Chronique album
Paris
04/02/2005 -
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Le décor de la techno est lui aussi posé, car les réminiscences industrielles de cette musique peuplent l’album, le chant originel de la machine est toujours là, en contrepoint. Laurent Garnier n’oublie pas la ville américaine de Detroit, le berceau de la techno, née il y a vingt ans sur les cendres des usines automobiles.
The Cloud Making Machine est un disque sombre, mélancolique, mais jamais amer. La gueule de bois est peut-être là, après de mémorables soirées définitivement rangées au rayon des souvenirs. Le blues du petit matin s’installe alors, comme c’est le cas avec Barbiturik Blues, aux confins du jazz et du dub, qui convie le pianiste norvégien Bugge Wesseltoft.
C’est aussi le blues d’un Laurent Garnier à la fois témoin et grand frère de la techno française, car son histoire s’est confondue avec celle de ce style musical. Tel est le propos du livre Electrochoc, écrit avec David Brun-Lambert, qui s’achevait sur des notes désenchantées, constatant la fin du cycle des musiques électroniques.
Sur le titre 9.01-9:06, une rythmique lourde et hésitante se greffe à des gémissements et à un violoncelle lancinants ; dès lors les nuages sombres ne cesseront de hanter cet album apaisé. Le ciel est changeant, incertain et crépusculaire (Act 1 Minotaure Ex., façon Bowie berlinois). L’électronique se greffe sur les sons organiques, la voix se font dans les mélopées minimalistes (Huis Clos avec Dhafer Youssef au oud et au chant).Le tonnerre gronde aux premières notes de First Reaction, une réaction brute au résultat du premier tour de l’élection présidentielle en France en 2002. La réponse est plus verbale que musicale, avec un texte déclamé sur un rythme de slam par le batteur Sangoma Everett. "I woke up from this dream/Well it was more like a nightmare/I didn’t really know where I was." Toujours cette étincelle d’engagement qui peut surprendre, comme ce fut le cas en 2003 dans un club britannique : Laurent Garnier stoppa la musique et les danseurs pour diffuser un discours fustigeant la guerre en Irak.
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Les images et les sons surgissent dans la tête du titi parisien exilé à Londres à l’âge de dix-huit ans. Un rêve ? Il était alors serveur à l'ambassade de France. Un an et demi plus tard, Manchester le voit débarquer en même temps que la house américaine. On est en 1986, Laurent Garnier va rapidement devenir DJ Pedro dans le mythique club The Haçienda, propriété du groupe anglais New Order. Depuis, le héraut français a écumé tous les plus grands clubs de la planète, créé avec Eric Morand le label F Communications en 1994, sorti un grand nombre de maxis, mixes, remixes et albums, écrit un livre, fait de la radio dans de nombreuses stations et même lancé sa web-radio personnelle (www.pedrobroadcasting.com).
Que demander de plus ? Laurent Garnier lorgne depuis plusieurs années vers l'univers du cinéma. Il a déjà composé pour quelques courts-métrages, et ce quatrième album est "cinématique" à souhait, introspectif et versatile. Mais cet éclectisme, que revendique constamment l’artiste, pourrait perdre en chemin quelques auditeurs distraits dans ce labyrinthe de sons. Toujours plus éloigné des pistes de danse, le DJ français tente d’esquisser avec une certaine candeur l’après techno. Ira-t-il jusqu’à remiser ses machines dans l’armoire ?Nicolas Dambre
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