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Eicher en Cornouaille

Escale quimpéroise du Taxi Europa


Quimper 

26/07/2004 - 

C’est le plus ancien festival français. Créé en 1923 et dĂ©diĂ© Ă  la culture bretonne, le festival de Cornouaille s’est ouvert au fil des ans aux cultures du monde. Cette annĂ©e, l’incontournable barde celte Alan Stivell et le bagad de Quimper cĂŽtoyaient Susheela Raman, Johnny Clegg ou le troubadour rock Stephan Eicher. Rencontre avec ce dernier, transformĂ© pour l’occasion en chauffeur du Taxi Europa, titre de son dernier opus.



Confortablement installĂ©s sur leurs banquettes en bois, les 2000 passagers du Taxi Europa ont embarquĂ© pour un voyage musico-cinĂ©matographique sur les routes europĂ©ennes. Les images vidĂ©o projetĂ©es sur l’écran gĂ©ant situĂ© en fond de scĂšne donnant l’illusion du mouvement. Un trajet au cours duquel Eicher, conducteur d’un soir, dirige avec aisance son habituel combo, auquel se sont joints pour l’occasion trois passagers bretons, le pianiste Denis Squiban, le guitariste SoĂŻg SibĂ©ril et le joueur de uillĂšann pipe Ronan Le Bars. Reprenant en rappel Joe Le Taxi, il a montrĂ© au cours de cette soirĂ©e toute sa maĂźtrise du volant.

Cette tournĂ©e des festivals d’étĂ©, c’est votre Taxi Europa.
C’est mon super Taxi Europa. On a des journĂ©es de folies. Un matin on s’est rĂ©veillĂ© en Italie, traversĂ© la Suisse, la France, puis prendre des copains en Belgique pour ensuite aller faire un concert en Allemagne. L’étĂ© c’est comme ça, on fait beaucoup de kilomĂštres pour aller chez les gens. Mais c’est un peu Ă©trange. Le matin, lorsqu’on se rĂ©veille, on se demande: «Aujourd’hui, ça va ĂȘtre 2000 spectateurs. Non, 30000». Et mĂȘme si le public des festivals ne vient pas uniquement pour me voir, cela ne me dĂ©range pas. J’aime bien bosser pour gagner mon public.

Vous venez ici en Cornouaille retrouver de vieux amis. Denis Squiban et Ronan Le Bars avec lesquels vous aviez collaboré 
Denis et Ronan ont participĂ© Ă  l’album Louanges sorti en 1999. Ce sont des musiciens qui connaissent bien mon rĂ©pertoire. Et moi je connais bien le leur. J’arrive ce matin d’un concert Ă  Deauville et, Ă  vrai dire, nous n’avons rien prĂ©parĂ©. C’est vrai que nous n’avons qu’une heure pour rĂ©pĂ©ter, mais cela n’est pas trĂšs gĂȘnant. On a dĂ©cidĂ© des titres Ă  jouer il y a deux semaines et on va voir comment cela se passe. C’est de la musique que l’on fait. Pas de la recherche nuclĂ©aire. Je commence le concert normalement et il y a un grand arrĂȘt du taxi oĂč ces passagers montent Ă  bord.


Ouvrir la porte du taxi à d’autres passagers, faire preuve d’ouverture. Cela fait parti de votre culture nomade.
C’est cela ĂȘtre musicien. Savoir partager avec les autres. J’ai passĂ© plein de moments oĂč le langage n’est pas le meilleur moyen de communiquer. Deux amoureux trouvent un langage en dehors de la parole. Et avec la musique, c’est aussi miraculeux. Cela marche toujours. J’ai fait des soirĂ©es avec des musiciens du Mali, du Vietman, des AmĂ©ricains, des Suisses, des Allemands. Pendant le dĂźner on ne pouvait pas vraiment Ă©changer des idĂ©es. Puis on se mettait sur une scĂšne et on papotait en musique comme des oiseaux.

Vous ĂȘtes un artiste ouvert Ă  toutes les musiques du monde.
Je suis ouvert Ă  toute La musique. Dans notre culture, elle se joue avec 12 notes. Et si on en choisit 8 qui ne sont pas trop Ă©loignĂ©es, on fait dĂ©jĂ  de la musique. Avec ces 12 notes, on peut faire passer beaucoup d’émotions. De la tristesse, de la joie, une agression. On peut fatiguer les gens comme les rĂ©veiller.

Vous achevez la rĂ©alisation d’un CD-DVD live

On est en train de finir le mixage, en 5.1, comme au cinĂ©ma puisqu’il y a ce DVD qui accompagne l’album. J’ai mixĂ©, on finit le montage. Il reste quelques dĂ©tails Ă  finaliser comme le choix des titres. J’ai envie que les morceaux soient diffĂ©rents entre le CD et le DVD. Mais la maison de disques le refuse, ils veulent que ce soit la mĂȘme chose. Je me bats en permanence contre eux.


Vous qui ĂȘtes un homme d’images, vous pensez que l’avenir passe par le DVD.
Au dĂ©but, j’ai tout achetĂ©. Je me suis dit que ce serait super si en achetant un DVD de classique, je pouvais ĂȘtre Ă  la place du chef d’orchestre, au moins avoir cette sensation. Dans un concert, le son est un peu pourri, il y a quelqu’un de plus grand devant nous. Or sur le DVD, je trouve qu’on voit presque moins bien. J’ai essayĂ© de travailler sur le mien en montrant le point de vue que j’ai lorsque je suis derriĂšre le micro. Et j’ai utilisĂ© le concept du taxi. Je suis le chauffeur, le spectateur est le client.

Il y a un esprit Bretagne chez Stephan Eicher?
Ce sont mes dĂ©buts aux Transmusicales de Rennes, ces techniciens que j’y ai rencontrĂ©s et qui sont encore lĂ , ces rencontres avec des musiciens comme Didier, Ronan ou SoĂŻg. Des gens qui ont des noms moins connus qui se trouvent Ă  MolĂšne, Lorient ou Pont-Aven. Finalement, la base de la Bretagne est la mĂȘme que la Suisse: c’est le granit. C’est une pierre un peu radioactive. Elle rend les Suisses et les Bretons un peu dingue de la mĂȘme façon. C’est pourquoi je me sens ici comme Ă  la maison.

Pierre  René-Worms