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Daara J

Effet garanti


Paris 

18/08/2004 - 

Pour cĂ©lĂ©brer ses onze annĂ©es d'existence, le groupe sĂ©nĂ©galais Daara J a dĂ©cidĂ© de s'offrir la plus belle des fĂȘtes en organisant un concert exceptionnel le 18 aoĂ»t chez eux Ă  Dakar, avant de prendre d'assaut les scĂšnes internationales Ă  partir du 25.
À l'occasion de cet anniversaire, RFI musique propose un retour sur Boomrang, efficace 3ùme opus des rappeurs, sorti en 2003.



Avec son nouvel album Boomrang, il transmet des messages forts, stigmatise l’exploitation des populations africaines et l’individualisme. Tout en affirmant son souci des racines (usage du wolof, parallĂšlement au français), il revendique aussi un dĂ©sir constant d’ouverture (interventions de Rokia TraorĂ©, China, Sergent Garcia, incrustation de chant choral zoulou
). Efficace et rafraĂźchissant.

RFI Musique : Cet album est votre troisiĂšme production. Par rapport Ă  l’époque de la premiĂšre cassette en 1994, beaucoup de choses ont changĂ© pour vous ?
Daara J : EnormĂ©ment. On a commencĂ© d’abord Ă  jouer dans le quartier, le triangle sud de la MĂ©dina, de Colobane et de Centenaire, les trois quartiers de Dakar dont nous sommes issus . Et puis, tout s’est amplifiĂ© trĂšs vite. Le directeur artistique d’une maison de disques (DĂ©clic) est venu nous Ă©couter en concert et nous sommes partis enregistrer Ă  Paris. On a jouĂ© Ă  cette occasion au MCM CafĂ©. C’était notre premiĂšre salle parisienne. A notre retour, il y avait plein de jeunes qui nous attendaient Ă  l’aĂ©roport, comme si on avait gagnĂ© une coupe. Cet accueil nous a fait prendre conscience de la responsabilitĂ© que l’on avait. Il fallait que l’on se donne dĂ©sormais encore plus, on leur devait cela.

Boomrang contient-il des reprises de vos anciens titres ?
Il y a une seule reprise (Exodus). En fait, on avait une trentaine de titres prĂȘts et on a choisi dedans. Une bonne partie de l’album a Ă©tĂ© enregistrĂ© Ă  Dakar, avec parfois des bases rythmiques traditionnelles, un tama. On a rĂ©alisĂ© des samples de Boubacar TraorĂ© au pays Ă©galement. Ensuite, tout a Ă©tĂ© finalisĂ© Ă  Paris

On entend également la voix de Rokia Traoré.
La premiĂšre fois qu’on l’a rencontrĂ©e, c’était au studio Davout Ă  Paris. Au cours d’une discussion avec elle, on s’est rendus compte de tout de ce que l’on avait en commun. C’est de lĂ  qu’est partie l’envie de faire quelque chose ensemble. C’est quelqu’un d’une grande sensibilitĂ© et d’une ouverture d’esprit fabuleuse.


Il y a beaucoup d’invitĂ©s sur cet album. Des gens que l’on vous a suggĂ©rĂ©s ou bien que vous connaissiez auparavant ?
Pour certains, on avait dĂ©jĂ  les connections. China, chaque fois qu’elle faisait un concert quelque part Ă  Paris, si on Ă©tait lĂ , elle nous invitait et ça finissait toujours par un bƓuf trĂšs sympa. Disiz La Peste, on a le mĂȘme pays en commun. On se connaissait dĂ©jĂ  avant Paris. Bruno Garcia, on l’a connu aussi ici. Esperanza, le titre rĂ©alisĂ© avec lui, Ă©tait dĂ©jĂ  fait avant. Quand il l’a Ă©coutĂ©, il nous a proposĂ© de le rĂ©orchestrer. Il a dĂ©barquĂ© au studio avec toute sa bande et voilà


La musique latino, vous en avez souvent écouté au Sénégal ?
Oui, on a aussi grandi avec ça. Il ne faut pas oublier que des tĂ©nors de la musique sĂ©nĂ©galaise (Youssou N’Dour, Baobab
) ont fait de la musique latino. Nos parents Ă©coutaient l'Orquesta Aragon, Johnny Pacheco. Tout cela vibre encore au fond de nous. Le hip-hop est une musique trĂšs ouverte, qui laisse entrer reggae, ragga, soul, latino


Le fait que vous connaissiez autant de musiciens et de chanteurs Ă  Paris signifie-t-il que vous n’ĂȘtes plus trĂšs souvent au SĂ©nĂ©gal ?
Non, mais Ă  chaque fois que l’on est en tournĂ©e, on en profite pour aller Ă©couter le maximum de gens. A chaque fois c’est pour nous autant d’expĂ©riences.

Vous attachez beaucoup d’importance au sens dans vos chansons. Quelle vision globale du monde avez-vous ?
Beaucoup de choses ne vont pas, on l’évoque parfois dans nos textes. Par exemple Bopp Sa Bopp appelle Ă  plus de solidaritĂ©. Mais il y aussi des attitudes qui font chaud au cƓur. Par exemple, lors de la derniĂšre Coupe du monde de football, les joueurs français ont laissĂ© toute une partie de leurs Ă©quipements et fournitures aux SĂ©nĂ©galais avant de partir. C’est un bel exemple de fraternitĂ©, une maniĂšre de prendre le contre-pied de ceux qui cultivent une certaine idĂ©e de supĂ©rioritĂ©, comme ce que sont en train de faire de maniĂšre trĂšs sournoise les Etats-Unis. Personne ne doit tenter de rĂ©guler le monde. Chaque peuple doit ĂȘtre maĂźtre de sa destinĂ©e.


Est-ce qu’à Dakar, il y a toujours des concours de rap organisĂ©s par le Centre Culturel Français ?
Maintenant, il y a surtout les «Hip-Hop Awards» oĂč plein de groupes du SĂ©nĂ©gal sont invitĂ©s et reçoivent des trophĂ©es. C’est important qu’il y ait ce genre de manifestation car cela attire l’attention sur le rap sĂ©nĂ©galais qui a vraiment son mot Ă  dire au niveau de la scĂšne mondiale. Le simple fait de mettre les musiciens en concurrence, ça stimule la crĂ©ativitĂ©. Chacun va essayer de faire mieux. Ce qui est bien dans ce truc aussi, c’est que ce n’est pas organisĂ© par le MinistĂšre de la Culture dont de toute façon nous n’avons rien Ă  attendre. C’est un mouvement autonome, organisĂ© par des jeunes SĂ©nĂ©galais. Une belle initiative!

Youssou N’Dour avait sorti une compilation de hip-hop (Da Hop) sur son label Jololi. Vous avez dĂ©jĂ  travaillĂ© avec lui ?
On avait fait un «featuring» il y a quelque temps, qui n’est pas sorti internationalement, un morceau paru uniquement en cassette: SolidaritĂ©. On a Ă©galement participĂ© Ă  cette compilation. Il faudrait que d’autres projets de ce genre voient encore le jour car il y a des centaines de groupes de rap au SĂ©nĂ©gal et pas mal ont un vrai talent Ă  exprimer.

Les Positive Black Soul ont-ils été un modÚle pour vous ?
Bien sĂ»r. Ils ont Ă©tĂ© les premiers Ă  sortir une cassette de rap, les premiers Ă  donner une preuve que ceci peut se faire et que l’on peut croire au rap. Avant eux, personne ne s’était lancĂ©. Ils ont donnĂ© l’espoir Ă  toute une jeunesse, ont prouvĂ© que tous pouvaient, mĂȘme issus de milieux modestes, se trouver un jour au devant de la scĂšne musicale.

Daara J Boomrang (Subdivision – BMG) 2004 


Patrick  Labesse