Paris
25/06/2004 -

Toute la chanson en un petit livre
Disparu l’été dernier, Marc Robine savait à la fois plonger dans les plus infimes détails de l’histoire de la chanson que la résumer à grands traits vifs - un encyclopédiste et un vulgarisateur à la fois. Il rêvait d’entreprendre un énorme travail historique, dont il avait tracé les grandes lignes dans une série d’articles publiés par la revue Chorus. Les voici réunis en volume sous le titre Il était une fois la chanson française: une synthèse foisonnante de détails, qui perçoit grands mouvements comme personnalités atypiques, variété commerciale comme marginalités fécondes. Un outil formidable pour l’étude érudite comme pour réveiller les nostalgies, un maelström de références et de connexions qui parvient au miracle de suivre Brassens sans oublier Tino Rossi, d’évoquer Renaud sans mépriser Dave. Exemplaire.
Il était une fois la chanson française, par Marc Robine, Chorus-Fayard, 270 pages,16 euros.
Arno enfin en bio
«Putain, putain, c’est vachement bien»: enfin Arno en biographie. Alors qu’il vient de sortir son nouvel album, French Bazaar, le journaliste belge Gilles Deleux explore sa vie et son oeuvre de magistrale manière: presque sept cents pages d’une enquête méticuleuse, avec quelques centaines de témoins interrogés et beaucoup d’entretiens avec le chanteur lui-même. On suit le fil d’une vie et d’une carrière finalement moins cabossées qu’il n’y paraît, tout en plongeant dans l’aventure du rock flamand, dans l’âme ostendaise, dans les coulisses de la conquête de la France – sa langue, son public, son Olympia. Un travail qui dépasse l’anecdote pour plonger régulièrement dans de remarquables analyses des chansons d’Arno.
Arno, un rire et une larme, par Gilles Deleux, Ramsay, 692 pages,22,50 euros.
Un monument de mémoire
Après un premier volume paru en 1998 (1200 chansons du Moyen-Age à 1919), Martin Pénet partage son savoir encyclopédique en ce qui concerne le patrimoine de la chanson française: les textes de 1200 chansons créées entre 1920 et 1945 en un gros volume de 1568 pages. Il y a là Maurice Chevalier et Mireille, Charles Trénet et Edith Piaf, mais aussi des centaines de refrains d’opérettes, les noirs tableaux des chanteuses réalistes, les mélancolies de l’Occupation, les parodies anti-vichystes de Pierre Dac à la BBC, la félicité de la Libération… Un vertige aux conséquences inévitables: acheter anthologies et rééditions en CD pour entendre ces textes.
Mémoire de la chanson, 1200 chansons de 1920 à 1945, par Martin Pénet, Omnibus, 1568 pages, 28 euros.
Noir Désir décryptéVénéneuses délices de Pierre Philippe
Il est dans la chanson française peu de plumes aussi respectées et aussi rares que celle de Pierre Philippe: quatre titres pour Ingrid Caven, une collaboration légendaire avec Jean Guidoni, une vingtaine de titres magnifiques pour Juliette - et c’est à peu près tout. Après son roman L’Air et la Chanson (Editions Grasset), voici qu’il publie son oeuvre de parolier dans Le Rouge, le Rose. Il y a là quelques prodiges à découvrir ou savourer encore, une des écritures les plus savantes et les plus directes de la chanson. Au hasard: "des colporteurs d’histoires et des marchands d’oublies" dans Les Petits Métiers (les oublies étant des petites galettes jadis vendues dans les rues); ou les propos d’une sous-maîtresse dans Remontrances: "Enfin vous Patrick vos collègues me disent/Que dans l’orgie romaine vous fûtes gnangnan".
Le Rouge, le Rose, par Pierre Philippe, Christian Pirot éditeur, 284 pages, 18,30 euros.
Mélancolies de MouloudjiBertrand Dicale
22/12/2003 -