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Youssou N'Dour soufi

Nouvel album et concert Ă  FĂšs


FÚs 

11/06/2004 - 

Youssou N'Dour Ă  peine sorti de son grand bal avec le Super Etoile Ă  Paris le 22 mai, publie un nouvel opus trĂšs attendu, Egypte. Le chanteur sĂ©nĂ©galais, par ailleurs musulman soufi, propose Ă  cette occasion une plongĂ©e dans l'islam africain. A FĂšs au Maroc, oĂč il participait au Festival des Musiques sacrĂ©es (28 mai-5 Juin) , il s'est produit sur scĂšne avec ce rĂ©pertoire atypique. Rencontre.



Le festival des Musiques sacrĂ©es qui se dĂ©roulaient Ă  FĂšs au Maroc du 28 mai au 5 juin, est un festival dont la stabilitĂ©, la longĂ©vitĂ© en terre africaine est applaudi par les artistes. Si les rĂ©pertoires sacrĂ©s sont l’esprit qui anime FĂšs, le festival s’ouvre aussi Ă  toutes celles et Ă  tous ceux qui oeuvrent pour la paix, ce qui explique entre autres cette annĂ©e, les prĂ©sences de Sapho (pour ses actions en faveur de la Palestine), ou de Myriam Makeba (symbole de l’anti-apartheid en Afrique du Sud). AprĂšs une soirĂ©e d’ouverture consacrĂ©e aux trois religions monothĂ©istes (concert commun de Françoise Atlan, Montserrat Figueras et AĂŻcha Redouane), les Fassis ont goĂ»tĂ© le mbalax de Youssou N’Dour, qui a prĂ©sentĂ© son album Egypte.

"Je suis musulman et pratiquant, je n’ai pas attendu cet album pour vivre ma foi". Youssou N’Dour dĂ©marre sa tournĂ©e Allah Egypte sur la grande scĂšne de Bab Makina. "Jouer Ă  FĂšs est trĂšs symbolique pour moi, car c’est dans cette ville qu’est nĂ© le tijanisme. C’est avec cette confrĂ©rie que l’Islam s’est implantĂ© au SĂ©nĂ©gal". Traditionnellement, les tidianes sont mĂ©lomanes. L’écoute de la musique fait partie des pratiques spirituelles. Une chance pour Youssou, dont la mĂšre est tidiane. Et mouride par le pĂšre. "Moi, l’Islam m’a fait du bien. J’ai suivi les enseignements mourides de Sheikh Amadou Bamba (chantĂ© dans l’album, et dĂ©portĂ© 8 ans au Gabon, sous la colonisation française). C’est lui qui m’a appris l’humilitĂ©, le respect de ce qui nous entoure et la diversitĂ© dans l’émotion. Le gospel, le chant des marabouts, les atmosphĂšres de villages soufis, la voix d’Oum Khalsoum me bouleversent. Je suis un musulman Ă©motif au niveau sonore. Avec cet album, j’ai trouvĂ© la musique qui correspond Ă  toutes ces sensations".

Sur scĂšne, Youssou remercie tout le monde, Dieu, les mourides, les tidianes, Ă©grĂšne le nom des saints, embellit l’image dĂ©gradĂ©e de l’islam. Il n’oublie pas de saluer Viviane Wade, fervente admiratrice du premier rang. Et premiĂšre dame du SĂ©nĂ©gal, qu’il embrassera chaleureusement Ă  l’issue de son concert (le griot s’est rĂ©veillĂ© mais n’en reste pas moins homme..). Il est magnifique le pape de Dakar. Boubou blanc Ă©clatant. L’épicentre de ses vingt deux musiciens. Quinze pour l’Egypte, sept pour le SĂ©nĂ©gal. Autant dire que le balafon, le djembĂ© et la kora d’Abdoulaye Cissoko doivent se muscler pour affronter la batterie de violons, de oĂ»d, de flĂ»tes, de crotales et de derbouka de l’orchestre oriental dirigĂ© par Fathy Salama.


Alors qu’ils ont tous participĂ© Ă  l’album, les musiciens des deux pays se rencontrent pour la premiĂšre fois au Maroc. Ils n'ont eu que trois jours de rĂ©pĂ©tition pour s’apprivoiser. La prĂ©sence des pupitres et des partitions, sur scĂšne, soulignent la dĂ©licatesse de l’entreprise.

Lorsque Youssou chante Touba, la ville sacrĂ©e des mourides au SĂ©nĂ©gal, c’est l’heure de la priĂšre Ă  FĂšs. En Ă©cho, tous les muezzin de la vieille ville impĂ©riale se mettent Ă  leur tour, Ă  rĂ©citer le Coran. Un moment de grĂące qui romps avec la vulgaritĂ© des sonneries des portables, ou le crachat incessant des talkies walkies du service de sĂ©curitĂ©.

Infatigable et insensible aux nuisances de la salle, Youssou poursuit ses louanges. Puis le concert terminĂ©, il s'en va, laissant sur son passage cet Ă©trange parfum d’islam dĂ©contractĂ©.

Youssou N’Dour Egypte (Nonesuch/Warner) 2004
The Spirit Of FĂšs (Le chant du Monde/Harmonia Mundi) 2004
L’esprit de Fùs, livre collectif pour les 10 ans du festival (Editions du Rocher) 2004


Laurence  Aloir