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Hugues aufray chante la mer

Au festival des Hortensias de Perros-Guirec


Perros-Guirec 

09/08/2004 - 

A quel meilleur endroit que la Bretagne le chanteur folk, à l’aube de ses 75 ans, pouvait-il rêver pour rendre un hommage à la mer et à ses marins? A Perros-Guirec, au festival des Hortensias (6-8 août), le public a festoyé avec Hugues Aufray, Marcel et son orchestre et Tri Yann.



A l’ombre du grand festival celtique de Lorient qui draine une foule compacte, il en est un qui trace son chemin depuis deux décennies sans trop faire de bruit. Peut-être plus pour longtemps. A Perros-Guirec, dans les Côtes-d’Armor, on a toujours mis un point d’honneur à ne programmer que de la musique folklorique, bretonne de préférence. "Mais depuis quatre ans, le festival a vraiment décollé" explique Hervé Sanquer, l’initiateur du festival des Hortensias, "avec la venue de Manu Dibango et des tambours de Brazza", tout en se faisant un plaisir de nous faire découvrir la côte de granit rose.


La nuit n’est pas encore tombée lorsque Hugues Aufray (en photo) s’avance sur la scène installée dans les jardins de la Capitainerie du port de Perros-Guirec. "Je vois des cheveux blancs dont certains avec leurs petits enfants, donc il y aura des chansons pour tout le monde". Crinière blanche, tout de noir vêtu santiags comprises, veste en daim avec franges sur les épaulettes, le chanteur est tel que souhaite le trouver le public. Guitare en bandoulière et harmonica pour une ballade irlandaise, Chacun sa mer, extrait de son dernier album, avant de revisiter le folklore breton avec Y’a quat’marins qu’il dédie "à tous les marins bien sûr mais surtout aux sauveteur" choisissant ce moment pour brocarder le festival des Francofolies de la Rochelle où lors de son unique prestation, il avait (modestement) donné son cachet aux sauveteurs... Et d’enchaîner avec Le petit âne gris, chanson que les enfants adorent et qui fait encore briller leurs yeux. Si, si... Apprises lors des colonies de vacances ou à l’école, les chansons d’Hugues Aufray font toujours recette : Céline, Stewball (C’était un cheval blanc, il était mon idole et moi j’avais dix ans), Hasta luego, Chante Rossignol ou encore ce Adieu monsieur le Professeur, qui, année après année, ravit toujours le corps enseignant.

Ecolo avant l’heure, Hugues Aufray s’est toujours nourrit de thèmes proches de la nature, de la non-violence ou du racisme. "En mars 1966, au Palais des Sports, aime-t-il rappeler, devant Harry Belafonte, Simone Signoret, Yves Montant et Martin Luther King, j’interprétais cette chanson: les crayons de couleur". Où il est question d’un petit garçon qui désire dessiner un homme de couleur mais ne sait comment le colorier. A 75 ans (il en paraît 20 de moins), le troubadour Hugues Aufray pratique toujours avec passion la musique de ses débuts, la chanson folk, le folklore, qu’il soit breton, irlandais ou sud-américain, ou encore la country. Avec une admiration toujours vivace pour Bob Dylan dont il fera ce soir-là une évocation de ses chansons. "Bob Dylan et Bob Marley sont pour moi les deux chanteurs qui ont influencé la musique du XXè siècle" avant d’entonner son fameux Hissez haut pour un Santiano que petits et grands rêvaient de chanter avec lui au moins une fois dans leur vie.


Après une initiation à la danse en vue du fest-noz électro-festif du samedi soir animé par les Baragouineurs, direction le centre-ville où défilaient bagadou et danseurs dont le fameux cercle de Kerfeunten de Quimper. Pour la touche internationale étaient invités deux ensembles étrangers, les indonésiens de Pekanbaru-Riau et le cercle polonais Kortowo d’Olsztyn avant de faire place au carnaval musical déjanté de Marcel et son orchestre (en photo). Po-go assuré sur la place de l’église, noire de monde, par les musiciens nordistes qui, malgré la bruine, jouent dans une ambiance surchauffée leur meilleur ska mâtiné de reggae et de rock. Mais les stars locales sont les nantais de Tri Yann. Dans leurs costumes comedia della arte, ils embrasent la soirée par un show parfaitement huilé. En 33 années d’existence, ils ne voient toujours pas la lassitude venir. Et c’est tant mieux pour nous. Kénavo.

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Trois questions à Hugues Aufray


Vous sortez un nouvel album en octobre ainsi qu’une biographie...

A l’heure où les maisons de disques rendent leurs contrats aux artistes, et que tout le monde s’apitoie sur leur sort, moi, Universal est venu me chercher. Cela fait 25 ans que je n’avais plus de maisons de disques, et j’ai donc dû produire moi-même mes albums. A l’époque, cela n’a gêné personne, que je sache. Le mot important est celui de responsable.

Vous semblez en vouloir aux festivals comme celui de la Rochelle ou de Carhaix qui ont tardé à vous inviter, semble t- il ?

J’ai chanté aux dernières Vieilles Charrues, pour remplacer Adamo, et c’est vrai que j’aurais bien aimé qu’on m’invite d’une autre manière. Mais de façon générale, je suis contre l’état centralisateur et à mon sens la culture ne doit pas être subventionnée. Le mécénat est une chose, la subvention en est une autre. La culture populaire appartient au peuple, et l’état ne doit pas intervenir. A 14 ans, j’aimais Rimbaud et Verlaine, et eux ont vécu sans subvention.

Aviez-vous des souvenirs communs de musiciens, avec Sacha Distel qui vient de disparaître ?

Je me souviens lui avoir acheté ma première guitare électrique et l’on allait souvent écouter Django Reinhart ensemble. C’est vrai aussi que lui m’a souvent invité dans son émission, le Sacha Show.

Pascale  Hamon