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Le charme intacte des Orientales

Voyage au coeur de l’ñge d’or du music-hall d’AlgĂ©rie


Paris 

07/01/2005 - 

C’est l'Ăąge d’or du music-hall d’AlgĂ©rie que Les Orientales, spectacle aujourd’hui disponible en CD et DVD, propose de revisiter Ă  travers quelques-uns de ses plus grands succĂšs. En parallĂšle des musiques traditionnelles ou savantes d’Afrique du Nord, ce rĂ©pertoire citadin a connu son apogĂ©e entre 1940 et 1960.


 
  
 
Jamais rĂ©alisĂ© auparavant, ce travail sur le music-hall d’AlgĂ©rie tourne les pages d’un livre que les plus jeunes gĂ©nĂ©rations des deux rives de la MĂ©diterranĂ©e auraient pu ne jamais connaĂźtre. En effet, prĂ©sent dans le coeur de tous ceux qui ont vĂ©cu ces annĂ©es prĂ© et post-Seconde Guerre mondiale en AlgĂ©rie, ce rĂ©pertoire n’apparaĂźt que par bribes chez leur enfants ou petits-enfants. Si Sidi h’bibi, le plus connu d’entre tous, peut ĂȘtre fredonnĂ© par une frange importante de la population aujourd’hui, ce titre ne le doit qu’à la reprise qu’en a faite la Mano Negra dans les annĂ©es 80. Sans Manu Chao et sa bande, cette perle du rĂ©pertoire algĂ©rien aurait connu le sort partagĂ© par la plupart des titres de ce recueil. "Cette tradition musicale Ă©tant presque essentiellement orale, notre premier travail a consistĂ© Ă  collecter la matiĂšre premiĂšre, Ă  savoir les airs, mĂ©lodies et paroles de ces chansons. Jusqu’à rĂ©unir 30 versions diffĂ©rentes d’un mĂȘme titre", relatait Gil Aniorte-Paz, directeur artistique de ce projet et leader, avec sa soeur Sylvie, de la formation marseillaise Barrio Chino.

 Enfants de pieds-noirs oranais d’origine espagnole, tous deux se sont entourĂ©s de l’orchestre Bab el Marseille, composĂ© de fidĂšles de Barrio Chino et de musiciens de l’Orchestre Ă  cordes de la radio AlgĂ©rienne. Pour les voix, Sylvie Aniorte-Paz a d'abord partagĂ© le micro avec la chanteuse algĂ©roise Mona Boutchebak et avec Amina. L'artiste franco-tunisienne avait mis de cĂŽtĂ© momentanĂ©ment sa carriĂšre solo pour collaborer Ă  l’élaboration du spectacle, mis en scĂšne par Caroline Loeb, et participer aux premiĂšres reprĂ©sentations, dont celle captĂ©e sur le DVD au Théùtre Mogador (Paris), avant de laisser sa place Ă  la Marseillaise aux origines constantinoises, Saleha Moudjari. Les Orientales ont Ă©tĂ© jouĂ©es Ă  Marseille, Paris, Rouen
 et en AlgĂ©rie (Constantine, Alger, Oran). Voyage intense en Ă©motions et en souvenirs pour le frĂšre et la soeur, mais aussi pour Saleha Moudjari, qui renouaient par le chant avec le pays de leurs parents.

La world music avant l’heure

 
 
"Le music-hall a Ă©tĂ© le lieu de tous les brassages", relatait Gil Aniorte-Paz en 2003, lors de la premiĂšre prĂ©sentation du projet dans leur studio phocĂ©en du boulevard des Dames, qui relie le Port autonome Ă  la Porte d’Aix, l’axe principal des nouveaux arrivants dans la ville blanche et bleue. "Musique andalouse, orientale et flamenca, mix de textes en arabe et en français, le music-hall algĂ©rien a inventĂ© la world music avant mĂȘme que le mot ne soit créé !", affirmait-t-il alors. Ce n’est pas Maurice el Medioni, autre Marseillais originaire d’Oran, d’une trentaine d’annĂ©es son aĂźnĂ©, qui le contredira. Ce pianiste qui s’est dĂ©couvert, au contact des soldats amĂ©ricains basĂ©s dans sa ville lors de la DeuxiĂšme Guerre mondiale, un jeu, un touchĂ© au carrefour des phrasĂ©s orientaux et latin-jazz, a suivi avec Ă©motion ce projet qui s’approprie trois de ses compositions. Le DVD propose d’ailleurs en bonus une version d'Ahlen Ouassalen oĂč le joyeux septuagĂ©naire est au piano.

La veine est toute trouvĂ©e. Les inflexions latines enrichissent le propos musical du directeur artistique et arrangeur, d’autant plus que Alejandro del Valle, son complice sur les arrangements et chef d’orchestre du Bab-el Marseille est cubain. Pas Ă©tonnant que Stenitek, un des titres du CD qui ne figure pas sur le DVD, soit librement inspirĂ© du cĂ©lĂ©brissime Besame Mucho. C’est aussi ça le music-hall algĂ©rien : une Ă©cole de la fraternitĂ© !


DĂ©cevant Ă  l’image

Ambitieux et trĂšs agrĂ©able musicalement, ce spectacle filmĂ© au théùtre Mogador Ă  Paris est quelque peu dĂ©cevant dans son format DVD. Hormis le plaisir de partager ce moment avec ces trois chanteuses vraiment uniques – aucune ne singe l’autre, chacune affirmant Ă  travers son histoire et sa personnalitĂ© son approche et son amour du music-hall algĂ©rien – on regrette tout de mĂȘme le dĂ©coupage par chanson qui saucissonne l’atmosphĂšre du concert, les cadrages toujours centrĂ©s sur les chanteuses, qui installent les musiciens dans un rĂŽle de figurants, et les bonus aux interventions souvent redondantes. Un tournage dans un théùtre offrant plus de proximitĂ©, voire mĂȘme dans un cabaret un peu rococo, aurait probablement attĂ©nuĂ© certains de ces dĂ©fauts, insufflĂ© une rĂ©elle impression de live et de chaleur indispensable pour recrĂ©er l’univers oubliĂ© du music-hall.

Les Orientales (MK2 music) 2004

Squaaly