sommes rencontrĂ©s Ă  Rome il y a plus de 20 ans! Il a un sens mĂ©lodique qui me sĂ©duit beaucoup, et l’idĂ©e mĂȘme de jouer ensemble nous sĂ©duit depuis longtemps, mais il a dĂ©jĂ  une belle carriĂšre en Italie, et il est toujours sur la route...

Mélodie, le mot est lùché, par vous qui jouez une musique libre, libérée du free jazz !
La musique est une fĂȘte Ă  partager avec le public, comme aux Bouffes du Nord l’autre soir. Ce vieux théùtre italien aux murs rouges et orangĂ©s est un lieu magique, je rĂȘvais d’y jouer depuis si longtemps. Avec le temps, j’ai rĂ©duit la distance avec le public, mais j’ai dĂ» l’exclure Ă  un moment. Je ne me reconnais plus dans l’archĂ©type du super technicien du jazz qui fait son show, sans se soucier une seconde des gens venus le voir. J’ai traversĂ© l’épreuve de la maladie. Ça m’a transformĂ©, je crois. Je suis beaucoup moins timide, j’ai gagnĂ© en confiance. Je suis un chercheur d’affection et je vis mes rencontres musicales comme des rencontres amoureuses.

C’est vrai qu’avec le trio, vous ĂȘtes de trois gĂ©nĂ©rations diffĂ©rentes, vraiment dans l’échange. En flagrant dĂ©lit de sourire, de communication et de plaisir! Vous avez mĂȘme chantĂ© Estate en italien, comme un cadeau pour le public...
Avec l’accord des musiciens, qui me poussent tous ! C’est une chanson d’amour des annĂ©es 60 de Bruno Martino, reprise et popularisĂ©e par Joao Gilberto sur son merveilleux disque Amoroso. C’est un morceau que j’avais proposĂ© Ă  Petru (Michel Petrucciani : ndlr) et qu’il a jouĂ©. Je l’ai fait dĂ©couvrir aussi Ă  l’époque Ă  Claude (Nougaro) avec qui j’étais trĂšs ami... Nous nous sommes vus jusqu’au dernier instant. Avant sa mort... je lui avais composĂ© le morceau Blues for Nougaro, en guise d’au revoir. J’ai Ă©galement dĂ©diĂ© un morceau au pianiste Michel Graillier (3), Paradise for Mickey, on avait beaucoup partagĂ©.

A plus de 60 ans, vous ĂȘtes plus rayonnant que jamais, et les morceaux que vous avez composĂ© pour cette album sont frais, ludiques, tendres, gais, toujours dans une Ă©motion positive.
Je me sens de plus en plus amoureux et gourmand de rencontres musicales, j’utilise des mĂ©taphores du discours amoureux parce que ce sont vraiment les plus justes pour exprimer ce que je ressens! D’ailleurs, la voix m’intĂ©resse de plus en plus, et mon dernier morceau Song for Elis salue le talent d’Elis Regina (3), une de mes chanteuses favorites. Vous savez que mes chansons arrangĂ©es par Stefano Di Batista et chantĂ©e par Nicky Nicolae font un tabac en Italie?

(1) prix décerné à Copenhague au Danemark le 25 Avril 2004
(2) Label bleu
(3) disparu en février 2003
(4) célÚbre chanteuse brésilienne

Threesome par Aldo Romano Trio (Universal) 2004

Valérie  Nivelon