ParisÂ
18/01/2005 -Â
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De ce voyage, Disiz a gardĂ© une trace en enregistrant le titre Gnibi, paru sur son premier album Le Poisson rouge. Si, Ă cette Ă©poque, son tube J'pĂšte les plombs lui confĂšre en France une image de rappeur amusant, Gnibi a une toute autre portĂ©e au SĂ©nĂ©gal : "Quand jây suis retournĂ©, on mâa accueilli avec des banderoles. Il y avait des mamans qui mâarrĂȘtaient dans la rue pour me serrer dans leurs bras, presque les larmes aux yeux, en me disant que ce morceau les avait touchĂ©es. Jâai voulu faire quelque chose pour eux, sans en parler ici. Je savais que ça nâallait pas du tout me rapporter dâargent."
LâarrivĂ©e du toubabDisiz conçoit tout son projet en France avec des musiciens sĂ©nĂ©galais, dont certains en situation irrĂ©guliĂšre. Il prend ensuite ses enregistrements et s'envole vers Dakar pour trouver un distributeur sur place : "Je crois que ça a Ă©tĂ© le pire de mes voyages. avant dâapprocher El Hadj Ndiaye (un des plus gros producteur du pays avec Youssou NâDour, NDLR), jâai du passer par dâautres petits distributeurs qui, eux, me voyaient comme un toubab (un blanc, NDLR) en se disant qu'ils allaient mâarnaquer. Je suis finalement allĂ© voir mon guide spirituel qui m'a obtenu un rendez-vous en quinze minutes. LĂ -bas, les passe-droits les plus importants sont humains. Ă partir du moment oĂč tu es recommandĂ© par quelquâun qui tâapprĂ©cie, on se fiche de ta couleur, de ton statut."
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Adepte des grands Ă©carts, Disiz reprend Ă©galement un titre de MokobĂ©, le rappeur malien du groupe 113, au registre pourtant trĂšs Ă©loignĂ© du sien : "Jây tenais parce que, pour moi, le Mali et le SĂ©nĂ©gal, câest la mĂȘme chose. Dâailleurs, avant, câĂ©tait lâempire du Mali. Avec MokobĂ©, on se rejoint sur le terrain du traditionnel. On est plutĂŽt chez lâhabitant, pas au Club Medâ. Il nây a pas de jugement de valeur mais ce nâest pas Bisso na Bisso. On essaie de faire quelque chose dâauthentique."
Sur plus de la moitiĂ© des morceaux, Serigne MâBaye partage le micro avec ses invitĂ©s, principalement des artistes sĂ©nĂ©galais "parce que, dans la sous-rĂ©gion, beaucoup ne comprennent pas le français". De son cĂŽtĂ©, il ne maĂźtrise qu'en partie le wolof, mais cette meilleure comprĂ©hension de la langue change dĂ©jĂ sa perception : "Sur cet album, jâai fait de lâangĂ©lisme. Jâavais tellement attendu mon premier voyage, quâune fois arrivĂ©, je nâai vu que les bons cĂŽtĂ©s. Et, Ă force dây aller, je me suis rendu compte que lâhomme reste fidĂšle Ă lui-mĂȘme. Le SĂ©nĂ©gal, ce nâest pas mieux que la France. En réécoutant l'album, je rĂ©alise qu'il y a des choses que je ne dirais plus maintenant, mais, par respect envers ce que jâavais fait, je me suis dit : assume-le."
Serigne MâBaye (Disiz la Peste) ItinĂ©raire dâun enfant bronzĂ© (Barclay/Universal) 2004
Ludovic Basque
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