Paris
17/01/2005 -
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Historique ? Au double sens du mot : document d’une qualité exceptionnelle sur la biguine ancienne, c’est aussi la recréation la plus fidèle en même temps que la plus ambitieuse du creuset créole originel. Et, à terme, il se pourrait bien que le disque Biguine devienne la référence majeure pour quiconque s’intéresse de près ou de loin à cette forme qui a connu, depuis l’apparition du disque, les sommets de l’élégance (notamment avec Stellio dans les années 30) comme l’enfer du "doudouisme", de la chanson touristique et de la décadence folklorique.
Le cinéaste Guy Deslauriers avoue volontiers que le premier rôle de son film, peut-être plus que le couple d’Hermancia et Tiquitaque, ou que la ville de Saint-Pierre, est la musique elle-même, ce qui explique son importance à l’écran et le soin maniaque qui lui a été apporté. La biguine, c’est l’âme de la ville de Saint-Pierre avant le cataclysme de 1902 : la ville est la capitale du monde créole, le petit Paris de la Caraïbe. Plus rayonnante culturellement que La Havane, Kingston ou Port of Spain, c’est aussi "le ventre de la Martinique", selon l’expression de Deslauriers : quatre-vingt distilleries et sucreries aux alentours, une quarantaine de bateaux en permanence dans le port, des journaux, des éditeurs, des cercles intellectuels et politiques, un théâtre où passent les plus grandes troupes dramatiques et lyriques d’Europe... Ce qui signifie aussi la confrontation permanente de grosses fortunes qui se pressent dans les salons et aux représentations d’opéra, et d’un petit peuple misérable qui a quitté la campagne pour venir chercher subsistance à la ville.
Origines africaines et européennes
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Pour présenter cette rencontre à l’écran et sur disque, "nous avons travaillé avec deux experts : Neil Lancry, qui n’a pas loin de quatre-vingt ans, et a le savoir et l’oreille ; et Sully Cally, qui a fourni les partitions de biguines anciennes", explique le réalisateur. Et la genèse de la biguine est démontrée d’abord par un titre qui sera écouté dans les universités : Gaudriole polka-biguine fait entendre la même mélodie, d’abord comme air de danse dans un salon de la bonne société, puis évoluant insensiblement à la rencontre du petit peuple des cabarets du port, où il trouve une rythmique plus appuyée, plus féroce, plus libre. À ce moment-là, la polka est devenue biguine. Le choix de l’instrumentation renvoie aux années qui virent, dans les mêmes couleurs sonores, la naissance du premier jazz à la Nouvelle-Orléans : clarinette au premier plan, soutenue par banjo, trombone, batterie sommaire, chacha (une calebasse remplie de graines), violoncelle (plus courant et surtout moins cher que la contrebasse, qui s’imposera massivement aux Antilles seulement après la Première Guerre mondiale) et, parfois le piano.
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Bertrand Dicale