Paris
06/08/2004 -

Cinq jours pour une heure de concert. Un luxe? Sûrement, mais un plaisir légitime pour -M-, invité par l'AFAA à venir dispenser sa science du live, en compagnie de sa garde rapprochée (manageuse, musiciens, famille, amis - les genres se mélangeant allégrement). Cinq jours au milieu d'une tournée croulant sous les dates, qui resteront vraisemblablement pour Matthieu, fils de Louis et petit fils d'Andrée - tous deux nés au Caire - un souvenir impérissable. Venu sans certitude, lui qui joue pratiquement toujours devant une cohorte de fans acquis à sa cause se produira en quasi anonyme, soutenu seulement par une poignée de Français basés dans la capitale égyptienne. L'occasion d'un concert unique, à la symbolique forte, et d'un séjour qui ne le sera pas moins.
Interviews interminables

Crochet par les souks, escale en plein désert sur fond de musique soufi, visite entre amis de l'imposant musée du Caire, ballades dans les rues bouillonnantes, au milieu de l'improbable ballet des taxis et du concert de klaxons...le reste du séjour sera moins institutionnel - malgré une soirée organisée chez le Conseiller culturel français, de laquelle s'échappaient Cyril Atef et Vincent Ségal, les deux seuls musiciens venus accompagner -M-. Descendus de l'avion quelques heures plus tôt, on les retrouvait dans un bar branché, l'un assis derrière une batterie, l'autre agrippé à une contrebasse, pour un jam enfiévré - et totalement improvisé - avec un groupe local. Rendez-vous le lendemain avec les deux Bumcello et -M-, qui découvrent la scène posée sur le bord du Nil, en plein centre du Caire. Balances en plein soleil, mais humeur au beau fixe. Casquette vissée sur la tête assortie à ses lunettes noires, -M- décoche ses premières flèches électriques à coups de guitare sous des rayons brûlants. Façon de donner le ton de la soirée à venir.
Décibels festifs et néo fan
L'île de Zamalek, en plein coeur du Caire. Comme chaque année à la même époque, l'élégant jardin El Riyadi, habituel lieu de rendez-vous de la jeunesse caïrote, se transforme en salle de concert à ciel ouvert. Dans le public, des expatriés français, pour la plupart "M-ophiles" convaincus, mais aussi une très large proportion d’Egyptiens pure souche, venue comme chaque premier jour de l'été fêter la musique au bord du Nil. Avec cette année, donc, ce fameux chanteur ovni, inconnu débarqué de France qui trône royalement en haut de l'affiche du jour, et dont l'accoutrement, entrevu sur les quelques posters promo visibles dans la ville, inspire à certains la plus grande circonspection (le rose de son costume serait un aveu d'homosexualité? Les pointes de sa coiffure en M seraient un penchant satanique?).
La lune est déjà bien installée dans la nuit quand -M- prend le relais des groupes locaux programmés avant lui. Costume blanc éclatant, moral gonflé à bloc, guitare Rickenbaker résolument prête à en découdre: Docteur Chédid rugit un Mon égo éclatant en guise de salutation! Suivront Onde sensuelle, Tes souhaits, Souvenir du futur...En un peu plus d'une heure (sans rappel, une incongruité au pays des Pharaons!) tout le répertoire chédidien est passé au crible, sur un mode où énergie et enthousiasme se disputent la vedette. Car il faut bien reconnaître que, tout couplet sur le "retour aux sources" mis à part, -M- livre en ce 21 juin un de ses meilleurs concerts! Séduisant, aventureux, conquérant, il communie avec un public qui ne le connaît ni ne le comprend - trois jours ne lui auront effectivement pas suffit pour parfaire son arabe, lequel, rudimentaire, se limite à quelques «choukrane» («merci») lancés en fin de morceaux! Générosité évidente, plaisir palpable. Ces qualités sont certes à mettre au crédit de n'importe quel concert de -M-, mais elles s'expriment ici de façon tout à fait inédite: les fans francophones reprennent en choeur les refrains en roulant des hanches, les autres profitent sourire au lèvres. Loïc Bussières
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