Londres
12/01/2005 -
"Le rock français, c’est une blague, tout le monde le sait", affirmait le quotidien The Guardian le mois dernier, rappelant l’image indélébile héritée de Johnny Hallyday qui colle à la production rock française. Pourtant, le journal britannique poursuivait son article en évoquant "l’explosion d’une nouvelle scène rock en France", avec la parution au Royaume-Uni d’une compilation distribuée par une maison de disques renommée. De son côté, le French Music Bureau, organisme de promotion de la musique française en Angleterre, communiquait récemment sur "les artistes français qui lancent leur carrière ici". Sans revenir sur les Frenchies déjà stars outre-Manche, force est de constater que certains artistes français, parfois boudés dans leur pays, réussissent mieux chez leurs voisins de Grande-Bretagne : Fancy, Tahiti 80, British Hawaii, Anne Pigalle… Les exemples ne manquent pas. Phénomène plus récent : "De plus en plus de jeunes artistes français commencent désormais leur carrière en signant directement avec des labels anglais", constate le French Music Bureau, qui cite Barth, I Love UFO, Aloud, La Cédille ou encore TTC.
Réel phénomène de fond ou mode éphémère ? Qui profite des derniers feux d’une French touch en déclin ? Comment expliquer la réussite ici de musiciens à l’origine peu connus dans l’Hexagone ? Qui oeuvre pour leur reconnaissance en Grande-Bretagne ? L’histoire du groupe La Cédille est instructive. Ces jeunes prodiges du hip-hop français ont été découverts par le musicien anglais Pat Fulgoni, dans un festival où lui-même se produisait. Résultat : trente concerts sur le sol britannique en moins d’un an, dont le mythique festival Glastonbury, des singles qui s’arrachent, et un album à paraître le mois prochain. "Je suis sidéré par leur succès", explique Fulgoni. "Les Anglais aiment leur mélange de jazz, funk et hip-hop, et les filles sont folles de la tchatche française. Pourtant, c’est incroyable, mais ces lauréats du Printemps de Bourges n’avaient toujours pas été signés en France, lorsque je les ai rencontrés", s’étonne-t-il (l'album est aujourd’hui distribué en France).
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Comme lui, ils sont quelques-uns à avoir joué le rôle de passeur, permettant à de nouveaux artistes français de franchir désormais la Manche avec bonheur. Andy Wood, promoteur de musique latine, a fait connaître Lhasa, Orishas, Sergent Garcia au Royaume-Uni. Avec les rappeurs parisiens de TTC, le label Big Dada a aussi saisi l'opportunité qui se présentait. "À l’origine, leur producteur, Mr Flash, est venu nous voir en 1999 car il voulait produire Roots Manuva", se souvient-on chez Big Dada. "Il nous a laissé aussi une copie de Game Over 99 de TTC, que nous avons trouvé magnifique. Je les ai donc appelés, et j'ai signé un contrat avec eux."
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"C’est très dur en Angleterre", résume le French Music Bureau, qui aide essentiellement ceux qui ont signés avec un label. "Il n’y a pas le statut d’artiste comme en France, et cela demande un réel investissement de temps et d’argent pour réussir ici." À quoi Ludovic Merle, dont l’excellent festival Exposé a fait connaître tant de groupes français, répond :"À Londres, il y a une réelle culture alternative pour les groupes débutants. À côté des grandes salles, il existe plus de 150 pubs où se produire." Le salut passerait-il par la scène ?
Yann Perreau
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