ParisÂ
30/06/2004 -Â

Vendredi 21 mai. Une heure du matin. Je quitte Dakar pour de nouvelles aventures. En route pour Paris et la quatriĂšme Ă©dition de mon Grand Bal. Pour les SĂ©nĂ©galais de France, câest dĂ©sormais le grand rendez-vous. Ils viennent sâamuser toute une nuit avec moi et le Super Etoile. Jâaime transposer lâambiance de mon club dakarois, le Thiossane, dans cette salle qui a marquĂ© mes dĂ©buts en Europe. Jây ai jouĂ© un mois en 1985 avec Higelin et Mory Kante. ArrivĂ© Ă Paris, je dĂ©pose mes affaires Ă mon domicile parisien Ă 9h30, je dors jusquâĂ 14 heures, puis jâenchaĂźne Ă Studio + pour rĂ©pĂ©ter avec les invitĂ©s du show du lendemain, Rokia TraorĂ© (photo), Jacob Desvarieux et Jocelyne Beroard. Rokia, je lâavais croisĂ©e lors dâun des remix de La cour des grands, lâhymne du Mondial 98 dont on avait fait une version pour le Mali. Mais je ne me rendais pas compte du succĂšs quâelle avait dĂ©sormais en France, câest incroyable.
Samedi 22. Câest le grand jour. Je vais Ă Bercy Ă 16 heures pour les balances. La presse et la tĂ©lĂ©vision sĂ©nĂ©galaise mâattendent dĂ©jĂ pour une confĂ©rence de presse. Du coup, mes balances ne commencent quâĂ 18h30. Je retrouve aussi tout mon staff de Dakar que jâai invitĂ©: câest un peu leur prime de fin dâannĂ©e. La scĂšne est vraiment gĂ©niale avec derriĂšre un Ă©cran gĂ©ant qui diffuse nos images filmĂ©es par sept camĂ©ras vidĂ©os. Câest toujours un problĂšme dans ces grandes salles pour ĂȘtre bien vu du public, et cette annĂ©e je voulais lui faire ce cadeau. Clin dâĆil, je commence mon spectacle par un morceau des annĂ©es 80, Live TV, qui fonctionne toujours aussi bien. Le set dure 4 heures non-stop, sans aucun pĂ©pin, pas comme lâannĂ©e derniĂšre oĂč jâavais craquĂ© mon pantalon. Un vrai marathon, mais jâai lâhabitude. Je rentre me coucher, «cassé», Ă 5 heures du matâ.
Dimanche 23. On se retrouve avec toute lâĂ©quipe pour une virĂ©e des boĂźtes blacks de Paris : le Titan et lâAlizĂ©e. Mbaye Diaye Faye, mon percussionniste, fait son show au Titan et on sâĂ©clate Ă le voir faire le clown devant nous. Retour Ă 8 heures du matâ Ă la maison.

Mardi 25. Je quitte mes potes du Super Etoile, qui rentrent Ă Dakar et je pars seul Ă FĂšs pour la premiĂšre dâEgypte, oĂč je rejoins mon nouveau groupe, que je ne connais pas encore. Ils sont sur place depuis la veille et nous allons rĂ©pĂ©ter trois jours durant dans la salle de la prĂ©fecture un spectacle qui nâest pas encore rodĂ©. Câest bizarre parce que tous ces morceaux nous les avons jouĂ©s chacun de notre cĂŽtĂ© pour lâalbum: moi Ă Dakar, eux au Caire, et câest la premiĂšre fois que nous nous rencontrons. Il y a lĂ quatorze musiciens Ă©gyptiens et cinq sĂ©nĂ©galais. Le seul qui nous connaĂźt tous est mon arrangeur Fathy Salama. Le boulot est vraiment intense, jâai juste le temps de mâĂ©chapper dans la MĂ©dina avec une Ă©quipe de France 2 pour un reportage. Je rencontre des Maliens et deux SĂ©nĂ©galais tout surpris de me voir lĂ . Heureusement, câĂ©tait lâheure de la sieste, il nây avait pas grand monde, sinon cela aurait Ă©tĂ© encore lâĂ©meute comme Ă chaque fois que je pointe le nez quelque part.
Samedi 29. Câest le grand jour. Je nâavais pas eu le tract comme ça depuis dix ans. Ce projet va voir le jour. Six ans de gestation pour un album que je ne pensais sortir quâau SĂ©nĂ©gal, pour le Ramadan. Finalement, tout le monde mâa pris la tĂȘte et mâa dit de le sortir dans le reste du monde. Madame Wade, la PrĂ©sidente, assiste Ă cette premiĂšre et je vais la saluer pendant le spectacle, pour me faire pardonner du lapin que je lui avais posĂ© la veille en ne pouvant me rendre Ă sa rĂ©ception, coincĂ© par mes rĂ©pĂ©titions. Les soufis et mourides marocains sont tous lĂ . Jâenfile mon grand boubou blanc pour une heure et demie de spectacle intense. En quittant la scĂšne, je me mets Ă crier comme un fou: "Ăa y est, je suis libĂ©rĂ©, je suis libĂ©rĂ©".Certains dans le public ne savaient pas que je venais prĂ©senter lâalbum Ă©gyptien; ils pensaient assister Ă un concert de mbalax. Ils sont repartis un peu déçu. Ce nâest pas grave. JâenchaĂźne les interviews Ă lâhĂŽtel, que je quitte Ă 3 heures du matin, pour rejoindre Dakar oĂč je dois assister le lendemain Ă un grand combat de lutte.
Mardi 1er juin. MĂȘme Ă Dakar, la promo dâEgypte continue. Lâalbum sort la semaine suivante et jâai toute une sĂ©rie dâinterviews par tĂ©lĂ©phone avec la presse europĂ©enne. Câest quand mĂȘme plus confortable Ă faire de la maison que de ces hĂŽtels impersonnels oĂč je passe la moitiĂ© de lâannĂ©e.
Mercredi 2. Dans deux jours dĂ©bute lâEbony Festival. Je leur donne un coup de main en allant au stade Demba Diop enregistrer une cassette pour la tĂ©lĂ© pour inciter les "gens de la rue" Ă venir samedi et dimanche aux concerts. Malheureusement, ce spot nâa pas Ă©tĂ© diffusĂ© car lâorganisatrice et la RTS (radio tĂ©lĂ©vision sĂ©nĂ©galaise) ne se sont pas concertĂ©es.
Jeudi 3. Je passe deux heures au bureau, Ă Xippi. Je prends tout le courrier qui mâattend depuis des jours, lâanalyse, signe les chĂšques, les papiers. 22 heures: je prends la derniĂšre chaloupe pour aller aux rĂ©pĂ©titions du spectacle dâEbony Ă GorĂ©e qui a lieu le lendemain. Je rĂ©pĂšte une bonne heure avec lâOrchestre national et reprends la chaloupe de 23h10.
Vendredi 4. Je dĂ©cide de jouer au Thiossane aprĂšs les concerts dâEbony du week-end, puis je pars enregistrer des spots de pub. Je prends la chaloupe de 19 heures pour GorĂ©e. Je mâinstalle toujours au poste de pilotage, histoire dâavoir la paix. La soirĂ©e est vraiment sympa et on fait un mĂ©ga bĆuf au final avec Jimmy Cliff, Diamâs, Makoma et tous les autres sur Africa Unite, un morceau de Bob Marley que lâon nâavait mĂȘme pas rĂ©pĂ©tĂ©. Pour le retour, ça bouchonne Ă lâembarcadĂšre, oĂč je me fais aborder par un Congolais qui me dit: "Je tâadore". Puis il commence Ă chanter en lingala, et tout le monde t

Samedi 5. Je devais aller Ă la fĂȘte de fin dâannĂ©e de ma fille, mais je suis crevĂ©. Je me repose tout lâaprĂšs-midi avant le grand show du stade. Jây arrive Ă 22h30 et reste cachĂ© dans un bus pour voir ce qui se passe sur scĂšne. A minuit, câest lâheure. Une heure pile de mbalax devant un stade au trois quarts vide, ce qui ne mâĂ©tonne pas vu la maniĂšre dont les organisateurs ont fait la promo. Je nâavais jamais jouĂ© dans un stade aussi dĂ©sert. Puis je fonce au Thiossane, oĂč jâanime jusquâĂ 4 heures du matin. Je me fais siffler dans la salle bourrĂ©e Ă craquer parce que jâarrive avec une bonne heure de retard. Personne ne savait que je sortais dâun concert au stade!
Dimanche 6. Un aprĂšs-midi tranquille en famille, puis je viens incognito au stade vers 20 heures, oĂč je mâassois sur la pelouse. Un bob sur la tĂȘte pour me cacher et je peux assister aux concerts de Ralph Thamar, MC Solaar, Alpha Blondy (photo) et de Viviane, ma belle-sĆur, sans ĂȘtre embĂȘtĂ©. Câest bien la premiĂšre fois que je peux passer une soirĂ©e tranquille comme spectateur Ă Dakar. Je me fais quand mĂȘme repĂ©rer pendant le concert de Baaba Maal, un fan me vole mon chapeau et lâarmĂ©e doit intervenir pour me faire sortir. Câest dur dâavoir la paix!
Youssou NâDour en tournĂ©e nord-amĂ©ricaine jusqu'au 25 juillet dont Washington le 1er juillet, Atlanta le 3, MontrĂ©al les 10 et 11, Los Angeles le 14, San Francisco le 18...Pierre RenĂ©-Worms
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