Chronique album
Mindelo
03/09/2004 -
C’est donc votre 14e album? Ces dernières années ont pourtant été moins productives...
J.B : On a commencé à sortir moins de disques lorsque nous avons signé chez Sony, notre ancienne maison de disques, qui voulait installer le groupe en France. A nos débuts, c’était une stratégie. Comme on inventait un style musical, il fallait occuper le terrain pour que le public puisse s’y habituer. On a alors profité de la personnalité de chacun pour pouvoir présenter toutes les déclinaisons que pouvait avoir le zouk.
Jacob, vous avez contribué au grand succès de l’an passé Dis l’heure de zouk. Vous bénéficiez de cette dynamique pour ce nouvel album ?
JD : On parle de renouveau parce que ça fait longtemps qu’on n’avait pas entendu un titre de zouk passer en boucle à la radio et vendre beaucoup de disques. Ce qu’il y a de nouveau en fait, c’est que le zouk passe sur les radios jeunes. Mais la musique en elle-même n’a pas changé. Ce qui est nouveau, c’est la vision des programmateurs et animateurs radios. Maintenant, ce sont eux qui disent : "Kassav, c’est mon disque de chevet." Et quand on leur demande pourquoi ils ne le passent pas, ils lancent : "J’aime bien, mais est-ce que les jeunes vont aimer ?"

C’est pour cette raison que vous avez voulu collaborer à nouveau avec Passi sur cet album ?
J.D : Passi, on le connaît depuis Bisso Na Bisso. Lorsqu’on a fêté les 20 ans de Kassav, on l’a invité avec Khaled. A l’enregistrement, il est passé nous voir et nous a dit en écoutant Abo Léwo :"J’aime bien ce morceau, je peux venir faire un truc dessus ?" Ce n’est pas une stratégie. Comme il y a Passi, on parle tout de suite de marketing, mais nous, tout ce qu’on souhaite, c’est que notre musique plaise au plus grand nombre.
J.B : Un animateur radio m’a dit : "On voit que vous écoutez les nouveautés." Or nous, ça fait longtemps qu’on écoute tout ce qui sort. On vit en 2004, on n’est pas resté en 1980. Quand un style nous inspire, on fonce. C’est tout.
Quelle est la coloration des textes de cet album ?
J.B: C’est un état des lieux de la vie quotidienne. Il y a un texte qui est très fort pour moi, qui s’appelle Jénérasion et qui parle de la jeunesse. On entend parler de fracture sociale, mais la jeunesse, elle, est ce que la société en a fait. Rien n’est prévu pour les jeunes, ils sont un peu les laissés-pour-compte, et personne n’essaie d’instaurer le dialogue. Eux se cherchent, ont besoin de s’affirmer. On est dans un monde où le plus important est de savoir combien tu pèses. Avant, il y avait un peu de morale et on pouvait dire : "Si tu travailles bien, tu pourras avoir un bon job et gagner beaucoup d’argent." Aujourd’hui, quand tu as bien travaillé, tu n’es pas sûr d’avoir le job et quand tu l’as, tu n’es pas sûr de le garder. Il y a beaucoup de choses à revoir par rapport à ce que l’on a fait pour cette jeunesse.
Le zouk fait toujours rêver, aimer, danser...
J.B : Le zouk fait toujours danser, permet de faire la fête. C’est une des musiques les plus jeunes. On est fier qu’elle soit devenue une référence et soit reconnue comme telle. Quand on se retourne et que l’on regarde tout ce que l’on a généré, il y a de quoi être content.
J.D : On préfère ne pas être comme les musiciens classiques dont on dit 200 ans après qu’ils sont des génies. Je préfère qu’on le dise de mon vivant.
Kassav, K toz, (Up Music) 2004
Pierre René-Worms
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