ParisÂ
18/08/2004 -Â

Avec son nouvel album Boomrang, il transmet des messages forts, stigmatise lâexploitation des populations africaines et lâindividualisme. Tout en affirmant son souci des racines (usage du wolof, parallĂšlement au français), il revendique aussi un dĂ©sir constant dâouverture (interventions de Rokia TraorĂ©, China, Sergent Garcia, incrustation de chant choral zoulouâŠ). Efficace et rafraĂźchissant.
RFI Musique : Cet album est votre troisiĂšme production. Par rapport Ă lâĂ©poque de la premiĂšre cassette en 1994, beaucoup de choses ont changĂ© pour vous ?
Daara J : EnormĂ©ment. On a commencĂ© dâabord Ă jouer dans le quartier, le triangle sud de la MĂ©dina, de Colobane et de Centenaire, les trois quartiers de Dakar dont nous sommes issus . Et puis, tout sâest amplifiĂ© trĂšs vite. Le directeur artistique dâune maison de disques (DĂ©clic) est venu nous Ă©couter en concert et nous sommes partis enregistrer Ă Paris. On a jouĂ© Ă cette occasion au MCM CafĂ©. CâĂ©tait notre premiĂšre salle parisienne. A notre retour, il y avait plein de jeunes qui nous attendaient Ă lâaĂ©roport, comme si on avait gagnĂ© une coupe. Cet accueil nous a fait prendre conscience de la responsabilitĂ© que lâon avait. Il fallait que lâon se donne dĂ©sormais encore plus, on leur devait cela.
Boomrang contient-il des reprises de vos anciens titres ?
Il y a une seule reprise (Exodus). En fait, on avait une trentaine de titres prĂȘts et on a choisi dedans. Une bonne partie de lâalbum a Ă©tĂ© enregistrĂ© Ă Dakar, avec parfois des bases rythmiques traditionnelles, un tama. On a rĂ©alisĂ© des samples de Boubacar TraorĂ© au pays Ă©galement. Ensuite, tout a Ă©tĂ© finalisĂ© Ă Paris
On entend également la voix de Rokia Traoré.
La premiĂšre fois quâon lâa rencontrĂ©e, câĂ©tait au studio Davout Ă Paris. Au cours dâune discussion avec elle, on sâest rendus compte de tout de ce que lâon avait en commun. Câest de lĂ quâest partie lâenvie de faire quelque chose ensemble. Câest quelquâun dâune grande sensibilitĂ© et dâune ouverture dâesprit fabuleuse.
Il y a beaucoup dâinvitĂ©s sur cet album. Des gens que lâon vous a suggĂ©rĂ©s ou bien que vous connaissiez auparavant ?
Pour certains, on avait dĂ©jĂ les connections. China, chaque fois quâelle faisait un concert quelque part Ă Paris, si on Ă©tait lĂ , elle nous invitait et ça finissait toujours par un bĆuf trĂšs sympa. Disiz La Peste, on a le mĂȘme pays en commun. On se connaissait dĂ©jĂ avant Paris. Bruno Garcia, on lâa connu aussi ici. Esperanza, le titre rĂ©alisĂ© avec lui, Ă©tait dĂ©jĂ fait avant. Quand il lâa Ă©coutĂ©, il nous a proposĂ© de le rĂ©orchestrer. Il a dĂ©barquĂ© au studio avec toute sa bande et voilĂ âŠ
La musique latino, vous en avez souvent écouté au Sénégal ?
Oui, on a aussi grandi avec ça. Il ne faut pas oublier que des tĂ©nors de la musique sĂ©nĂ©galaise (Youssou NâDour, BaobabâŠ) ont fait de la musique latino. Nos parents Ă©coutaient l'Orquesta Aragon, Johnny Pacheco. Tout cela vibre encore au fond de nous. Le hip-hop est une musique trĂšs ouverte, qui laisse entrer reggae, ragga, soul, latinoâŠ
Le fait que vous connaissiez autant de musiciens et de chanteurs Ă Paris signifie-t-il que vous nâĂȘtes plus trĂšs souvent au SĂ©nĂ©gal ?
Non, mais Ă chaque fois que lâon est en tournĂ©e, on en profite pour aller Ă©couter le maximum de gens. A chaque fois câest pour nous autant dâexpĂ©riences.
Vous attachez beaucoup dâimportance au sens dans vos chansons. Quelle vision globale du monde avez-vous ?
Beaucoup de choses ne vont pas, on lâĂ©voque parfois dans nos textes. Par exemple Bopp Sa Bopp appelle Ă plus de solidaritĂ©. Mais il y aussi des attitudes qui font chaud au cĆur. Par exemple, lors de la derniĂšre Coupe du monde de football, les joueurs français ont laissĂ© toute une partie de leurs Ă©quipements et fournitures aux SĂ©nĂ©galais avant de partir. Câest un bel exemple de fraternitĂ©, une maniĂšre de prendre le contre-pied de ceux qui cultivent une certaine idĂ©e de supĂ©rioritĂ©, comme ce que sont en train de faire de maniĂšre trĂšs sournoise les Etats-Unis. Personne ne doit tenter de rĂ©guler le monde. Chaque peuple doit ĂȘtre maĂźtre de sa destinĂ©e.
Est-ce quâĂ Dakar, il y a toujours des concours de rap organisĂ©s par le Centre Culturel Français ?
Maintenant, il y a surtout les «Hip-Hop Awards» oĂč plein de groupes du SĂ©nĂ©gal sont invitĂ©s et reçoivent des trophĂ©es. Câest important quâil y ait ce genre de manifestation car cela attire lâattention sur le rap sĂ©nĂ©galais qui a vraiment son mot Ă dire au niveau de la scĂšne mondiale. Le simple fait de mettre les musiciens en concurrence, ça stimule la crĂ©ativitĂ©. Chacun va essayer de faire mieux. Ce qui est bien dans ce truc aussi, câest que ce nâest pas organisĂ© par le MinistĂšre de la Culture dont de toute façon nous nâavons rien Ă attendre. Câest un mouvement autonome, organisĂ© par des jeunes SĂ©nĂ©galais. Une belle initiative!
Youssou NâDour avait sorti une compilation de hip-hop (Da Hop) sur son label Jololi. Vous avez dĂ©jĂ travaillĂ© avec lui ?
On avait fait un «featuring» il y a quelque temps, qui nâest pas sorti internationalement, un morceau paru uniquement en cassette: SolidaritĂ©. On a Ă©galement participĂ© Ă cette compilation. Il faudrait que dâautres projets de ce genre voient encore le jour car il y a des centaines de groupes de rap au SĂ©nĂ©gal et pas mal ont un vrai talent Ă exprimer.
Les Positive Black Soul ont-ils été un modÚle pour vous ?
Bien sĂ»r. Ils ont Ă©tĂ© les premiers Ă sortir une cassette de rap, les premiers Ă donner une preuve que ceci peut se faire et que lâon peut croire au rap. Avant eux, personne ne sâĂ©tait lancĂ©. Ils ont donnĂ© lâespoir Ă toute une jeunesse, ont prouvĂ© que tous pouvaient, mĂȘme issus de milieux modestes, se trouver un jour au devant de la scĂšne musicale.
Daara J Boomrang (Subdivision â BMG) 2004
Patrick Labesse