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Youssou N'Tour

Le carnet de route du chanteur sénégalais


Paris 

30/06/2004 - 

Alors que sort son nouvel album, Egypte, Youssou N'Dour nous livre le carnet de route des premiers concerts de sa tournĂ©e, Paris (22 mai), FĂšs (29 mai) et GorĂ©e (5 juin). Suivez l’artiste dans ses prĂ©paratifs, ses rencontres, ses fĂȘtes, sa vie de famille ... avant son dĂ©part pour les Etats Unis oĂč il tourne tout le mois de juillet.



Vendredi 21 mai. Une heure du matin. Je quitte Dakar pour de nouvelles aventures. En route pour Paris et la quatriĂšme Ă©dition de mon Grand Bal. Pour les SĂ©nĂ©galais de France, c’est dĂ©sormais le grand rendez-vous. Ils viennent s’amuser toute une nuit avec moi et le Super Etoile. J’aime transposer l’ambiance de mon club dakarois, le Thiossane, dans cette salle qui a marquĂ© mes dĂ©buts en Europe. J’y ai jouĂ© un mois en 1985 avec Higelin et Mory Kante. ArrivĂ© Ă  Paris, je dĂ©pose mes affaires Ă  mon domicile parisien Ă  9h30, je dors jusqu’à 14 heures, puis j’enchaĂźne Ă  Studio + pour rĂ©pĂ©ter avec les invitĂ©s du show du lendemain, Rokia TraorĂ© (photo), Jacob Desvarieux et Jocelyne Beroard. Rokia, je l’avais croisĂ©e lors d’un des remix de La cour des grands, l’hymne du Mondial 98 dont on avait fait une version pour le Mali. Mais je ne me rendais pas compte du succĂšs qu’elle avait dĂ©sormais en France, c’est incroyable.

Samedi 22. C’est le grand jour. Je vais Ă  Bercy Ă  16 heures pour les balances. La presse et la tĂ©lĂ©vision sĂ©nĂ©galaise m’attendent dĂ©jĂ  pour une confĂ©rence de presse. Du coup, mes balances ne commencent qu’à 18h30. Je retrouve aussi tout mon staff de Dakar que j’ai invitĂ©: c’est un peu leur prime de fin d’annĂ©e. La scĂšne est vraiment gĂ©niale avec derriĂšre un Ă©cran gĂ©ant qui diffuse nos images filmĂ©es par sept camĂ©ras vidĂ©os. C’est toujours un problĂšme dans ces grandes salles pour ĂȘtre bien vu du public, et cette annĂ©e je voulais lui faire ce cadeau. Clin d’Ɠil, je commence mon spectacle par un morceau des annĂ©es 80, Live TV, qui fonctionne toujours aussi bien. Le set dure 4 heures non-stop, sans aucun pĂ©pin, pas comme l’annĂ©e derniĂšre oĂč j’avais craquĂ© mon pantalon. Un vrai marathon, mais j’ai l’habitude. Je rentre me coucher, «cassé», Ă  5 heures du mat’.

Dimanche 23. On se retrouve avec toute l’équipe pour une virĂ©e des boĂźtes blacks de Paris : le Titan et l’AlizĂ©e. Mbaye Diaye Faye, mon percussionniste, fait son show au Titan et on s’éclate Ă  le voir faire le clown devant nous. Retour Ă  8 heures du mat’ Ă  la maison.


Mardi 25. Je quitte mes potes du Super Etoile, qui rentrent Ă  Dakar et je pars seul Ă  FĂšs pour la premiĂšre d’Egypte, oĂč je rejoins mon nouveau groupe, que je ne connais pas encore. Ils sont sur place depuis la veille et nous allons rĂ©pĂ©ter trois jours durant dans la salle de la prĂ©fecture un spectacle qui n’est pas encore rodĂ©. C’est bizarre parce que tous ces morceaux nous les avons jouĂ©s chacun de notre cĂŽtĂ© pour l’album: moi Ă  Dakar, eux au Caire, et c’est la premiĂšre fois que nous nous rencontrons. Il y a lĂ  quatorze musiciens Ă©gyptiens et cinq sĂ©nĂ©galais. Le seul qui nous connaĂźt tous est mon arrangeur Fathy Salama. Le boulot est vraiment intense, j’ai juste le temps de m’échapper dans la MĂ©dina avec une Ă©quipe de France 2 pour un reportage. Je rencontre des Maliens et deux SĂ©nĂ©galais tout surpris de me voir lĂ . Heureusement, c’était l’heure de la sieste, il n’y avait pas grand monde, sinon cela aurait Ă©tĂ© encore l’émeute comme Ă  chaque fois que je pointe le nez quelque part.

Samedi 29. C’est le grand jour. Je n’avais pas eu le tract comme ça depuis dix ans. Ce projet va voir le jour. Six ans de gestation pour un album que je ne pensais sortir qu’au SĂ©nĂ©gal, pour le Ramadan. Finalement, tout le monde m’a pris la tĂȘte et m’a dit de le sortir dans le reste du monde. Madame Wade, la PrĂ©sidente, assiste Ă  cette premiĂšre et je vais la saluer pendant le spectacle, pour me faire pardonner du lapin que je lui avais posĂ© la veille en ne pouvant me rendre Ă  sa rĂ©ception, coincĂ© par mes rĂ©pĂ©titions. Les soufis et mourides marocains sont tous lĂ . J’enfile mon grand boubou blanc pour une heure et demie de spectacle intense. En quittant la scĂšne, je me mets Ă  crier comme un fou: "Ça y est, je suis libĂ©rĂ©, je suis libĂ©rĂ©".Certains dans le public ne savaient pas que je venais prĂ©senter l’album Ă©gyptien; ils pensaient assister Ă  un concert de mbalax. Ils sont repartis un peu déçu. Ce n’est pas grave. J’enchaĂźne les interviews Ă  l’hĂŽtel, que je quitte Ă  3 heures du matin, pour rejoindre Dakar oĂč je dois assister le lendemain Ă  un grand combat de lutte.

Mardi 1er juin. MĂȘme Ă  Dakar, la promo d’Egypte continue. L’album sort la semaine suivante et j’ai toute une sĂ©rie d’interviews par tĂ©lĂ©phone avec la presse europĂ©enne. C’est quand mĂȘme plus confortable Ă  faire de la maison que de ces hĂŽtels impersonnels oĂč je passe la moitiĂ© de l’annĂ©e.

Mercredi 2. Dans deux jours dĂ©bute l’Ebony Festival. Je leur donne un coup de main en allant au stade Demba Diop enregistrer une cassette pour la tĂ©lĂ© pour inciter les "gens de la rue" Ă  venir samedi et dimanche aux concerts. Malheureusement, ce spot n’a pas Ă©tĂ© diffusĂ© car l’organisatrice et la RTS (radio tĂ©lĂ©vision sĂ©nĂ©galaise) ne se sont pas concertĂ©es.

Jeudi 3. Je passe deux heures au bureau, Ă  Xippi. Je prends tout le courrier qui m’attend depuis des jours, l’analyse, signe les chĂšques, les papiers. 22 heures: je prends la derniĂšre chaloupe pour aller aux rĂ©pĂ©titions du spectacle d’Ebony Ă  GorĂ©e qui a lieu le lendemain. Je rĂ©pĂšte une bonne heure avec l’Orchestre national et reprends la chaloupe de 23h10.

Vendredi 4. Je dĂ©cide de jouer au Thiossane aprĂšs les concerts d’Ebony du week-end, puis je pars enregistrer des spots de pub. Je prends la chaloupe de 19 heures pour GorĂ©e. Je m’installe toujours au poste de pilotage, histoire d’avoir la paix. La soirĂ©e est vraiment sympa et on fait un mĂ©ga bƓuf au final avec Jimmy Cliff, Diam’s, Makoma et tous les autres sur Africa Unite, un morceau de Bob Marley que l’on n’avait mĂȘme pas rĂ©pĂ©tĂ©. Pour le retour, ça bouchonne Ă  l’embarcadĂšre, oĂč je me fais aborder par un Congolais qui me dit: "Je t’adore". Puis il commence Ă  chanter en lingala, et tout le monde t


Samedi 5. Je devais aller Ă  la fĂȘte de fin d’annĂ©e de ma fille, mais je suis crevĂ©. Je me repose tout l’aprĂšs-midi avant le grand show du stade. J’y arrive Ă  22h30 et reste cachĂ© dans un bus pour voir ce qui se passe sur scĂšne. A minuit, c’est l’heure. Une heure pile de mbalax devant un stade au trois quarts vide, ce qui ne m’étonne pas vu la maniĂšre dont les organisateurs ont fait la promo. Je n’avais jamais jouĂ© dans un stade aussi dĂ©sert. Puis je fonce au Thiossane, oĂč j’anime jusqu’à 4 heures du matin. Je me fais siffler dans la salle bourrĂ©e Ă  craquer parce que j’arrive avec une bonne heure de retard. Personne ne savait que je sortais d’un concert au stade!

Dimanche 6. Un aprĂšs-midi tranquille en famille, puis je viens incognito au stade vers 20 heures, oĂč je m’assois sur la pelouse. Un bob sur la tĂȘte pour me cacher et je peux assister aux concerts de Ralph Thamar, MC Solaar, Alpha Blondy (photo) et de Viviane, ma belle-sƓur, sans ĂȘtre embĂȘtĂ©. C’est bien la premiĂšre fois que je peux passer une soirĂ©e tranquille comme spectateur Ă  Dakar. Je me fais quand mĂȘme repĂ©rer pendant le concert de Baaba Maal, un fan me vole mon chapeau et l’armĂ©e doit intervenir pour me faire sortir. C’est dur d’avoir la paix!

Youssou N’Dour en tournĂ©e nord-amĂ©ricaine jusqu'au 25 juillet dont Washington le 1er juillet, Atlanta le 3, MontrĂ©al les 10 et 11, Los Angeles le 14, San Francisco le 18...

Pierre  René-Worms