QuimperÂ
26/07/2004 -Â

Confortablement installĂ©s sur leurs banquettes en bois, les 2000 passagers du Taxi Europa ont embarquĂ© pour un voyage musico-cinĂ©matographique sur les routes europĂ©ennes. Les images vidĂ©o projetĂ©es sur lâĂ©cran gĂ©ant situĂ© en fond de scĂšne donnant lâillusion du mouvement. Un trajet au cours duquel Eicher, conducteur dâun soir, dirige avec aisance son habituel combo, auquel se sont joints pour lâoccasion trois passagers bretons, le pianiste Denis Squiban, le guitariste SoĂŻg SibĂ©ril et le joueur de uillĂšann pipe Ronan Le Bars. Reprenant en rappel Joe Le Taxi, il a montrĂ© au cours de cette soirĂ©e toute sa maĂźtrise du volant.
Cette tournĂ©e des festivals dâĂ©tĂ©, câest votre Taxi Europa.
Câest mon super Taxi Europa. On a des journĂ©es de folies. Un matin on sâest rĂ©veillĂ© en Italie, traversĂ© la Suisse, la France, puis prendre des copains en Belgique pour ensuite aller faire un concert en Allemagne. LâĂ©tĂ© câest comme ça, on fait beaucoup de kilomĂštres pour aller chez les gens. Mais câest un peu Ă©trange. Le matin, lorsquâon se rĂ©veille, on se demande: «Aujourdâhui, ça va ĂȘtre 2000 spectateurs. Non, 30000». Et mĂȘme si le public des festivals ne vient pas uniquement pour me voir, cela ne me dĂ©range pas. Jâaime bien bosser pour gagner mon public.
Vous venez ici en Cornouaille retrouver de vieux amis. Denis Squiban et Ronan Le Bars avec lesquels vous aviez collaborĂ©âŠ
Denis et Ronan ont participĂ© Ă lâalbum Louanges sorti en 1999. Ce sont des musiciens qui connaissent bien mon rĂ©pertoire. Et moi je connais bien le leur. Jâarrive ce matin dâun concert Ă Deauville et, Ă vrai dire, nous nâavons rien prĂ©parĂ©. Câest vrai que nous nâavons quâune heure pour rĂ©pĂ©ter, mais cela nâest pas trĂšs gĂȘnant. On a dĂ©cidĂ© des titres Ă jouer il y a deux semaines et on va voir comment cela se passe. Câest de la musique que lâon fait. Pas de la recherche nuclĂ©aire. Je commence le concert normalement et il y a un grand arrĂȘt du taxi oĂč ces passagers montent Ă bord.
Ouvrir la porte du taxi Ă dâautres passagers, faire preuve dâouverture. Cela fait parti de votre culture nomade.
Câest cela ĂȘtre musicien. Savoir partager avec les autres. Jâai passĂ© plein de moments oĂč le langage nâest pas le meilleur moyen de communiquer. Deux amoureux trouvent un langage en dehors de la parole. Et avec la musique, câest aussi miraculeux. Cela marche toujours. Jâai fait des soirĂ©es avec des musiciens du Mali, du Vietman, des AmĂ©ricains, des Suisses, des Allemands. Pendant le dĂźner on ne pouvait pas vraiment Ă©changer des idĂ©es. Puis on se mettait sur une scĂšne et on papotait en musique comme des oiseaux.
Vous ĂȘtes un artiste ouvert Ă toutes les musiques du monde.
Je suis ouvert Ă toute La musique. Dans notre culture, elle se joue avec 12 notes. Et si on en choisit 8 qui ne sont pas trop Ă©loignĂ©es, on fait dĂ©jĂ de la musique. Avec ces 12 notes, on peut faire passer beaucoup dâĂ©motions. De la tristesse, de la joie, une agression. On peut fatiguer les gens comme les rĂ©veiller.

Vous qui ĂȘtes un homme dâimages, vous pensez que lâavenir passe par le DVD.
Au dĂ©but, jâai tout achetĂ©. Je me suis dit que ce serait super si en achetant un DVD de classique, je pouvais ĂȘtre Ă la place du chef dâorchestre, au moins avoir cette sensation. Dans un concert, le son est un peu pourri, il y a quelquâun de plus grand devant nous. Or sur le DVD, je trouve quâon voit presque moins bien. Jâai essayĂ© de travailler sur le mien en montrant le point de vue que jâai lorsque je suis derriĂšre le micro. Et jâai utilisĂ© le concept du taxi. Je suis le chauffeur, le spectateur est le client.
Il y a un esprit Bretagne chez Stephan Eicher?
Ce sont mes dĂ©buts aux Transmusicales de Rennes, ces techniciens que jây ai rencontrĂ©s et qui sont encore lĂ , ces rencontres avec des musiciens comme Didier, Ronan ou SoĂŻg. Des gens qui ont des noms moins connus qui se trouvent Ă MolĂšne, Lorient ou Pont-Aven. Finalement, la base de la Bretagne est la mĂȘme que la Suisse: câest le granit. Câest une pierre un peu radioactive. Elle rend les Suisses et les Bretons un peu dingue de la mĂȘme façon. Câest pourquoi je me sens ici comme Ă la maison.
Pierre René-Worms
Â
12/10/2001 -Â
01/08/2003 -Â
05/07/2007 -Â