Paris
02/02/2005 -
Une goutte d’eau dans un océan de malheur. Après les évènements cataclysmiques qui ont touché l’Asie le 26 décembre dernier, ses presque 300 000 morts et disparus, ses côtes ravagées et ses millions de sinistrés, le coeur n’y était plus. Les Bretons de Matmatah ont songé à annuler purement et simplement leur première tournée en Inde. "L’Inde ayant été frappée de plein fouet par le tsunami, il a paru au groupe, dans un premier temps, déplacé de vouloir maintenir la tournée indienne", précisent-ils sur la page d’accueil de leur site Internet, "un avis que ne partageaient pas les organisateurs indiens là-bas car, disent-ils, la vie continue et doit continuer. Nos contacts en Inde nous ont, en effet, suggéré d'abandonner un temps notre mode de réflexion occidental. C'est le bon côté de l'entropie. Nous avons donc décidé de partir pour l'Inde. Et si nous sommes amenés à jouer devant des gens frappés de plein fouet par la catastrophe, et si nous arrivons ne serait-ce que pendant deux heures à leur changer un peu les idées, notre venue aura peut-être une utilité. Ainsi la tournée indienne a donc été maintenue."
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Finalement, bien leur en a pris. Dans ce climat tragique, l’annonce de ce périple, entrepris depuis la mi-janvier, a été plutôt bien accueillie par une presse en quête d’une actualité un peu plus légère. En neuf concerts, "ils ont brisé toutes les barrières de décibels, mais en parfaite harmonie", a constaté le correspondant d'Express India (édition de Chandigarh) (19/01), qui assistait au spectacle donné la veille à la Penjab University de Chandigarh, la capitale des États du Pendjab et de l’Haryana. "Le quatuor venu de Bretagne" a fait mouche en affichant "dans une véritable anarchie (…) son style rock et rebelle".
Un discours capable de séduire la jeunesse indienneComplètement inconnu au pays de Bollywood, Matmatah a souvent été présenté par les journaux locaux et nationaux comme "l’un des groupes rock leader en France". Souhaitant aux Français "un accueil chaleureux", le journaliste du site Chennai Online (20/01) raconte que "l’aventure a commencé en 1992" mais précise que "l’engouement médiatique pour Matmatah est né lors d’une triomphale tournée marathon de 80 dates, de l’Élysée-Montmartre au Zénith, en passant par de multiples festivals". Pour le Hindustan Times (15/01), c’est l’éclectisme qui définit le mieux ces (déjà) vieux briscards : "Dans leur musique, ils peuvent explorer une gamme éclectique de sons, qui va du rock à l’électronique en passant par le jazz." "Ouvert à l’idée d’incorporer des mélodies étrangères", le combo "veut explorer la diversité musicale du sous-continent et peut-être inclure des influences indiennes à leur oeuvre". Nul doute que ce voyage inspirera les musiciens d’une manière ou d’une autre mais en attendant, Archie Kramer, leur plus récent album, sorti en France l’automne dernier chez Barclay, "est plus politique que les deux précédents", ce qui devrait séduire la jeunesse venue les applaudir, très critique envers le gouvernement et les hommes politiques dans leur gestion de l’après-tsunami.
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Après un dernier concert au Chavan Auditorium de Bombay, le 4 février, les membres de Matmatah reviendront en France, l’esprit rempli de souvenirs et de sensations nouvelles. Leur nouveau clip, Au conditionnel, est déjà prêt à envahir les playlists des chaînes musicales, mais le temps de repos sera bref. Au printemps prochain, la caravane Matmatah s’ébranlera à nouveau sur les routes de France et de Navarre.
Gilles Rio
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