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Le golgotha de Meiway

Le zoblazo Ă  toutes les sauces.


Paris 

23/06/2004 - 

Alors que son pays est toujours dans la tourmente, l’Ivoirien Meiway poursuit sa quĂȘte du zoblazo avec Golgotha, un album rythmĂ© par les nouvelles danses en vogue Ă  Abidjan, prudencia et coupĂ© dĂ©calĂ©, prouvant que l’Apollonien de Grand-Bassam a toujours un coup d’avance comme ambianceur. Entretien.



Votre nouvel album dĂ©bute avec 800% zoblazo. L’aventure continue ?
Absolument. C’est un concept que j’ai créé. Donc il Ă©tait lĂ©gitime que je l’assume et que j’aille jusqu’au bout. J’ai commencĂ© avec 100%. Aujourd’hui, au huitiĂšme album, j’en suis Ă  800%. Ce qui signifie que je crois toujours en l’évolution de la musique ivoirienne, et j’espĂšre qu’elle sera enfin reconnue parmi les toutes premiĂšres. Actuellement, nous sommes bien placĂ©s, elle est trĂšs Ă©coutĂ©e. Ce n’est donc pas le moment de s’endormir.

Il y a eu un effet Magic System pour les artistes ivoiriens ?
Ce groupe y est pour beaucoup dans la diffusion de la musique ivoirienne Ă  travers le monde. Peu de gens connaissaient notre musique en Europe auparavant, et avec le tapage de Premier Gaou, j’ai l’impression qu’un nouveau public a les oreilles rivĂ©es sur notre musique. Magic System y a beaucoup contribuĂ©, mais un gros travail avait Ă©tĂ© rĂ©alisĂ© auparavant.

Vous reprenez dans cet album des concepts en vogue en CĂŽte d’Ivoire, comme la prudencia ou le coupĂ© dĂ©calĂ©. Le zoblazo est dĂ©sormais dĂ©passĂ© ?
Toutes ces nouvelles tendances sont des danses. Le zoblazo lui, est Ă  la fois une danse et une musique. C’est comme le soukouss, il vit toujours, mais il y a des tendances ndombolo, kwassa kwassa ou mayobo, qui sont des phĂ©nomĂšnes de danse. Toutes rĂ©sultent de ces musiques créées il y a une vingtaine d’annĂ©es. On mĂšne le mĂȘme combat, on ne sera jamais adversaire. Le zoblazo a donnĂ© naissance Ă  plusieurs courants et c’est pour cela que nous continuons Ă  nous battre. Il m’arrive donc de faire des clins d’oeil Ă  ces tendances.

Votre musique est toujours aussi gaie alors que votre pays traverse une profonde crise depuis quelques années

C’est le contraste de la CĂŽte d’Ivoire, son charme et peut-ĂȘtre sa force. Cette diffĂ©rence entre la politique et le civil. D’un cĂŽtĂ©, il y a le peuple, de l’autre, les politiciens. On ne mĂšne pas du tout le mĂȘme combat. Le peuple a compris aujourd’hui que cette crise est le fait d’une dĂ©cadence politique. A partir de ce constat, il faut faire attention Ă  ne pas entrer dans le systĂšme les yeux fermĂ©s. Les Ivoiriens ont compris qu’on ne pouvait pas suivre le mouvement aveuglĂ©ment et qu’il fallait continuer Ă  lutter pour que ce pays, qui Ă©tait un exemple en Afrique, garde son image d’antan. La crise ivoirienne est un fait politique, pas un fait civil. Sinon, il y aurait eu une guerre civile.


Il y a malgré tout des textes trÚs sombres. On entend des bruits de mitraillettes dans certains titres

C’est ça KK Mou, le surnom des MI 24, ces hĂ©licoptĂšres avec une gueule de monstre, achetĂ©s par le gouvernement pour dĂ©fendre le territoire. Dans notre argot populaire, kakamou dĂ©signe tout ce qui fait peur.

Vous avez trois invités de marque : Lokua Kanza, Kodjo Antui et Koffi Olomidé. Le zoblazo est cousin du ndombolo ?
Toutes ces musiques sont forcĂ©ment cousines parce que nous oeuvrons tous pour la valorisation et la promotion de cette culture africaine. Il y aura toujours des sonoritĂ©s semblables entre les musiques en Afrique puisque nous avons pratiquement tous le mĂȘme pĂšre et la mĂȘme mĂšre. C’est notre continent que nous dĂ©fendons. Tout est parti des tam-tam, des djembĂ©s, des balafons. Ces instruments sont utilisĂ©s partout en Afrique, et entre le ndombolo et le zoblazo, je pense qu’il y a des points communs grĂące auxquels Koffi, sur ce titre, KK Mou Prudencia, s’est senti trĂšs Ă  l’aise.

Sur votre prĂ©cĂ©dent album, vous aviez eu un grand succĂšs en Afrique, avec Miss Lolo. Cette fois-ci, vous interprĂ©tez VoilĂ  string. C’est un peu la suite

(Rires) J’espĂšre que ce sera le cas. Mais si je l’avais fait exprĂšs, j’aurais fait Miss Lolo 2, comme les Magic System ont fait Un Gaou Ă  Paris aprĂšs Premier Gaou. Je ne l’ai pas fait car cela aurait pu paraĂźtretĂ©lĂ©phonĂ©, et j’ai pensĂ© au string. Pourquoi le string? Autrefois, en Afrique, pour voir la culotte de maman, il fallait faire des efforts. Aujourd’hui, c’est plus simple: pour voir la culotte d’une fille, il suffit d’aller Ă  la piscine ou Ă  la plage. Nos mamans, quand elles allaient se baigner, gardaient leur pagne nouĂ© autour de la taille. Il y avait cette pudeur, qui existe toujours encore malgrĂ© tout en Afrique. Aujourd’hui, le monde est gĂątĂ©, tout est devenu plus facile.

Meiway Golgotha (Lusafrica) 2004

Pierre  René-Worms