Paris
18/11/2004 -

RFI. – Dans votre carrière, vous êtes entre deux rythmes : l’indiscipline du rock et la régularité des variétés…
Gérald DE PALMAS. – Ça me va bien. Je n’ai jamais été un puriste, en musique comme en image.
Il est difficile de passer à côté de la chanson qui donne son titre à votre album, Un homme sans racines: "Plus je prends de l’âge plus j’oublie/Là où je suis né". Oubliez-vous La Réunion ?
Du fait que je n’y vais pas assez souvent, je perds contact avec l’île, avec ma famille, avec mes souvenirs. Il n’y a pas de solution, je ne peux pas aller vivre là-bas, mais ça me manque. J’y ai vécu de ma naissance jusqu’à mes dix ans et c’est pour moi une époque superbe. C’est par les souvenirs d’enfance que j’ai mes plus grosses émotions. En y pensant, j’arrive à me mettre dans un état favorable à l’écriture. Même si j’oublie mes racines, même si peu à peu s’estompent les odeurs, le climat, la moiteur, j’essaie d’y penser de plus en plus.

Comment, d’album en album, votre écriture a-t-elle évolué ?
Du premier au quatrième album, j’ai éprouvé de plus en plus de plaisir dans l’écriture des textes. Au début, c’était un peu secondaire, la musique m’intéressait plus. Maintenant, je m’amuse de plus en plus à être simple dans les mots. Je commence à réussir à faire simple, à dire les choses sans fard, à écrire un peu crûment. Il y a une chanson qui s’appelle Faire semblant, par exemple – "Il faudra se marier avant trente ans/Acheter une voiture, avoir des enfants". Ce sont des phrases très simples et je n’ai pas l’impression que ce soit niais.
Avant, j’avais tendance à jouer régulièrement sans me dire que c’était le moment d’écrire, en attendant que ça vienne un peu tout seul. Pour celui-ci, je sortais d’un album qui a bien marché et je me suis accordé le luxe de faire une pause. J’ai la chance de faire un métier formidable, mais au bout de 180 concerts et de toute la promo, j’avais moins envie. Donc je n’ai pas fait de musique et n’en ai pratiquement pas écouté pendant un an ou un an et demi, juste pour refaire monter l’envie. Quand l’envie est revenue, il a suffit de gratter au bon endroit. Les chansons sont sorties dans un laps de temps assez court, ce qui permet d’avoir des morceaux assez équilibrés. Sur le précédent album, il m’arrivait de faire le couplet en janvier et le refrain en juillet. Si on arrive à faire un morceau en une semaine ou quinze jours et à l’enregistrer très vite ensuite, il y a une harmonie générale plus cohérente, l’équilibre du morceau est plus naturel.
Le succès, ça vous paralyse ou ça vous libère ?
J’ai connu les deux. Mon premier album avait pas mal marché, notamment avec le single Sur la route: c’était un peu paralysant. Mais je n’ai pas fait le break. J’ai flippé pour essayer de faire mieux et c’est devenu cérébral – ce qui est le pire en musique. Par contre, cette fois, je suis allé tellement haut avec Marcher dans le sable que j’ai connu un sentiment d’achèvement nouveau. Du point de vue professionnel, j’ai atteint un pic. Et ça, personne ne pourra me l’enlever. Ce qui fait que je n’ai pas senti de pression professionnelle pour cet album. En revanche, si je fais ce métier, c’est parce que j’aime plaire. Oui, le regard des autres m’importe et je ne peux pas dire que je me fiche que cette album marche ou pas. Si les gens ne l’aiment pas, je le prendrai comme un vrai désamour.
Gerald De Palmas Un homme sans racines (chez Polydor-Universal) 2004
En tournée française à partir du 26 janvier 2005.
Bertrand Dicale
26/07/2001 -