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Chronique album


Françoise Hardy

Tant de belles choses


Paris 

10/12/2004 - 

Auréolée d’une carrière sans fausse note, Françoise Hardy revient avec Tant de belles choses, un nouvel album taillé pour l’hiver, à écouter quand il fait froid dehors pour éprouver la chaleur des sentiments d’une éternelle romantique.



Quarante-deux ans… Quarante-deux ans que Françoise Hardy promène sa silhouette longiligne et maintenant familière dans le paysage musical français, quarante deux ans que la légèreté de sa voix aérienne nous charme. Moins débridée que Zouzou et Dani mais plus originale que Sheila et Sylvie, Françoise Hardy a très tôt marqué sa différence avec ses consoeurs yé-yé en choisissant, dès ses débuts, la voie de la mélancolie discrète et élégante. De Tous les garçons et les filles, son premier 45 tours en 1962, à Tant de belles choses en 2004, le chemin suivi a toujours été le même. Les collaborateurs de tous horizons (Michel Berger, Gabriel Yared, William Sheller, Michel Jonasz, Serge Gainsbourg, Louis Chedid, Étienne Daho, Jean-Claude Vannier, la brésilienne Tuca, Jean-Michel Jarre…) se sont succédé sans se ressembler mais son timbre unique, son goût pour la nostalgie et les sentiments cachés sont restés intacts. Cette carrière discographique, menée de front avec une vie de famille très protégée et une passion pour l’astrologie, a connu des succès divers mais aucun temps mort, la chanteuse donnant régulièrement des nouvelles au rythme d’un album tous les quatre ans.

Quatre ans donc après Clair obscur, réalisé par Alain Lubrano et le leader de Kat Onoma, Rodolphe Burger, Françoise Hardy sort à nouveau de sa retraite avec Tant de belles choses. Toujours escortée du fidèle Lubrano, elle a renouvelé et agrandi son entourage musical en se remettant cette fois-ci entre les mains de Jacno, Thierry Stremler, Benjamin Biolay et une jeune inconnue : Pascale Daniel. Elle s’est également adjoint les services de l’Irlandais Perry Blake et de l’Anglais Ben Christophers, un de ses derniers coups de coeur musicaux.

Capricorne ascendant mélancolique


Fascinée depuis toujours par la pop anglo-saxonne, elle a souvent adapté au cours de sa longue carrière des titres internationaux et, en 1995, avait répondu à l’invitation du groupe Blur, le temps d’un duo (To The End) avant de réitérer plus récemment l’expérience avec Iggy Pop sur I’ll Be Seing You, sur son album Clair obscur. Enfin, son fils Thomas, qu’elle a eu avec Jacques Dutronc, est aussi de l’aventure puisqu’il réalise quatre titres et distille sa guitare jazzy sur de nombreuses chansons. Pourtant, malgré la diversité musicale des compositeurs, ce nouvel album garde, grâce à l’écriture sensible et unique de Françoise Hardy, une unité de ton, celle de la mélancolie.

La chanteuse retrouve une nouvelle fois le thème qui lui est cher, celui de l’amour malheureux, tout en se frottant à des émotions plus tristes voire plus graves : ainsi, le premier titre de l’album raconte les adieux d’une femme sur le point de mourir à son amant ("Même s’il me faut lâcher ta main, sans pouvoir te dire à demain, rien ne défera jamais nos liens, même s’il me faut aller plus loin, couper des ponts, changer de train, l’amour est plus fort que le chagrin…"). Pure et lucide dans ses affections, Françoise Hardy explore tour à tour le regret amoureux sur À l’ombre de la lune, une bossa nova composée par Benjamin Biolay ("Dans les vapeurs soudaines, de ces soirées mondaines, j’ai gâché le grand amour, le vrai…"), les occasions ratées avec Soir de gala, une des deux ballades faussement légères de Thierry Stremler ("Laissons faner les roses, gardons les portes closes et restons-en là, juste un ange qui passe, un fil qui casse…") ou encore l’usure du couple sur La Folie ordinaire, le morceau offert par Ben Christophers ("Nos trains déraillent tous, où veux-tu qu’on aille ? N’est-il pas bien trop tard, pour un nouveau départ, loin des murs qui nous séparent ?").

Incroyablement claire, sa voix lâche sa langue natale pour celle de Shakespeare, avec un délicieux accent français, le temps de deux titres écrits par Perry Blake (Moments et So Many Things), se mélangeant avec grâce aux choeurs, percussions et cordes. Froissant légèrement l’unité musicale de Tant de belles choses, le climat de ces deux chansons se rapproche alors de celui des morceaux de Portishead, autres grands mélancoliques. Il faudrait aussi parler d’Un air de guitare, composé par Jacno, peut-être une des plus belles chansons de l’album grâce au dépouillement de ses arrangements et à cette voix bouleversante, comme sortie de l’ombre.

À l’âge où beaucoup songeraient à la retraite, Françoise Hardy continue, elle, à ne rien faire comme les autres : pudique et sobre, elle poursuit sa passion avec la musique et se révèle, à travers l’univers intimiste de Tant de belles choses, toujours aussi amoureuse de l’amour.

Françoise Hardy Tant de belles choses (Virgin/ EMI) 2004

Marion  Guilbaud