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Les 30 ans de Super Diamono

Le groupe des intellectuels.


Paris 

09/12/2004 - 

Cela fait trente ans que le mbalax d’Omar Pène et du Super Diamono suit les étudiants sénégalais dans leur carrière. Pour fêter cet anniversaire, Omar Pène, membre fondateur du groupe en 1974, réunit ses anciens complices, comme Ismaël Lô, Bob Sene ou Moussa Ngom, à l’occasion de deux grands concerts les 10 et 11 décembre prochains à Dakar.



Le Super Étoile de Youssou N'Dour et le Super Diamono d’Omar Pène sont les deux groupes emblématiques de la musique sénégalaise moderne. Tous deux ont été créés au milieu des années 70, mais chacun avec son propre public, gage de longévité. Car trente années sur le devant de la scène, c’est une véritable gageure. Si Youssou N'Dour a toujours été seul maître à bord du Super Étoile, le Diamono a vu nombre de chanteurs côtoyer Omar Pène. D’où cet hommage auquel sont conviés les anciens, comme Ismaël Lô qui débuta avec le groupe, ou Moussa Ngom, le fantasque chanteur gambien. Plus roots, plus enracinée dans la vie quotidienne sénégalaise que celle du Super Étoile, la musique du Diamono, qualifiée d’afro-feeling, mélange aux sonorités du mbalax celles de la salsa, du jazz, du blues et du reggae.
Depuis 1970, Omar Pène est la star des étudiants et des jeunes de banlieue. Ils se reconnaissent en cet artiste qui, encore gamin, a quitté le domicile familial pour la rue et ses terrains de football. D’ailleurs, à l’occasion de cet anniversaire organisé par son fan-club national, une conférence a lieu à l’université pour débattre de l’impact du Diamono sur la jeunesse, et un match de football va se disputer entre les musiciens du Diamono et la presse sénégalaise. Cet anniversaire est un événement tel que le président Wade a accepté d’en être le parrain et assistera au spectacle du 10 décembre.

Dominante jazzy


Le Diamono est né de la fusion de deux groupes: le Kadd Orchestra et le Tropical Jazz, qui interprétaient les musiques latino-américaines alors en vogue. Il devient ainsi celui de la nouvelle génération, Diamono signifiant "génération" en wolof. "À l’époque, le mbalax n’existait pas et nous pensions qu’il fallait faire des recherches pour trouver une musique qui soit propre au Sénégal. C’est ce qui a conduit à la création du Super Diamono", raconte Omar Pène. "Personne ne comprenait ce qu’on faisait. Dakar vivait au rythme de la salsa. Même nos amis nous disaient que ça ne marcherait jamais. “Vous chantez en wolof, vous faites du jazz, de la musique engagée”, nous disait-on. Mais nous, on y croyait. Trente ans après, on s’aperçoit qu’on avait raison et que cette musique est jouée par tous. Nous avons fait beaucoup de recherches sur notre culture. On est allé vivre en Casamance et en Gambie pendant deux ans. On vivait dans les villages pour apprendre les rythmes, on travaillait avec les percussionnistes. On nous traitait alors de marginaux, de révolutionnaires. Beaucoup de musiciens passaient par le groupe. Nous avions la réputation d’être formateur et, avec le temps, de nombreux gamins qui nous écoutaient ont voulu nous rejoindre. Pour beaucoup, c’est un rêve qui s’est réalisé. Chacun apporte son style, mais c’est l’expérience jazzy qui reste prédominante."


Parmi les nombreux chanteurs à être passés par cette école, Ismaël Lô demeure le plus célèbre d’entre eux. Il est resté cinq années avec Omar et ses amis avant d’entreprendre une carrière solo : "On s’est rencontré en Gambie en 1980. À l’époque, il jouait seul avec sa guitare et son harmonica. Un jour, on nous a programmés ensemble dans un cinéma et il a commencé à jouer. Notre percussionniste l’a rejoint, puis le batteur, le clavier. Du coup, ça jouait comme un groupe. C’était tellement bien qu’on lui a proposé de rejoindre le Super Diamono. Il nous a répondu qu’il devait retourner à Rufisque demander l’autorisation à ses parents. Au bout de dix jours, il nous a rejoints. Il a apporté sa touche folk-mbalax, et on a passé vraiment de très bons moments ensemble." Après Ismaël Lô, deux autres chanteurs ont rejoint le groupe : Ousmane Ngom et Maïga. Chacun avait son style, son public. Une expérience qui a duré cinq ans, mais qui a donné au Diamono la réputation d’un groupe peu discipliné : "On avait l’esprit groupe, mais chacun faisait un peu ce qu’il voulait. Du coup, à la demande du fan-club, j’ai créé Omar Pène et le Super Diamono en 1990."

Quinze ans après, Omar Pène est toujours aux commandes du Diamono et se sent responsable face à cette jeunesse sénégalaise pour qui il représente l’exemple à suivre. Cette fête des trente ans, ce sont les jeunes qui l’ont voulue. L’occasion pour lui de retrouver sa bande de vieux gais lurons.

Pierre  René-Worms