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Chronique album


William Sheller

Epures


Paris 

19/11/2004 - 

AprĂšs des expĂ©riences rock, Ă  base de machine ou des compositions pour un quatuor Ă  cordes, William Sheller revient au piano voix mais cette fois avec de nouvelles compositions. Epures est une quĂȘte d’essentiel musical, une composition attirante, un texte pertinent et donc de l’émotion. Le chanteur qui a quittĂ© Paris pour les forĂȘts de Sologne, se livre au petit jeu d’un "pur" questionnaire.



RFI Musique : Qu’est-ce que les "Ă©pures" illustrant votre album Ă©voquent pour vous ?
William Sheller :
Elles sont Ă  son image. On a l’essentiel. Une Ă©pure, ce sont les traits principaux d’un dessin. Une fois qu’on a Ă©barbĂ©, on garde l’essentiel. C’est pour cela que j’aime ce dessin, c’est ce que je recherche en musique.

Est ce que ces Ă©pures s’accordent bien du format que rĂ©clament les maisons de disques ?
Ah! le cĂŽtĂ© : plus on bourre les oreilles plus on est content ?!? Ah ben oui
 En fait ce que je leur ai dit, c’est que moi, j’avance en essayant de rester moi-mĂȘme. J’ai une petite devise: "Une pendule arrĂȘtĂ©e donne deux fois par jour l’heure exacte". Si on court aprĂšs la mode, on a de grandes chances de ne jamais la rattraper

Quand appréciez vous la pureté du silence ?
Dans mes bois. Ce n’est pas tout Ă  fait du silence, parce qu’il y a des animaux, il y a quand mĂȘme une certaine vie. C’est lĂ  que les oreilles se rafraĂźchissent.

Est-ce que ce relatif silence vous inspire musicalement. Le chant du coucou 

(Rires) Beethoven a dĂ©jĂ  fait le coucou dans la sixiĂšme donc je m’abstiendrai ! Non cela m’arrive n’importe quand. Quand je fais des courses, mĂȘme quand je discute avec quelqu’un, j’ai un air qui me trotte dans la tĂȘte. C’est pĂ©nible d’ailleurs parce qu’on est partagĂ© entre cette musique et l’envie de finir une conversation.

A quel moment de votre vie d’artiste, avez-vous vĂ©cu un pur moment de bonheur ?
Cela a quand mĂȘme Ă©tĂ© lorsqu’on m’a accordĂ© une Victoire de la musique. Je ne pensais pas qu’un simple album jouĂ© au piano pouvait intĂ©resser le public. Et puis, il y a aussi le moment oĂč Madame Barbara m’a demandĂ© de lui Ă©crire des arrangements avec des "cordes bleues". J’ai mis trĂšs longtemps Ă  comprendre ce que cela voulait dire, mais cela m’a fait trĂšs chaud au coeur.

Quel instrument a la sonorité la plus pure ?
Ce n’est pas tant l’instrument que la façon d’en jouer. Je n’aime pas les compositeurs qui mettent des notes partout, pour prouver qu’ils sont virtuoses, qu’ils savent bien jouer. Les musiciens qui en font trop... Un piano, cela peut vite devenir bavard, un violon aussi.


Qu’est ce que la puretĂ© en matiĂšre de prise de son? Est-ce la premiĂšre prise ?
Oh non pas du tout ! C’est la puretĂ© acoustique, ce qui est le plus proche de ce qui ressemble Ă  ce que l’on entend dans l’oreille sans fioriture. Mais c’est curieux: parfois il faut dĂ©former la puretĂ© du son acoustique naturel pour qu’à travers un enregistrement, il ressorte comme s’il Ă©tait naturel. On est obligĂ© de dĂ©former les sons pour les rendre vivants.

Comment s’est passĂ© l’enregistrement ?
Chez moi avec des fenĂȘtres ouvertes, on entend des mouches qui passent, les canards de l’étang Ă  cĂŽtĂ©. Je pensais l’enregistrer en une semaine et finalement, cela m’a pris un bon mois. D’autant que je jouais sur mon piano qui a des qualitĂ©s mais aussi des dĂ©fauts, ce qui m’arrange bien pour y planquer mes faiblesses Ă  moi. Cela nous a donnĂ© du fil Ă  retordre notamment sur un morceau comme Elvira qui n’est pas facile Ă  jouer. Je portais trop d’attention aux mains et du coup, la voix devenait froide.

Elvira, d’oĂč vous vient cette chanson ?
Elle sort de mon dictionnaire de rimes. Je jouais ce motif qui a une articulation assez amusante et puis, je ne sais pas, je voyais la plage, je voyais l’Espagne, je voyais un feu de camp et Ă  force de voir, forcĂ©ment un personnage arrive dans le tableau ! J’imaginais une femme. En fait, je voyais Goya, c’est pour cela que m’est venu le nom la Maja.

Est ce que le concerto pour la main gauche est une pure preuve d’amitiĂ© pour l’autre ...
(Rires) Ce qui est amusant c’est qu’au conservatoire, on a avait notĂ© pour Maurice Ravel: "A des difficultĂ©s avec sa main gauche". Pour mon titre, vous savez, j’ai aussi une main gauche un peu faible et je travaillais ce petit morceau en prenant mon cafĂ© de la main droite le matin, c’est aussi bĂȘte que cela
 Et puis j’ai de temps en temps des gens qui viennent me voir Ă  la fin des concerts, des pianistes amateurs qui me disent jouer mes morceaux chez eux en exercice. Alors, j’aime bien glisser des petits instrumentaux, des piĂšces de piano pas trop difficiles et qui changent du poids des exercices classiques. C’est une petite fantaisie.

Quelle type de pureté trouvez-vous dans votre solitude solognote*? Etes-vous un peu ermite ?
Il faut que je fasse attention. Mais oui, j’ai tendance Ă  ĂȘtre ermite. Je partageais avec Barbara des grandes conversations sur la solitude et le fait de nos impossibilitĂ©s Ă  remplir ou Ă  donner suffisamment Ă  une personne que l’on aime. A force d’ĂȘtre ailleurs, tĂȘte en l’air, les gens se fatigue de vous. Alors la solitude, on la recherche, on la veut et quand on l’a, on la regrette. C’est assez ambigu. Pour l’instant, cela me convient trĂšs bien.

Qu’est ce que la puretĂ© de voix ?
Ce sont les voix d’enfants. Comme dans Les Choristes**, les voix des enfants sont faites de puretĂ©. AprĂšs avec l’ñge, on mĂȘle nos Ă©motions et puis les vilaineries de nos existences
 mais les enfants c’est la voix pure, l’instrument, le son magnifique. J’aime aussi les voix d’opĂ©ra mais je n’aime pas les voix des dames qui font de gros vibrato. J’aime Schwarzkopf et puis Françoise Pollet qui est une amie. Elle dirait aussi que les voix d‘enfants sont les plus pures.

*de Sologne, région française
** film français de Christophe Barratier

William Sheller Epures (Mercury) 2004

Frédéric  Garat